Après une baisse de 0,7% en avril, le trafic passagers dans le réseau aéroportuaire européen est reparti à la hausse en mai 2026, progressant de 3,2% par rapport à mai 2025, selon le dernier rapport mensuel d’ACI Europe.
Les aéroports de l’UE et associés tirent la croissance, tandis que la guerre au Moyen‑Orient, les taxes sur l’aviation et les réductions de capacités continuent de peser sur plusieurs marchés, y compris de grands hubs.
Rebond du trafic en Europe
ACI Europe, l’association professionnelle des aéroports du continent, souligne que la reprise observée en mai intervient « après un mois d’avril marqué par le premier recul du trafic depuis la sortie de crise sanitaire ». Les aéroports dits EU+ (États membres de l’UE, Royaume‑Uni, Suisse, Norvège, Islande et autres partenaires) affichent une hausse de 3,4% des passagers, avec un dynamisme plus marqué au sein même de l’UE (+4,2%), tandis que les marchés non‑EU+ ne progressent que de 2%.
Cette évolution s’inscrit dans la continuité des mois précédents, ACI ayant déjà relevé une croissance de 3,8% en mars malgré l’intensification du conflit au Moyen‑Orient fin février. L’association rappelle que ses statistiques mensuelles couvrent plus de 450 aéroports représentant plus de 95% du trafic européen, ce qui en fait un indicateur de référence pour les acteurs du transport aérien.
Des marchés nationaux de plus en plus divergents
Les disparités nationales se creusent, portées par un mélange de facteurs : demande loisirs très robuste, expansion des compagnies ultra‑low‑cost, fiscalité aérienne accrue et pouvoir de marché renforcé des transporteurs. Dans le périmètre EU+, la Slovaquie (+112,8%), Malte (+16,5%), l’Estonie (+13,1%) et la Slovénie (+11,2%) enregistrent les plus fortes progressions, tandis que la Bulgarie (+9,2%), la Pologne (+8,9%), la Lituanie et le Danemark (tous deux +8,5%) affichent également une croissance solide.
À l’inverse, Chypre (-4,1%) reste pénalisée par l’impact du conflit sur l’image de la destination, quand l’Islande (-6,2%), l’Autriche (-5%) et la Lettonie (-2,3%) subissent des réductions de capacités aériennes. La Suisse (-5,3%) est touchée par des suppressions de vols de SWISS liées à des pénuries de personnel, à l’immobilisation d’appareils et à des travaux sur la piste de l’EuroAirport Bâle‑Mulhouse.
Parmi les grands marchés EU+, l’Italie (+5,1%) et l’Espagne (+5%) progressent nettement, alors que la France (+1,7%) et le Royaume‑Uni (+0,9%) restent en deçà de la moyenne européenne. L’Allemagne (-0,6%) est notamment affectée par la mise au sol de la flotte Lufthansa CityLine, qui pèse sur l’offre intérieure et régionale.
Hors UE, forts contrastes et Turquie en croissance modérée
En dehors de l’EU+, ce sont les Balkans et l’Asie centrale qui tirent la croissance, avec des hausses de trafic particulièrement marquées en Macédoine du Nord (+27,4%), en Albanie (+26%), au Monténégro (+17,8%), en Ouzbékistan (+16,2%) et en Arménie (+12,7%). Ces marchés bénéficient d’une expansion rapide des low‑cost régionales et d’un repositionnement des flux touristiques et diasporiques.
À l’opposé, Israël (-17,2%), l’Azerbaïdjan (-6,1%), la Géorgie (-5,9%) et le Kosovo (-4%) sous‑performent nettement, en raison du contexte géopolitique et des réajustements de capacités opérés par les compagnies. La Turquie, marché majeur pour les connexions entre Europe, Moyen‑Orient et Asie, ne progresse que de 1,8% en mai, signe d’une croissance plus mesurée après les fortes hausses des années précédentes.
Heathrow toujours numéro un, mais talonné par Istanbul
Avec 7,12 millions de passagers, Londres‑Heathrow reste le premier aéroport européen en mai, malgré un léger recul de 1,2% sur un an. « Heathrow conserve sa place de numéro un, mais Istanbul n’est plus qu’à quelques milliers de passagers », note ACI Europe, le hub turc enregistrant une hausse de 2% et un écart limité à 3 012 passagers.
Les aéroports espagnols réalisent les meilleures performances parmi les dix plus gros aéroports du continent, conduits par Barcelone (+6,5%), Palma de Majorque (+4,9%) et Madrid (+4,8%). Le trafic de Palma de Majorque dépasse même celui de Londres‑Gatwick ou de Munich, illustrant la primauté de la demande loisirs et des flux touristiques vers les îles Baléares.
Petits aéroports en fort rebond mais encore loin de 2019
Les aéroports de moins d’un million de passagers affichent en mai la plus forte croissance annuelle, avec une hausse moyenne de 7,2% du trafic passagers. En revanche, cette catégorie reste la plus éloignée des niveaux pré‑pandémiques, avec des volumes encore inférieurs de 25,5% à ceux de 2019, notamment en raison d’un maillage régional qui n’a pas totalement retrouvé son offre d’avant‑crise.
Certaines plateformes enregistrent des progressions spectaculaires, portées par le retour de lignes intérieures ou saisonnières et par l’arrivée de nouveaux opérateurs : Stockholm Bromma (+927,9%), Kastoria (+750,4%), Bucarest‑Băneasa (+204,6%), Hatay (+190,8%) ou Syros Island (+157%). Dans la catégorie des aéroports moyens (1 à 10 millions de passagers), Bratislava (+131,1%), A Coruña (+74,7%) ou Skopje (+28,6%) illustrent la vigueur du trafic point‑à‑point régional et low‑cost.
Fret en hausse
Le fret aérien européen progresse également en mai, avec une hausse de 2,5% des volumes par rapport à mai 2025, après un début d’année marqué par des résultats plus contrastés. Parmi les dix premiers aéroports de fret, Leipzig (+14,1%), Bruxelles (+12,4%) et Amsterdam (+10,2%) enregistrent des croissances à deux chiffres, tandis qu’Istanbul, Francfort et Paris‑CDG traitent les plus gros tonnages en volume absolu. Les mouvements d’aéronefs restent quasi stables, en légère hausse de 0,8% seulement, reflétant l’impact du conflit au Moyen‑Orient et une gestion plus stricte des capacités par les compagnies aériennes.

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