La Russie affirme avoir achevé les essais de certification du PD‑8, un turboréacteur de huit tonnes de poussée entièrement développé sur son territoire pour motoriser le SJ‑100, version « import‑substituée » du Sukhoi Superjet 100.

Cette étape intervient après plus de 6 500 heures d’essais au sol et en vol, et doit permettre à l’autorité russe de l’aviation civile, Rosaviatsia, de délivrer prochainement le certificat de type, préalable à la certification du nouvel avion régional et à son entrée en service annoncée à partir de la fin de la décennie.

Un moteur pour un Superjet « dérussifié »… puis « rerussifié »

Le PD‑8 est présenté par l’United Engine Corporation (UEC), filiale motoriste du conglomérat d’État Rostec, comme le remplacement national du SaM146 franco‑russe qui propulsait jusqu’ici le Sukhoi Superjet 100. Ce nouveau turboréacteur doit équiper le Yakovlev SJ‑100, nom désormais attribué à la version modernisée et « import‑substituée » du Superjet, dont l’objectif est de se passer de systèmes occidentaux devenus difficilement accessibles depuis les sanctions imposées à Moscou à partir de 2014 puis 2022.

Développé par Aviadvigatel et assemblé chez UEC‑Saturn, le PD‑8 est dérivé dans son architecture du plus gros PD‑14 destiné au MC‑21, mais adapté à la classe de poussée des appareils régionaux. Selon les données communiquées par UEC, il s’agit d’un turboréacteur double corps d’environ huit tonnes de poussée (78 kN), affichant un taux de dilution de 4,4 et doté d’une chaîne de commande entièrement électronique d’origine russe. L’appareil a également vocation à motoriser le biréacteur amphibie Beriev Be‑200, notamment employé dans des missions de lutte contre les feux de forêt.

Une campagne d’essais intensive et « extrême »

Rostec indique que les prototypes de PD‑8 ont accumulé plus de 6 500 heures d’exploitation dans le cadre de la campagne de développement et de certification, dont près de 1 450 heures en vol sur des Superjet d’essais et sur un laboratoire volant Iliouchine Il‑76LL. Selon l’agence russe RIA Novosti, les essais ont été menés à la fois sur bancs au sol et en vol, permettant de « confirmer la justesse des choix de conception » du moteur.

Le programme d’essais a couvert un panel de situations sévères, allant des vols en conditions givrantes naturelles dans la région d’Arkhangelsk aux tests d’ingestion d’oiseaux, de pluie intense et de projections d’eau au décollage. UEC et Rostec mentionnent également une épreuve de rupture de pale de soufflante réalisée fin 2025, ainsi qu’une campagne d’ingestion de grêle menée au printemps 2026 sur un banc à ciel ouvert à Rybinsk, destinée à vérifier le comportement du moteur en cas d’impact massif sur le fan.

17 nouvelles technologies et un pari sur les matériaux

Les autorités russes mettent en avant l’intégration de « 17 nouvelles solutions technologiques » sur le PD‑8, dont l’utilisation d’aubages de turbine haute pression et de couronnes de buses fabriqués à partir d’alliages plus résistants aux hautes températures que ceux utilisés sur le PD‑14. L’objectif affiché est de maintenir les performances thermiques, d’améliorer la durabilité et d’optimiser la consommation spécifique malgré une architecture plus simple, sans réducteur, par rapport au SaM146.

« Ce moteur russe a démontré une grande fiabilité et sécurité, y compris dans des conditions critiques », affirme Fiodor Mironov, directeur adjoint aux ventes de l’UEC, cité par un communiqué de Rostec. Du côté d’Altitude Addicts, un média spécialisé, on souligne que le PD‑8 intégrerait au total 25 technologies jugées critiques, parmi lesquelles une nouvelle étape de turbine haute pression et une optimisation des jeux de turbine pour gagner en rendement, tout en restant dans un cadre industriel maîtrisé par la filière russe.

Certification du moteur en vue, celle du SJ‑100 à suivre

Rostec explique que l’achèvement des essais ouvre la voie au dépôt du dossier de certification auprès de la Federal Air Transport Agency (Rosaviatsia), qui doit délivrer le certificat de type du PD‑8 dans un délai qualifié de « très proche » par le groupe. Des documents internes présentés au ministère russe des Transports envisageaient encore début 2026 une certification du moteur en avril, avant un léger décalage de calendrier vers la mi‑année.

Par effet domino, la certification du SJ‑100 lui‑même dépend de cette étape, le nouvel avion devant être approuvé avec la configuration PD‑8 et l’ensemble de ses systèmes domestiques. Le chef de Rosaviatsia, Dmitri Iadrov, a évoqué au début de l’année un objectif de certification de l’appareil autour de juillet 2026, même si les autorités russes se montrent prudentes après plusieurs glissements de calendrier depuis 2025.

Le moteur russe PD‑8 boucle ses essais, le SJ‑100 se rapproche de l’homologation 1 Air Journal

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