Longtemps cantonnées aux voyages de loisirs, les compagnies à bas prix européennes tentent pourtant un virage stratégique majeur depuis quelques années. Plusieurs low cost développent des offres « business-friendly » et des programmes de fidélité adaptés à la clientèle corporate, dans un marché où les voyages d’affaires reprennent à grande vitesse après les années de crise sanitaire.
Cependant, les low cost peinent encore à convaincre les voyageurs d’affaires malgré leurs efforts. « Le low-cost n’est pas fait pour la vraie clientèle corporate », tranche Philippe Taïeb, président de Jancarthier, agence de voyages d’affaires française fondée en 1963 et spécialisée dans le Business Travel pour les PME et ETI. Il résume avec franchise le scepticisme qui domine encore dans le monde corporate face à l’offensive des compagnies à bas prix : « Le low-cost, c’est tu achètes un vol et un trajet. Après une fois que tu l’as acheté, il ne faut rien toucher. L’homme d’affaires, ce qu’il recherche, c’est quand il va à l’aéroport, il a un enregistrement rapide, une souplesse des réservations et pouvoir modifier son vol comme il souhaite. Aujourd’hui avec les low cost, s’il a fini son rendez-vous plus tôt, il est coincé. Donc, pour l’homme d’affaires, il vaut mieux payer un billet plus cher et pouvoir rentrer au bureau travailler. »
Pourtant, les low cost mènent la charge, Wizz Air et easyJet en tête avec des offres dédiées aux déplacements professionnels. D’autres acteurs comme Vueling, Volotea ou Transavia empruntent la voie des « hybrid low-cost carriers » (HLCC), cherchant à mieux répondre aux besoins de mobilité professionnelle.
| Compagnie | Offre | Pour qui ? | Atouts principaux | Prix / accès |
|---|---|---|---|---|
| Wizz Air | Wizz Class | PME, indépendants, voyageurs fréquents | Premier rang, siège central bloqué, embarquement prioritaire, snack + boisson, bagage cabine 10 kg | Disponible sur tout le réseau depuis fév. 2026, supplément à la réservation |
| easyJet | easyJet Plus for Business | Entreprises (achat groupé) | 250 adhésions max, 1 offerte pour 10, siège premium, Speedy Boarding, Fast Track, bag drop, retour anticipé gratuit | 249 £ / personne / an |
| Vueling | Vueling Club | Clients corporate (groupe IAG) | Points convertibles en Avios, compatibilité British Airways / Iberia, avantages selon statut | Programme de fidélité Vueling Club |
| Volotea | Megavolotea Plus | PME, routes régionales | −20 € / vol, embarquement prioritaire, bagage cabine 10 kg, sièges/bagages réduits, changements illimités (−7 jours) | 159,99 € / an |
| Transavia | bluebiz + Flying Blue | PME / PMI (groupe Air France-KLM) | Crédits entreprise, changement de nom gratuit, annulation sans frais (24 h), Miles sur certains tarifs | Bluebiz (entreprise) + Flying Blue (voyageur) |
| Ryanair | Prime (test arrêté) | — | Tarifs réservés aux abonnés pendant le test | Programme clos fin nov. 2025 |
Wizz Class, une « business lite » pour les voyageurs d’affaires
En janvier 2026, Wizz Air a officiellement lancé Wizz Class sur des routes sélectionnées au départ de sept aéroports (dont Budapest, Bucarest, Varsovie, Londres et Rome). Devant le succès du test, l’offre a été étendue à l’ensemble de son réseau de près de 950 routes dès février 2026.
Cette « business lite », formule premium minimaliste, propose un siège en première rangée avec le siège du milieu bloqué, un snack et une boisson non alcoolisée offerts à bord, l’embarquement prioritaire et des bagages cabine améliorés (jusqu’à 10 kilos). « Nous répondons à la demande croissante des voyageurs d’affaires qui veulent un peu plus de confort sans payer le prix d’une classe affaires traditionnelle », soulignait la low cost hongroise lors du lancement. L’objectif est clair : attirer les PME et les indépendants sur les liaisons intra-européennes, tout en préservant le modèle à bas prix et en facilitant la gestion des risques voyages, devenue un enjeu majeur pour les entreprises.
