Air India va réduire de 10 à 12% son programme long‑courrier jusqu’à fin juillet 2026, sous la pression conjuguée de la flambée du carburant et des détours imposés par les fermetures d’espace aérien au Moyen‑Orient, rendant une partie de son réseau international non rentable.
Air India, pavillon national indien, a décidé de réduire son programme long‑courrier jusqu’à la fin juillet 2026, alors que la hausse spectaculaire des prix du carburant et les fermetures d’espaces aériens au‑dessus de l’Iran et de l’Irak érodent ses marges déjà fragiles. Selon plusieurs médias indiens, la compagnie, qui opère environ 1 100 vols par jour, supprimera temporairement près de 100 vols quotidiens, soit de l’ordre de 10% de son programme global, avec un impact marqué sur les liaisons internationales.
Dans un message interne adressé aux salariés, le directeur général Campbell Wilson rappelle que le transporteur avait déjà réduit certaines fréquences en avril et en mai, mais que la dégradation des conditions d’exploitation impose désormais des coupes plus profondes en juin et juillet. « Nous avons réduit une partie de notre programme en avril et en mai ; la hausse massive du prix du carburant, combinée à la fermeture de certains espaces aériens et à l’allongement des routes, a rendu nombre de nos vols internationaux non rentables », écrit‑il, cité par plusieurs médias indiens.
Flambée du carburant et détours par le Moyen‑Orient
La première cause de ces ajustements réside dans l’explosion du coût de l’Aviation Turbine Fuel (ATF), le kérosène utilisé par les compagnies aériennes. D’après des données relayées par la presse économique indienne, le prix moyen mondial du kérosène a bondi jusqu’à environ 179 dollars le baril fin avril, soit une hausse de près de 80% par rapport à la fin février, sur fond de tensions accrues autour du détroit d’Ormuz et de craintes sur l’offre.
Parallèlement, la guerre impliquant l’Iran et les restrictions d’espace aérien sur certaines portions de l’Asie de l’Ouest obligent les transporteurs, dont Air India, à contourner l’espace iranien et irakien. Ces détours allongent de jusqu’à deux heures certains vols entre l’Europe et l’Asie, avec à la clé davantage de carburant brûlé, des temps de vol totaux plus longs et une augmentation des coûts d’équipage. Pour des lignes déjà exploitées avec des marges faibles, ce cocktail – carburant cher et routes rallongées – suffit à plonger la rentabilité dans le rouge, ce qui explique les réductions de fréquences.
En outre, Air India ne peut plus compter, pour l’instant, sur le corridor pakistanais, qui reste pourtant l’axe naturel le plus court entre l’Inde du Nord et l’Europe comme vers une partie de l’Asie. Ces contraintes s’ajoutent aux détours déjà imposés plus au sud et à l’ouest par les restrictions au‑dessus de l’Iran et de l’Irak, créant un effet ciseau sur les grandes routes d’Air India vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou même certaines destinations d’Asie centrale. Concrètement, un Delhi–Londres, un Bengaluru–Londres ou un Delhi–Toronto, qui traversaient habituellement l’espace pakistanais, doivent aujourd’hui être routés plus au sud, avec impact sur la consommation, la planification équipage (temps de service, relèves) et parfois sur la capacité offerte quand les contraintes de temps de vol imposent de réduire la charge utile.
Jusqu’à 12% de long‑courrier en moins
Air India prévoit de réduire de « jusqu’à 12% » son programme long‑courrier entre maintenant et la fin juillet 2026. Dans le détail, la compagnie va toucher aussi bien des vols internationaux que domestiques, mais l’essentiel des coupes concerne les liaisons vers l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie et Singapour, soit des marchés qui structurent son réseau intercontinental.
Les suspensions et diminutions de fréquences resteront a priori temporaires, le transporteur expliquant qu’il pourrait remonter son offre si les tensions géopolitiques se détendent et si les routes de survol au‑dessus du Moyen‑Orient, notamment dans la région du détroit d’Ormuz, sont rouvertes. « Nous espérons que la situation au Moyen‑Orient se stabilisera — et que le détroit d’Ormuz rouvrira — afin que nous puissions revenir à un état plus normal », a déclaré Campbell Wilson dans sa communication aux équipes, tout en exprimant ses regrets pour les perturbations subies par les passagers et les équipages.
Une compagnie déjà lourdement déficitaire
Ces coupes interviennent alors que le groupe Air India a affiché des pertes estimées à plus de 22 000 crores de roupies (plus de 2,4 milliards d’euros) sur l’exercice clos au 31 mars 2026, selon plusieurs sources indiennes. Pour un pavillon national en pleine transformation sous la houlette du groupe Tata, ce contexte fragilise davantage un plan de redressement qui repose notamment sur une modernisation massive de la flotte et une montée en gamme de l’offre long‑courrier.
Campbell Wilson, qui a annoncé son intention de quitter ses fonctions plus tard dans l’année, se trouve ainsi contraint d’arbitrer entre maintien de la connectivité internationale et discipline financière. « Il n’y a guère d’alternative aujourd’hui, sinon réduire encore les programmes de juin et juillet », résume‑t‑il, en appelant à la « solidarité » des équipes pour traverser la période. La réduction des vols permet aussi de laisser au sol certains gros‑porteurs certains jours, ce qui limite l’exposition aux pertes sur les routes les plus pénalisées par les détours.

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