Après des mois de lutte, Spirit Airlines, l’une des low-cost les plus emblématiques aux États-Unis, a annoncé hier l’arrêt immédiat de ses opérations. Tous les vols ont été annulés, plongeant des milliers de passagers dans l’incertitude et marquant la première grande faillite du secteur aérien américain liée à la guerre au Moyen-Orient.
« Spirit a commencé une cessation progressive et ordonnée de ses activités, avec effet immédiat. Tous les vols Spirit ont été annulés et les clients de Spirit ne doivent pas se rendre à l’aéroport », a annoncé la société mère, Spirit Aviation Holdings, dans un communiqué. Les passagers concernés par les annulations sont invités à se tourner vers les autres compagnies pour rebooker leurs vols, dans un marché qui va devoir absorber rapidement la capacité perdue.
« Nous traiterons automatiquement les remboursements pour tous les vols achetés directement auprès de Spirit Airlines avec une carte de crédit ou de débit, en les créditant sur le moyen de paiement d’origine. Les clients ayant réservé leurs vols via une agence de voyages sont invités à contacter directement leur agence pour effectuer leur demande de remboursement. Pour les clients ayant réservé avec d’autres moyens de paiement, notamment des vouchers, des crédits ou des points Free Spirit, les modalités de compensation seront déterminées ultérieurement dans le cadre de la procédure de faillite », indique une annonce sur le site de Spirit Airlines.
Des années de difficultés culminant avec la hausse du kérosène
Spirit Airlines, connue pour ses tarifs ultra-bas et ses avions à la livrée jaune vif, traversait une crise profonde. La low cost américaine avait déjà déposé le bilan à l’été 2025, pour la seconde fois en moins d’un an. Malgré un accord de principe avec ses créanciers fin février, la flambée des prix du kérosène, liée à la guerre au Moyen-Orient, a porté le coup de grâce. « La récente augmentation matérielle des prix du pétrole et d’autres pressions sur l’activité ont significativement impacté les perspectives financières de Spirit », a expliqué Spirit Aviation Holdings. Le prix du carburant a plus que doublé depuis fin février, rendant le modèle économique ultra-low-cost intenable.
Un sauvetage politique qui n’aura pas suffi
L’administration Trump avait tenté un sauvetage in extremis, proposant une aide de 500 millions de dollars en échange de bons de souscription d’actions (titres convertibles en actions) qui auraient pu donner à l’État jusqu’à 90 % du capital. Le Président Donald Trump lui-même avait exprimé son souhait de préserver les quelque 14 000 emplois de l’entreprise : « J’aimerais que quelqu’un achète Spirit. C’est 14 000 emplois. Peut-être que le gouvernement fédéral devrait l’aider. »
Cependant, les négociations ont échoué, faute d’accord avec les créanciers. Cette intervention avortée a suscité des débats sur une possible « nationalisation déguisée » et sur le rôle de l’État dans le soutien aux entreprises privées.
Répercussions sur le transport aérien américain
La disparition de Spirit Airlines, qui représentait jusqu’à 5 % des vols intérieurs aux États-Unis, constitue un choc pour le secteur. Aucune compagnie aérienne américaine de cette taille n’avait liquidé ses activités depuis plus de vingt ans. Des milliers d’emplois sont directement menacés, et des centaines de milliers de sièges vont disparaître des programmes de vols dans les semaines à venir.
Spirit Airlines avait contribué à maintenir les prix bas, forçant les majors à proposer des formules tarifaires « basic economy ». Cet événement marque un tournant pour l’industrie aérienne américaine, déjà fragilisée par la hausse des coûts énergétiques. Cependant, les low cost concurrentes, comme JetBlue et Frontier, devraient bénéficier de cette disparition.
JetBlue a déjà annoncé l’expansion de ses services au départ de Fort Lauderdale, un hub historique de Spirit Airlines. Pour les voyageurs, l’impact se traduira probablement par une hausse des tarifs sur les routes autrefois desservies par la low cost en faillite.

©Spirit Airlines
Tony de Brest a commenté :
3 mai 2026 - 8 h 47 min
Le dernier vol de Spirit Airlines, le NK1833, a relié Detroit Metropolitan Wayne County Airport (DTW) à Dallas–Fort Worth International Airport (DFW). Il s’est posé à 0 h 09 dans la nuit de vendredi à samedi, opéré par un Airbus A320‑232 immatriculé N604NK. La compagnie indique avoir transporté plus de 50 000 passagers au cours de ses dernières vingt‑quatre heures d’activité. Spirit Airlines devait assurer 277 vols le samedi 2 mai, tous finalement annulés.