Côté tarif, Wizz Air s’appuie sur le WIZZ Discount Club (Standard à 44,99 €/an ou Premium à 89,99 €/an), qui offre des réductions permanentes pour le titulaire et jusqu’à cinq accompagnateurs. L’option WIZZ All You Can Fly (499 €/an) permet des vols illimités moyennant un tarif fixe par réservation et cible les voyageurs fréquents, y compris les voyageurs corporate. Aucun programme dédié aux grandes entreprises n’existe, mais ces abonnements sont utilisés par les petites structures et les consultants, soucieux d’optimiser leurs déplacements professionnels.
EasyJet Plus for Business, une offre BtoB structurée
Dès février 2025, easyJet a lancé easyJet Plus for Business, un programme BtoB spécifiquement conçu pour les entreprises. Ces dernières peuvent acheter jusqu’à 250 adhésions en une seule fois via une plateforme dédiée (plus.easyjet.com), avec une remise attractive : une adhésion gratuite pour dix achetées. Le prix unitaire s’élève à 249 £ (285 €) par an et par personne. Les avantages pour les employés incluent un siège attribué gratuit, y compris en « extra-legroom », l’embarquement prioritaire, un bagage cabine supplémentaire et le « fast track » au contrôle de sécurité des aéroports. La low-cost britannique propose également des Business Fares flexibles (changements de date illimités et bagage en soute inclus).
EasyJet est régulièrement récompensée comme meilleure low-cost pour les voyageurs d’affaires. Son programme easyJet Plus for Business reste le pilier de l’offre du voyage professionnel, accessible tant aux individus qu’aux entreprises. Il est complété par l’invitation-only Flight Club pour les très gros clients. En plus, easyJet continue d’investir dans des outils simplifiant la gestion des déplacements professionnels et renforçant la visibilité des coûts pour les travel managers.
Les autres low cost : vers un modèle hybride
Plusieurs low cost européennes suivent cette tendance d’hybridation : Vueling (groupe IAG) a relancé en janvier 2026 son Vueling Club, désormais basé sur la dépense réelle, avec des points convertibles en Avios, compatibles avec les compagnies traditionnelles British Airways et Iberia – un atout pour les clients corporate.
Volotea propose MegaVolotea Plus (159,99 €/an) : embarquement prioritaire, bagage cabine garanti et un portefeuille de crédits pour les services annexes, particulièrement adapté aux PME sur des routes régionales. Transavia (filiale d’Air France-KLM) bénéficie du programme Flying Blue et des options corporate via BlueBiz. Ryanair, de son côté, a testé puis abandonné son abonnement Prime fin 2025, jugé trop coûteux en remises. La low cost irlandaise reste attractive par ses tarifs ultra-bas, mais sans programme fidélité corporate actif.
Un marché en pleine mutation, mais avec des limites persistantes
Selon les analystes, le segment Business Travel représente une part croissante des revenus des low-cost, notamment sur les trajets court/moyen-courriers où les entreprises, soumises à des contraintes budgétaires, se tournent davantage vers ces transporteurs à bas coût. Cependant, la grande majorité des voyageurs d’affaires et des dirigeants d’entreprises continue de privilégier les compagnies aériennes traditionnelles, dites « full-service carriers ».
Philippe Taïeb de l’agence de voyages d’affaires Jancarthier l’explique sans détour : le modèle low-cost manque de flexibilité réelle (modifications restrictives), de fréquences suffisantes et d’un service aéroportuaire fluide. Même en ajoutant toutes les options (siège prioritaire, bagage, etc.), le prix final rejoint souvent celui d’une compagnie aérienne traditionnelle, sans offrir la même sérénité pour un professionnel qui doit pouvoir modifier son planning de voyages.
Ces initiatives des low cost, qui ajoutent des services à la carte sans renier leur modèle du transport aérien à bas coût, renforcent néanmoins la concurrence avec les compagnies aériennes traditionnelles. Elles offrent aux entreprises une alternative économique et flexible, tout en rappelant que low-cost et corporate ne sont pas non plus totalement antinomiques. Pour les agences de voyage d’affaires, cette évolution force aussi une adaptation des services de conseil, d’assistance et de gestion des risques voyages, afin d’intégrer ces nouvelles offres dans les politiques de mobilité professionnelle.
