L’ancien directeur général de SriLankan Airlines, Kapila Chandrasena, a été retrouvé hier mort pendu à Colombo, quelques semaines après son inculpation dans un vaste dossier de corruption lié à l’achat d’avions Airbus. Il était accusé d’avoir accepté une commission de 16 millions de dollars lors de la commande, en 2013, de dix appareils pour un montant total de 2,3 milliards de dollars.

Kapila Chandrasena a dirigé SriLankan Airlines entre 2011 et 2015, période durant laquelle la compagnie nationale sri‑lankaise a signé un important contrat avec l’avionneur européen Airbus. Selon la Commission d’enquête sur les allégations de corruption (CIABOC), il aurait « conspiré pour accepter un pot‑de‑vin de 16 millions de dollars » en lien avec l’achat de dix gros-porteurs pour environ 2,3 milliards de dollars.

D’après les enquêteurs, une partie de ces fonds aurait transité par une société écran basée à Brunei, liée à son épouse, avant d’être versée sur un compte bancaire à Singapour. « Il a reçu 1,45 million d’euros sur un compte à Singapour », a précisé un responsable de la commission anticorruption, cité par la presse locale. L’affaire s’inscrit dans le prolongement du vaste scandale de corruption qui a déjà valu à Airbus de lourdes sanctions financières dans plusieurs pays.

Inculpé puis retrouvé mort pendu
En mars, Kapila Chandrasena avait été arrêté puis placé en détention provisoire, avant d’être formellement inculpé pour corruption par la CIABOC. Il venait d’obtenir une remise en liberté sous caution lorsque la police a annoncé sa mort hier. Selon la police de Colombo, l’ancien dirigeant de SriLankan Airlines a été retrouvé pendu au domicile d’un proche dans la capitale. « Sa mort est attribuée à une pendaison », a indiqué un porte‑parole des forces de l’ordre au quotidien local Daily Mirror. Les autorités évoquent pour l’heure des « circonstances suspectes » et ont ouvert une enquête afin de déterminer s’il s’agit d’un suicide ou s’il existe d’autres facteurs en cause.

Une affaire aux ramifications politiques
Le dossier Airbus de SriLankan Airlines a des répercussions au‑delà de la seule compagnie aérienne srilankaise. Kapila Chandrasena avait mis en cause, au fil des procédures, de hauts responsables politiques sri‑lankais, notamment des proches de l’ancien président Mahinda Rajapaksa, qu’il accusait d’avoir bénéficié également du montage financier.

Dans ce contexte, sa disparition soulève de nombreuses questions dans l’opinion publique et chez les défenseurs de la transparence. Des organisations anticorruption s’inquiètent d’un possible ralentissement, voire un abandon des investigations sur les responsabilités politiques derrière le contrat Airbus. « Sa mort ne doit pas enterrer la vérité sur ce dossier emblématique », a réagi un militant cité par les médias sri‑lankais.

Des amendes record pour Airbus
En 2020, Airbus a en effet conclu un règlement record d’environ 3,6 d’euros avec les autorités françaises, britanniques et américaines, dans le cadre d’enquêtes sur des faits de corruption dans plusieurs pays, dont le Sri Lanka. Selon le Serious Fraud Office (SFO, l’agence publique britannique spécialisée dans la lutte contre les fraudes financières graves), l’une des branches de ce dossier portait sur des versements destinés à influencer des contrats avec SriLankan Airlines.

Techniquement, il s’agit d’un « global settlement » (accord de poursuites différées et conventions judiciaires) par lequel Airbus a accepté de payer de lourdes amendes et reconnaît des manquements (notamment à l’obligation de prévenir la corruption), en échange de l’abandon de poursuites pénales directes dans ces juridictions.

Une compagnie aérienne déjà fragilisée
SriLankan Airlines sort affaiblie d’années de difficultés financières et de polémiques autour de sa gouvernance. Elle avait déjà engagé des procédures contre Airbus, réclamant jusqu’à un milliard de dollars de dommages et intérêts pour corruption présumée lors de la commande d’A350 et d’A330.

Le décès de son ex‑PDG, au centre d’une affaire mêlant aviation commerciale, grands contrats internationaux et soupçons de pots‑de‑vin, vient ajouter une nouvelle zone d’ombre à l’histoire récente du transport aérien sri‑lankais. Les autorités de Colombo assurent que les enquêtes anticorruption se poursuivront, mais restent pour l’instant très prudentes dans leur communication sur la suite judiciaire du dossier.

Contrat Airbus : inculpé de corruption, l’ex-PDG de SriLankan Airlines retrouvé mort pendu 1 Air Journal

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