Une jeune Britannique de 25 ans, hôtesse de l’air chez flydubai, a été arrêtée après avoir partagé une photo montrant les dégâts causés par une frappe de drone iranien à l’aéroport international de Dubaï. L’image, pourtant diffusée dans un simple groupe WhatsApp privé avec ses collègues, a valu à la jeune femme une inculpation pour atteinte à la sécurité publique.

L’incident s’est produit quelques jours après l’interception d’un drone iranien Shahed-136 près du terminal 3. Inquiète pour sa sécurité, la jeune hôtesse avait simplement demandé à ses collègues : « Est-ce sûr de traverser l’aéroport ? » La photo jointe montrait la zone endommagée. Selon les autorités émiraties, même un partage privé tombe sous le coup des lois strictes sur la cybercriminalité.

Flydubai opère principalement depuis l’aéroport international de Dubaï, ce qui explique pourquoi l’hôtesse de l’air résidait sur place et circulait fréquemment dans la zone touchée par la frappe de drone. La photo partagée dans un groupe WhatsApp privé avec des collègues concernait justement les dégâts près du terminal de l’aéroport où la compagnie aérienne est basée.

Pour l’heure, la jeune hôtesse de l’air reste en détention. Son cas illustre la ligne rouge tracée par Dubaï : même en période de tension, toute image de guerre diffusée, même en privé, peut coûter très cher.

Des règles très strictes à l’aéroport
Pour préserver son image de « havre de paix », les Émirats arabes unis ont rappelé avec fermeté l’interdiction de filmer ou de photographier à l’intérieur de l’aéroport de Dubaï, et surtout de diffuser des images de sites touchés ou de débris. Le ministre de la Justice émiratie, Hamad Saif Al Shamsi, justifie cette répression en affirmant que ces partages pourraient semer la panique et donner « une fausse impression de la situation réelle du pays ». Le procureur d’État, le Dr Hamed Saif Al Shamsi, a déclaré : « Publier de tels contenus peut constituer un comportement qui contredit les règlements de l’ordre public et pourrait entraîner des poursuites pénales. » Il a ajouté que ces images « pourraient créer la panique parmi les résidents et donner une fausse impression de la situation sécuritaire du pays ».

Cette affaire n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une vague d’arrestations qui a touché jusqu’à 70 ressortissants britanniques – touristes, expatriés et membres d’équipage – pour avoir filmé ou partagé des photos et vidéos des frappes iraniennes. Certains ont même été détenus simplement pour avoir reçu ces images sur leur téléphone. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à deux ans de prison et une amende de amende allant de 20 000 à 200 000 AED (4 700 à 47 000 euros). 

Selon l’ONG Detained in Dubai, des centaines de personnes de diverses nationalités ont déjà été arrêtées aux Émirats arabes unis depuis le début de la guerre, en vertu de lois floues sur la cybercriminalité, passibles de deux ans de prison, d’amendes élevées et d’expulsion. Les autorités répriment quiconque partage, même en privé, des photos ou informations sur les attaques de missiles et de drones, y compris leurs conséquences. À Dubaï, des dizaines de milliers d’expatriés ont fui, tandis que des résidents ordinaires – de la femme de ménage philippine au multimillionnaire – sont interpellés dans la rue ou à leur domicile pour contrôle de leur téléphone. Des exemples récents incluent trois survivants d’une frappe sur une tour résidentielle à Creek Harbour arrêtés pour avoir envoyé des photos de leur logement endommagé à leurs proches, et 21 personnes détenues pour avoir partagé des informations dans un groupe de discussion privé. 

« Une supposition extrêmement dangereuse »
Radha Stirling, directrice de l’ONG Detained in Dubai, dénonce cette censure officielle : « Il y a d’innombrables images et vidéos qui circulent en ligne sur le conflit. Les gens pensent naturellement que si quelque chose est déjà largement partagé par les médias, il est acceptable d’en parler ou de le reposter. Aux Émirats, cette supposition peut être extrêmement dangereuse. »

Arrêtée à Dubaï pour avoir partagé une photo de guerre : le calvaire d’une hôtesse de flydubai 1 Air Journal

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