En s’engageant sur 150 Airbus A220‑300, AirAsia signe la plus importante commande ferme jamais enregistrée pour le biréacteur de 100 à 160 sièges et propulse le programme au‑delà du cap symbolique des 1 000 appareils vendus.

Nouvelle venue dans la famille A220, la low‑cost malaisienne devient aussi client de lancement d’une configuration portée à 160 sièges, destinée à maximiser les revenus unitaires sur les routes régionales asiatiques. Une offensive qui place Airbus en confrontation directe avec Embraer sur le créneau très disputé des monocouloirs de 150 à 190 sièges.

Une commande historique pour l’A220, dotée d’une nouvelle cabine à 160 sièges

Annoncé à Mirabel, au cœur du site d’assemblage de l’A220 au Québec, le contrat porte sur 150 A220‑300 et constitue « la plus importante commande ferme unique jamais enregistrée pour l’A220 », ont confirmé Airbus et AirAsia. L’accord fait d’AirAsia un nouveau client du programme, alors que la low‑cost opère déjà une importante flotte d’A320 et d’A321 sur son réseau asiatique.

Cette commande fait franchir à l’A220 le seuil des 1 000 commandes fermes, un jalon symbolique pour un programme longtemps considéré comme fragile sur le plan commercial. À fin mars 2026, 501 A220 avaient été livrés à 25 opérateurs dans le monde, illustrant une base installée désormais significative, mais encore en phase de montée en puissance par rapport aux familles A320neo ou 737 MAX.

AirAsia sera le client de lancement d’une nouvelle cabine à 160 sièges, soit dix de plus que les configurations les plus denses actuellement proposées, grâce à l’ajout d’une issue de secours supplémentaire au‑dessus des ailes de chaque côté. Cette densification vise explicitement les modèles low‑cost, où la réduction du coût siège‑kilomètre est la métrique centrale.

Un levier de réseau pour AirAsia

Pour Tony Fernandes, l’homme qui a façonné la croissance fulgurante d’AirAsia, cette décision s’inscrit dans une stratégie de long terme, malgré un contexte régional toujours compétitif. « Nous avons bâti AirAsia en prenant des décisions audacieuses au bon moment, pas au moment le plus facile », a‑t‑il déclaré, estimant que cette commande reflète « la discipline de long terme et l’ampleur de [nos] ambitions ».

Le dirigeant voit dans l’A220 un outil pour « ouvrir de nouveaux marchés et des routes » et se rapprocher de son objectif de « construire le premier véritable réseau mondial de transporteur low cost ». L’appareil est destiné à desservir des destinations au sein de l’ASEAN et vers l’Asie centrale, en libérant les monocouloirs plus grands de type A321 pour des routes plus longues ou à plus forte demande.

Airbus met en avant, de son côté, la combinaison de coûts d’exploitation réduits et d’un rayon d’action permettant d’ouvrir de nouvelles lignes. « L’A220 offrira une plateforme optimale pour AirAsia, combinant de faibles coûts d’exploitation avec un rayon d’action permettant à la compagnie d’ouvrir de nouvelles routes à travers l’Asie et au‑delà », souligne Lars Wagner, CEO d’Airbus Commercial Aircraft. L’avionneur insiste également sur l’alignement de l’accord avec la nouvelle stratégie de réseau du groupe malaisien.

A220‑300 : son profil technique et son positionnement

Dans sa version A220‑300, l’appareil couvre typiquement la plage de 120 à 150 sièges, avec désormais une capacité de 160 sièges en haute densité, et un rayon d’action pouvant atteindre environ 3 600 milles nautiques, soit près de 6 700 km. Il se positionne ainsi sur des liaisons court et moyen‑courrier qui étaient autrefois l’apanage des monocouloirs de plus grande capacité, mais avec une structure de coûts plus légère et une cabine plus étroite.

L’avion, issu d’une conception nouvelle, combine des matériaux avancés pour alléger la structure, une aérodynamique optimisée et un profil de voilure conçu pour maximiser l’efficacité dans ce segment de marché. Il est motorisé par des turboréacteurs à réducteur Pratt & Whitney PW1500G, de la même famille GTF que ceux qui équipent l’E195‑E2 d’Embraer, offrant une réduction sensible de la consommation et du bruit par rapport aux générations précédentes.

Comme les autres appareils d’Airbus, l’A220 est déjà certifié pour fonctionner avec jusqu’à 50% de carburant d’aviation durable (SAF), l’avionneur visant la compatibilité à 100% SAF pour l’ensemble de sa gamme à l’horizon 2030. Cet argument environnemental trouve un écho croissant en Asie, où les autorités et les compagnies intensifient leurs engagements climatiques, même si le surcoût du SAF demeure un frein.

Un carnet de commandes sur le marché de 150 à 190 sièges qui se renforce

Pour l’A220, la commande d’AirAsia s’ajoute à un carnet déjà nourri par des opérateurs comme Air Canada, Delta Air Lines, airBaltic ou Breeze Airways, mais jusqu’ici dominé par des transporteurs nord‑américains et européens. L’arrivée d’un acteur low‑cost majeur en Asie du Sud‑Est permet à Airbus de renforcer la dimension mondiale du programme et de sécuriser plusieurs années d’activité pour la ligne d’assemblage de Mirabel et celle de Mobile, en Alabama.

Dans la gamme d’AirAsia, l’A220‑300 se positionnera en complément des A320 et A321, avec un rôle de  courrier à capacité fine  venant nourrir les marchés où la demande reste insuffisante pour remplir systématiquement un A321, mais où la compagnie souhaite maintenir une présence à haute fréquence. En densifiant la cabine à 160 sièges, la low‑cost malaisienne rapproche l’économie de l’A220 de celle d’un A320, tout en bénéficiant d’un avion plus léger, potentiellement plus agile sur les marchés émergents ou saisonniers.

Industriellement, la commande d’AirAsia apporte une visibilité précieuse à Airbus sur Mirabel, alors que le site québécois demeure un maillon sensible de la chaîne, avec des coûts encore plus élevés que ceux des lignes A320 et une dépendance marquée aux volumes. 

Embraer en embuscade sur le segment 120–146 sièges

Face à ce succès emblématique pour l’A220, Embraer n’en reste pas moins solidement installé sur le segment voisin des 120 à 146 sièges avec son E195‑E2. L’appareil, évolution de l’E195 de première génération, offre une cabine pouvant aller d’environ 120 sièges en configuration bi‑classe jusqu’à 132 sièges en classe unique, avec une configuration haute densité capable d’accueillir jusqu’à 146 passagers.

Pour Embraer, cette offensive d’Airbus sur le terrain des grands clients low‑cost en Asie souligne la nécessité d’ancrer davantage l’E195‑E2 dans ce segment, au‑delà des transporteurs historiques européens ou latino‑américains. Des compagnies comme Azul, KLM Cityhopper, LOT, Luxair ou bientôt Finnair démontrent l’attrait de l’E2 sur des marchés matures, mais la conquête d’un acteur low‑cost de premier plan dans la région Asie‑Pacifique constitue un signal beaucoup plus marquant.

AirAsia commande 150 A220‑300, plus grosse commande de l’histoire du programme 1 Air Journal

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