Emirates serait proche d’obtenir l’autorisation d’exploiter une liaison Milan-Malpensa–Lima sous droits de cinquième liberté. Encore non confirmée officiellement et sans calendrier de lancement, cette possibilité ouvrirait au transporteur de Dubaï l’accès commercial au marché Italie–Pérou, tout en renforçant le rôle de Malpensa vers les Amériques et en ajoutant une pression concurrentielle sur les projets latino-américains d’ITA Airways.

Emirates prépare-t-elle une nouvelle extension de son réseau au départ de Milan-Malpensa ? Selon des informations publiées le 12 août par le Corriere della Sera, la compagnie de Dubaï serait sur le point d’obtenir une extension de ses droits de trafic entre l’Italie et les Émirats arabes unis afin d’opérer, sous le régime de la cinquième liberté, une liaison entre Malpensa et Lima, au Pérou. Le dossier ne serait toutefois pas encore définitivement bouclé. D’après les sources citées par le quotidien italien, il ne manquerait plus qu’une dernière signature réglementaire, avec une autorisation qui pourrait être effective pour la saison hiver, traditionnellement entamée fin octobre. Mais autorisation ne signifie pas mise en vente immédiate, ni même lancement programmé.

Contactée par le Corriere della Sera, Emirates n’a pas démenti avoir sollicité ces droits, tout en refroidissant les attentes : « Pour le moment, Emirates n’a pas de projets immédiats d’ouverture de vols vers Lima, au Pérou », a indiqué une porte-parole de la compagnie. Elle a ajouté : « Nous évaluons en permanence les performances des routes existantes et examinons les opportunités d’expansion en fonction de la demande, des conditions de marché, de la disponibilité des appareils et d’une série d’autres facteurs ».

Une escale milanaise plutôt qu’un vol direct depuis Dubaï

L’hypothèse d’un service Dubaï–Milan–Lima obéit à une logique à la fois commerciale et opérationnelle. Emirates ne dessert actuellement pas Lima, y compris depuis son hub de Dubaï, alors que la distance théorique entre les deux villes approche 14 800 kilomètres, soit plus de 8 000 milles nautiques. Une liaison sans escale se situerait ainsi aux limites, voire au-delà des conditions d’exploitation économiques habituelles de la flotte long-courrier d’Emirates, selon la charge marchande, les vents, les déroutements requis et les contraintes opérationnelles.

Milan ferait donc office de point intermédiaire. Dans ce schéma, le même avion pourrait assurer un parcours Dubaï–Malpensa–Lima sous un seul numéro de vol, tout en permettant à Emirates de vendre séparément des billets entre Milan et Lima, dans les deux sens. Le transporteur pourrait aussi commercialiser la capacité cargo en soute sur le segment Italie–Pérou.

La logique est comparable à celle déployée par Emirates entre Dubaï, Barcelone et Mexico. La compagnie dessert Mexico City via Barcelone, notamment parce que l’altitude de l’aéroport mexicain et les contraintes de performance associées rendent une opération directe depuis Dubaï moins adaptée. Emirates a porté cette desserte à un rythme quotidien en 2022.

La cinquième liberté, un outil déjà utilisé à Milan

La cinquième liberté de l’air permet à une compagnie d’un État de transporter passagers, fret et courrier entre deux pays tiers, à condition que le service commence ou se termine dans son propre pays. Elle dépend de négociations bilatérales et de droits expressément accordés par les autorités concernées.

Emirates dispose déjà d’un précédent particulièrement visible en Italie : le vol EK205/206 entre Dubaï, Milan-Malpensa et New York-JFK. La compagnie commercialise bien le segment transatlantique Milan–New York, en complément du trafic entre Dubaï et les deux escales. Emirates propose actuellement ce tronçon avec un Airbus A380, selon son site de réservation.

Ce modèle permet au groupe de densifier sa présence sur un marché local sans devoir limiter sa stratégie à la seule alimentation de son hub de Dubaï. Il peut capter une clientèle point-à-point, accroître l’utilisation de l’appareil et combiner les revenus des passagers avec ceux du fret long-courrier.

Lima, un marché encore sans vol direct depuis Milan

Le choix de Lima paraît cohérent avec le profil de Malpensa. D’après les chiffres cités par le Corriere della Sera, environ 150 000 personnes voyageraient chaque année entre Milan et la capitale péruvienne avec une correspondance. Le quotidien décrit Lima comme la première destination non desservie sans escale depuis Milan, avec une demande composée de déplacements affinitaires, touristiques, professionnels et de flux cargo.

Pour Malpensa, une telle desserte constituerait un élargissement notable de son offre sud-américaine. L’aéroport lombard est aujourd’hui relié sans escale à São Paulo par LATAM, mais ne dispose pas de liaison directe avec le Pérou. Emirates pourrait donc entrer sur un marché indirect déjà alimenté par les grands hubs européens et américains.

Un défi supplémentaire pour ITA Airways

Une arrivée d’Emirates sur Milan–Lima pourrait aussi rebattre les cartes pour ITA Airways. La compagnie italienne développe son offre intercontinentale depuis Rome-Fiumicino et considère l’Amérique latine comme l’un de ses espaces de croissance potentielle. Or une liaison directe depuis Malpensa détournerait une partie de la clientèle du nord de l’Italie qui, faute de vol direct, transite aujourd’hui par Rome, Francfort, Paris, Madrid, Londres ou d’autres hubs.

Emirates lorgne Lima depuis Milan : la cinquième liberté qui pourrait bousculer ITA Airways 1 Air Journal

@Emirates