La guerre au Moyen-Orient a porté un coup immédiat et sans précédent aux grands hubs aéroportuaires de la région et à leurs compagnies aériennes. « Le conflit de 2026 au Moyen-Orient a bousculé un système de hubs bien établi et de longue date », résume une analyse du fournisseur de données aériennes Cirium.

En temps normal, les hubs du Golfe jouent un rôle central dans le réseau long‑courrier mondial. Cirium rappelle que « 20% de tous les passagers voyageant entre l’Europe et l’Asie‑Pacifique en 2025 ont emprunté des compagnies du Moyen‑Orient », soit un passager sur cinq. De même, « 10% de tous les passagers américains se rendant en Asie‑Pacifique transitent par les hubs du Moyen‑Orient ».

Ce modèle de « hub‑and‑spoke » (où le trafic est organisé autour d’un point central) s’est retrouvé brutalement déstabilisé par les fermetures et restrictions d’espace aérien. « Les transporteurs du Golfe sont sévèrement affectés par les fermetures d’espace aérien, avec un risque d’extension à d’autres compagnies aériennes de la région », souligne l’analyse de Cirium Ascend Consultancy. L’impact dépasse largement la région, car ces hubs irriguent une grande partie des flux intercontinentaux entre l’Europe, l’Asie et l’Australasie.

Une chute de 52% des vols des compagnies aériennes du Moyen-Orient
À l’échelle mondiale, Cirium mesure une rupture nette dans la croissance du trafic aérien dès le déclenchement du conflit. « Pour mars 2026, nos données suivies montrent que le nombre de vols passagers n’a progressé que de 1,2% par rapport à 2025 », contre une hausse de 5,3% des capacités (ASK) en février. La cause principale tient aux transporteurs basés au Moyen‑Orient : « Les compagnies domiciliées au Moyen‑Orient ont connu une baisse de 52% de leurs vols d’une année sur l’autre », note Cirium.

La région ne représentait que 4% des vols suivis en mars 2025, mais « elle pèse 10% des sièges‑kilomètres offerts (ASK) au niveau mondial », car les compagnies aériennes du Golfe opèrent des appareils plus gros sur des distances plus longues. Sur les 22 premiers jours de conflit, Cirium chiffre à 56,5% le recul de capacité des compagnies du Moyen‑Orient, ce qui contribue à « une contraction globale de 2,5% des capacités mondiales ».

Des taux d’annulation massifs puis une stabilisation progressive
En se concentrant sur l’évolution des vols opérés, Cirium distingue deux phases. D’abord un choc aigu, avec des taux d’annulation très élevés, puis une lente stabilisation. Sur les premiers jours, la proportion de vols annulés ou non opérés au départ des hubs du Moyen‑Orient dépasse 60%, avec « plus de 2 300 vols par jour cloués au sol », selon les graphiques publiés par le cabinet.

Au fil des semaines, les compagnies du Golfe ajustent leurs programmes, reroutent certaines lignes et réduisent leur offre. Cirium observe que « le taux d’annulation quotidien retombe ensuite dans une fourchette de 20 à 30%, avant de passer sous les 15% début avril ». Le 6 avril, les annulations représentent encore environ 11% des vols prévus, montrant que le système reste perturbé mais sort de la situation de chaos initial.

Routes fermées et contournements coûteux
L’analyse de Cirium insiste aussi sur les conséquences des fermetures d’espace aérien pour les liaisons long‑courrier. « Les vols directs Europe–Asie sont désormais limités à un étroit corridor au‑dessus de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan, ou obligés de contourner plus au sud via l’Arabie saoudite, ce qui allonge les temps de vol et la consommation de carburant », détaille l’analyse.

Cirium souligne qu’en cas de fermeture supplémentaire de l’espace aérien d’Azerbaïdjan, « la pression sur les liaisons long‑courrier entre l’Europe et l’Asie‑Pacifique serait encore plus forte, à l’exception des compagnies aériennes autorisées à survoler la Russie ». Cette configuration modifie temporairement la hiérarchie des itinéraires, au bénéfice potentiel de certains transporteurs asiatiques ou européens capables d’opérer des routes directes alternatives.

Une pression durable sur les modèles économiques
Au‑delà de l’immédiat, Cirium souligne que la combinaison des fermetures d’espace aérien et de la flambée du kérosène met sous tension les modèles économiques. « Le prix du baril de pétrole a bondi de 60 dollars en janvier à plus de 100 dollars », soit plus de 50% de hausse, rappelle l’analyse.

Les simulations de Cirium indiquent que « l’industrie aérienne mondiale cesse de faire du profit quelque part entre 72 et 76 dollars le baril sur une période prolongée ». Au‑delà de ce seuil, « le secteur commence à enregistrer des pertes », ce qui incite les compagnies aériennes à accélérer la transition vers des avions plus récents et plus sobres, et à se montrer plus réticentes à prolonger la vie des appareils de génération précédente.

En conclusion, Cirium estime que « le conflit a déjà infligé un choc de huit points de pourcentage à la capacité mondiale en mars », et que la situation des hubs du Moyen‑Orient restera un déterminant majeur des plans de flotte et d’itinéraires dans les mois à venir.

Vols supprimés, capacité en chute : l’impact immédiat de la guerre sur les hubs du Golfe 1 Air Journal

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