Confrontée à la fermeture d’une large partie de l’espace aérien au Moyen‑Orient, Qantas rebat les cartes de son réseau entre l’Australie et l’Europe. La compagnie australienne met fin, temporairement, à la liaison directe Perth–Paris, renforce ses vols vers Rome et fait de Singapour son pivot pour desservir la France et le Royaume‑Uni.
L’objectif affiché est d’augmenter la capacité – environ 60 sièges supplémentaires par vol vers Paris – et de capter une demande en forte hausse sur les liaisons Europe–Australie.
Qantas coupe Perth–Paris, Paris bascule via Singapour
Qantas a annoncé la suspension de son vol sans escale Perth–Paris, inauguré comme l’une des vitrines de la connectivité directe entre l’Australie et l’Europe continentale. La liaison vers la capitale française continuera d’être assurée, mais sur un schéma Sydney–Singapour–Paris, faisant disparaître Perth du programme vers la France pour la période d’ajustement. Selon la compagnie, ce nouveau routing « permet d’augmenter la capacité de près de 60 passagers par vol » grâce à une utilisation optimisée des Boeing 787‑9.
Dans le détail, les fréquences entre l’Australie et Paris doivent passer de trois à cinq vols hebdomadaires, sur une période qui s’étend de la mi‑avril à la mi‑juillet 2026, correspondant au pic de la haute saison européenne. Qantas indique que les vols supplémentaires s’inscrivent dans une stratégie plus large de montée en puissance entre l’Australie et l’Europe, dans un contexte où les hubs du Golfe restent partiellement fermés ou fortement contraints par les tensions régionales.
Rome devient la grande porte européenne de Perth
La suppression du Perth–Paris sans escale laisse Rome comme unique destination européenne directe au départ de la capitale de l’Australie‑Occidentale. Qantas va renforcer cette route en portant, sur la période concernée, la fréquence de quatre rotations hebdomadaires à un vol quotidien, toujours opérée en Boeing 787‑9. L’axe Perth–Rome, lancé en 2022 comme premier vol direct de l’Australie vers l’Europe continentale, est devenu un succès commercial, avec des taux de remplissage très élevés et une extension progressive de la saison d’exploitation.
En parallèle, la liaison Perth–Londres, déjà contrainte à effectuer une escale technique à Singapour à l’aller pour contourner l’espace aérien du Moyen‑Orient, est maintenue sur ce schéma, tandis que le vol retour Londres–Perth reste opéré sans escale. Qantas fait ainsi de Perth un point d’entrée majeur vers l’Europe via Rome et Londres, mais abandonne – au moins provisoirement – l’idée d’en faire un hub direct vers plusieurs capitales continentales.
Singapour s’impose comme pivot entre l’Australie et l’Europe
Le redéploiement annoncé par Qantas consacre Singapour comme plateforme de correspondance de premier plan pour ses flux entre l’Australie et l’Europe. Pour accompagner le nouveau montage des vols vers Paris et le passage de Perth–Londres via la cité‑État, la compagnie va augmenter la liaison Perth–Singapour de sept à dix fréquences hebdomadaires, avec des horaires adaptés aux connexions européennes.
Qantas explique qu’elle « ajuste son programme international à partir de la mi‑avril pour répondre à la demande croissante et compenser les perturbations liées au Moyen‑Orient ». Selon des médias spécialisés, ces capacités supplémentaires sont rendues possibles par la réaffectation de Boeing 787 initialement déployés sur certaines lignes vers les États‑Unis, notamment Brisbane–Los Angeles, ainsi que par le passage de plusieurs Airbus A330 du réseau domestique vers l’international.
Les fermetures d’espace aérien rebattent les flux Est–Ouest
Historiquement, plus de la moitié des passagers entre l’Europe et l’Asie, et une proportion comparable entre l’Europe et l’Australie, transitent par les grands hubs du Golfe – Doha, Abu Dhabi, Dubaï – qui captent la majeure partie de ces flux grâce à des correspondances optimisées. Les fermetures d’espace aérien au‑dessus de l’Iran, d’Israël et de plusieurs États de la région, venues s’ajouter aux restrictions déjà en place au‑dessus de la Russie et de l’Ukraine, ont drastiquement réduit les corridors disponibles et allongé les temps de vol. Les compagnies européennes et asiatiques, dont Qantas, sont contraintes de contourner ces zones, en survolant notamment le Caucase et l’Asie centrale, ce qui renchérit les coûts et réduit la marge de manœuvre sur les schémas de rotation.
Dans ce contexte, la décision de Qantas illustre une double dynamique : la nécessité de sécuriser des routes alternatives stables, et la volonté de capter une demande qui reste élevée sur les liaisons Europe–Australie, malgré des itinéraires plus longs. En concentrant son offre sur des axes jugés les plus porteurs – Rome et Paris via Singapour, Londres via Perth – la compagnie cherche à maximiser le revenu par siège en période de forte contrainte opérationnelle.
D’autres compagnies renforcent aussi leurs capacités
Qantas n’est pas seule à profiter de cette reconfiguration des flux Est–Ouest. Dans l’océan Indien, Air Seychelles a par exemple relancé récemment ses vols long‑courriers vers l’Europe, avec une ligne en Boeing 787 vers Paris et une desserte vers Rome via Hurghada, afin de capter une partie des passagers à la recherche d’itinéraires alternatifs. En Europe, SWISS a annoncé l’ajout d’une deuxième rotation quotidienne entre Zurich et Delhi sur une période limitée, pour répondre à la hausse de la demande et aux effets de report provoqués par les détours imposés au‑dessus du Moyen‑Orient.
Les experts du secteur soulignent que ces ajustements, multipliés par de nombreuses compagnies, contribuent à saturer les rares couloirs aériens encore disponibles entre l’Europe et l’Asie. Ils estiment toutefois que cette période de perturbations offre aussi des opportunités aux transporteurs capables de réaffecter rapidement leurs flottes long‑courrier et d’exploiter des hubs alternatifs, à l’image de Singapour, Séoul ou encore certaines plateformes d’Asie centrale.

GREFF a commenté :
2 avril 2026 - 13 h 11 min
En résumé non marketing, Rome étant plus proche de Perth que Paris et Londres, la limite d’autonomie des B787 fait que seule la capitale romaine peut encore être reliée en vol direct à cause l’allongement de la durée des vols du au contournent du Moyen-Orient. Vivement les A35X-ULR pour retrouver cette dynamique directe.