Air India a licencié plus de 1 000 employés au cours des trois dernières années pour des violations éthiques. Le PDG sortant Campbell Wilson a révélé cette information lors d’une réunion interne avec le personnel, soulignant la volonté de la compagnie aérienne indienne de restaurer la discipline après des années de dérives. Cette purge intervient alors qu’Air India, rachetée par le groupe Tata en 2022, tente de tourner la page d’une gestion chaotique.

Les licenciements concernent des pratiques variées allant du trafic en tout genre à la corruption. « Nous avons licencié plus de 1 000 personnes pour manquements éthiques », a déclaré Campbell Wilson lors de la réunion. Parmi les fautes constatées figurent le vol d’objets à bord des avions, l’autorisation de bagages excédentaires sans facturation, et l’utilisation frauduleuse du système de voyages loisirs réservé aux employés.

En mars dernier, Air India a détecté des irrégularités massives dans l’utilisation de son programme de voyages pour le personnel. Plus de 4 000 employés seraient impliqués dans ces abus, dépassant ainsi largement le nombre de licenciements effectifs. La compagnie aérienne indienne emploie actuellement environ 24 000 personnes.

Un appel à la discipline
Le PDG a insisté sur la nécessité d’un changement de culture au sein d’Air India. Il a exhorté les employés à « agir correctement même lorsque personne ne regarde », soulignant que des centaines d’employés à tous les niveaux sont licenciées chaque année pour non-conformité. Ces sanctions massives témoignent de la volonté du groupe Tata de redresser l’image et les pratiques du transporteur indien. Depuis son rachat, la direction promet une transformation en profondeur de la compagnie aérienne.

Des problèmes structurels persistants
Au-delà des questions éthiques, Air India fait face à de graves difficultés techniques. En janvier 2026, la compagnie a enregistré son taux d’incidents techniques le plus élevé depuis au moins quatorze mois, avec 1,09 incident pour 1 000 vols contre 0,26 en décembre 2024. Cette multiplication par quatre en un an alarme les autorités et les observateurs.

Le ministère de l’Aviation civile indien a révélé que 82,5% des 166 appareils d’Air India inspectés depuis janvier 2025 présentaient des défauts techniques récurrents, contre seulement 36,5% pour IndiGo, le leader du marché. « Nous reconnaissons des lacunes de sécurité », a admis la direction d’Air India en décembre dernier, évoquant la nécessité de « progrès urgents » en matière de discipline procédurale et de culture de conformité.

Impact du kérosène : réduction des vols internationaux
Air India a annoncé une réduction temporaire de ses services sur plusieurs routes internationales entre juin et août 2026. Cette décision fait suite à des restrictions d’espace aérien dans certaines régions et à des prix record du kérosène, qui menacent la viabilité commerciale de nombreuses liaisons.

Selon un communiqué de la compagnie aérienne, ces mesures touchent notamment des vols vers l’Amérique du Nord (suspensions sur Delhi-Chicago et Mumbai-New York), l’Europe (réduction des fréquences vers Paris, Milan et Rome) et l’Asie (suspension Delhi-Shanghai). Air India continuera toutefois d’assurer plus de 1 200 vols internationaux par mois, tout en travaillant à un rétablissement rapide de son réseau complet.

Ces difficultés révèlent en fait des défis structurels. Pour l’exercice fiscal 2025-26, clos le 31 mars 2026, Air India a enregistré une perte record d’environ 2,8 milliards de dollars. Les restrictions d’espace aérien – exacerbées par le conflit au Moyen-Orient (guerre en Iran) et la fermeture de l’espace aérien pakistanais – obligent à des détours coûteux, allongeant les temps de vol et augmentant la consommation de carburant. Combinées à la récente flambée du kérosène, ces contraintes pèsent lourdement sur les résultats financiers.

Malgré la modernisation de sa flotte et les investissements post-privatisation, Air India reste confrontée à une sensibilité élevée aux chocs géopolitiques et énergétiques. Cette nouvelle rationalisation du réseau long-courrier souligne la nécessité d’une plus grande résilience opérationnelle et d’une diversification des routes pour assurer sa compétitivité sur le marché international.

Une série d’incidents inquiétants
Les problèmes opérationnels se sont multipliés ces derniers mois. En juillet 2025, un vol Kochi-Mumbai a quitté la piste sous de fortes pluies, endommageant moteur et ailes. Quelques jours plus tard, un vol Delhi-Kolkata a dû interrompre son décollage à environ 155 km/h, à quelques secondes de la rotation.

Le drame le plus grave reste le crash du vol Air India 171 en juin 2025. Un Boeing 787-8 Dreamliner s’est écrasé 32 secondes après son décollage, tuant 260 personnes. Cet accident a déclenché une nouvelle vague d’enquêtes sur la sécurité de la compagnie et renforcé la surveillance du régulateur indien.

Un double défi pour la relance
Air India doit désormais relever un défi de taille : rattraper des années de sous-investissement dans la maintenance tout en accompagnant l’expansion du réseau et l’intégration de nouveaux appareils. La direction promet de renforcer les équipes d’ingénierie, les stocks de pièces et la formation du personnel.

Pour l’instant, Air India reste autorisée à voler, mais sous l’œil particulièrement attentif du régulateur indien. La compagnie aérienne tente ainsi de conjuguer assainissement éthique et redressement technique, une double transformation nécessaire pour restaurer la confiance des passagers et des autorités.

Air India fait le ménage : 1 000 employés licenciés pour vol, trafic et corruption en trois ans 1 Air Journal

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