Pour la très grande majorité des patrons et cadres qui se déplacent régulièrement en avion, « le basculement complet reste encore loin », selon le patron de l’agence Jancarthier. Selon lui, « le vrai défi pour les low cost sera de convaincre les entreprises que leur proposition hybride répond non seulement au critère du prix, mais aussi à celui de la productivité, de la fiabilité et de la sécurité attendues dans tout déplacement professionnel ».

@British Airways
aviation a commenté :
16 avril 2026 - 13 h 08 min
Trois choses non mentionnées dans l’article, le salon en attente de départ, le programme de fidélité qui permet au voyageur fréquent de profiter à titre individuel lors de ses congés et le fait que les low-cost sont généralement loin des portes d’embarquement classiques avec sortie sur le tarmac sous la pluie etc…
Il serait difficile d’intéresser en dehors juste de l’aspect financier les voyageurs d’affaires. Les entreprises, oui, mais les utilisateurs eux…
CdeO a commenté :
16 avril 2026 - 13 h 57 min
French Bee, voila une compagnie absolument pas adaptée au voyage d’affaires. Paassagers en classe Premium, nous venons d’avoir nos bagages refusés à l’enregistrement pour 6 minutes de retard. 1 heure 24 avant le décollage. Mon conseil pour French Bee, convertissez vou au cargo. Les passagers, ça nest pas pour vous.
Anna Stazzi a commenté :
16 avril 2026 - 14 h 05 min
😂👎🏻
Après « L’homme de fer », voilà « L’homme d’affaires ».
Poule aux oeufs d’or fantasmée, bourrée aux as, et qui saute d’un avion à l’autre sans rien faire d’autre.
J’ai pris EasyJet une fois, le zinc est tombé en rade à Milan, service de rerouting mort, zéro service en vol ni au sol(personne à l’horizon😂), nous étions six ou sept de la boîte, c’est AF qui nous a « sauvés ».
Les billets EZY n’ont jamais été remboursés ..
Ça renvoie aux pax qui font un CDG-BKK en Y à 150€ et qui couinent sur le mauvais service.
Ceux qui voyagent pour leur travail, et qui ont un CFO pas trop con, voyagent sur des vols de compagnies traditionnelles, avec un service non pas à bord -sans intérêt autre que sa distraction- mais au sol et qui garantit une prise en mains de pbs de rerouting urgent pour hier soir, annulation de dernière minute etc, avec validation entre compagnies des titres de transport etc ..
La flexibilité du déplacement est la clé de sa réussite.
Rien à voir avec Ryanair ou Wizzair et toute la troupe.
Il ne ft pas oublier que ce pax pro, une fois débarqué, ne va pas à la plage, il va travailler !
Son interlocuteur se moque royalement des embouteillages entre Beauvais et Porte Maillot ou si le gars a fait trois stops la nuit pour débarquer à pas d’heure.
Autant donc arriver à peu près dispo pour rentabiliser le déplacement !
Le salon au départ, est toujours sympa pour éviter la foule.
Fast tracks idem.
Les miles ? On y croit qd on est jeune, mais c’est d’un intérêt très relatif.
Je ne travaille jamais en avion, ni au salon. Je bulle.
A321neoLR a commenté :
16 avril 2026 - 14 h 44 min
Et encore et toujours, en tous cas pour Transavia, la possibilité d’annuler purement et simplement. Même en MAX, c’est impossible. Et quiconque a déjà voyagé pour affaire sait bien que cette possibilité est un argument important. Les major en tarif “flex” le permettent. C’est souvent hors de prix, mais si l’affaire à lieu, ça les vaut, et si c’est reporté/décalé (comme très souvent), c’est remboursé. C’est aussi simple que ça. Donc oui, il y a encore des étapes à franchir…
SERGE13 a commenté :
16 avril 2026 - 15 h 11 min
Vous oubliez un détail ultra important, Transavia, depuis début avril, reconnait enfin les statuts Platinum et Ultimate de AFKL.
C’est une avancée spectaculaire qui permet au passager de passer par le coupe file, d’accéder aux salons des aéroports. Sans compter le programme de fidélité qui permet de garder son statut sauf Ultimate. (On ne gagne que des XP, pas de UXP).
De plus à bord, le statut est aussi reconnu par les PNC. Ils ont accès à pas mal de renseignements sur le passager, ce qui leur permet certaines faveurs.