Le 22 mars 2026, un CJR-900 de Jazz Aviation, filiale régionale d’Air Canada, a percuté un véhicule de secours sur une piste de l’aéroport LaGuardia à New York. L’accident a coûté la vie à deux pilotes, dont un Québécois francophone. Ce drame, déjà tragique, a rapidement débordé les frontières de l’aviation pour enflammer un débat récurrent au Canada : celui du bilinguisme officiel.
Des condoléances (presque) uniquement en anglais
Dès le lendemain, le président-directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, a publié une vidéo de près de quatre minutes pour présenter les condoléances de la compagnie à la feuille d’érable. Le message commençait par « Hello, bonjour » et se terminait par « thank you, merci ». Entre ces deux mots, l’intégralité du discours était en anglais, malgré la présence d’un pilote québécois parmi les victimes.
Cette allocution a immédiatement provoqué l’indignation. Le quotidien La Presse a dénoncé un « manque total de sensibilité à son environnement », tandis que le National Post qualifiait l’affaire de « communication catastrophique ». Le Journal de Montréal est allé plus loin en estimant que le PDG était « indigne de ses fonctions ».
Une polémique qui ravive les tensions linguistiques
Air Canada, dont le siège social est à Montréal et qui est assujettie à la Loi sur les langues officielles depuis sa privatisation dans les années 1980, a l’obligation de communiquer activement dans les deux langues officielles du Canada. La vidéo de Michael Rousseau a relancé les critiques récurrentes contre la compagnie aérienne porte-drapeau, déjà accusée par le passé de négliger le français.
Le commissaire aux langues officielles a reçu près de 800 plaintes du public en quelques jours. Le comité parlementaire des langues officielles a rapidement convoqué Michael Rousseau pour qu’il s’explique. Le premier ministre canadien Mark Carney s’est dit « très déçu » par le PDG d’Air Canada, estimant qu’il avait « manqué de jugement et de compassion ». Le premier ministre du Québec François Legault a réclamé la démission de Michael Rousseau, et l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité une motion réclamant sa démission.
Michael Rousseau a présenté ses excuses : « Je m’en excuse sincèrement et tiens à préciser que je poursuis mes efforts pour m’améliorer. » Il a toutefois reconnu : « Je demeure incapable d’exprimer adéquatement en français. » Ce n’est pas la première controverse pour le dirigeant, qui avait déjà provoqué un tollé en 2021 en affirmant avoir vécu quatorze ans à Montréal sans parler français.
Un débat qui dépasse le seul cas Air Canada
Cette affaire remet en lumière les tensions persistantes autour du bilinguisme canadien. Elle rappelle que, au Canada, même dans les moments les plus douloureux, la question linguistique reste un sujet sensible et hautement politique. Pour beaucoup de francophones, particulièrement au Québec, l’incident symbolise un manque de respect envers la langue française, l’une des deux langues officielles du pays. Pour d’autres, la focalisation sur la langue dans un moment de deuil apparaît excessive.
Air Canada a défendu son PDG, affirmant qu’il resterait en poste et que la vidéo avait été diffusée rapidement pour répondre à l’urgence de la situation. La compagnie a rappelé que des sous-titres en français étaient disponibles.

Michel Rousseau @Air Canada
Jean a commenté :
28 mars 2026 - 10 h 09 min
Canada/Belgique, même combat. Quand un événement sans aucun rapport avec la langue se transforme à chaque fois en rancoeurs racistes de 2 communautés de frustrés aigris qui doivent cohabiter.
Pas si Cool a commenté :
28 mars 2026 - 10 h 25 min
Amis québécois,
Nos amis belges, nos amis suisses, .. luxembourgeois, .. connaissent ce genre de mésaventures linguistiques..
Souvenez vous en Belgique de ce contrôleur dans un train entre la Flandres et la Wallonie qui s’est fait reprocher un “bonjour” en français alors que le train était encore sur sol Flamand !!
En Suisse, il semble qu’au vu du nombre impressionnants d’internationaux qui y travaillent ou qui y habitent (ONU, ONG, Ecoles très chic, .. entreprises internationales, ..), l’anglais devient une langue officielle..
Vous avez raison, la richesse d’un pays est aussi sa richesse linguistique et culturelle.