Les cartes d’arrivée électroniques, désormais exigées par un nombre croissant de destinations populaires, doivent accélérer les formalités aux frontières. Mais, pour Alexandre Demaille, co-dirigeant de RapideVisa, elles risquent surtout de complexifier la préparation du voyage lorsqu’elles s’additionnent aux visas et autorisations déjà requis.
La dématérialisation des formalités d’entrée s’accélère dans le monde.Après Singapour, la République dominicaine, Cuba et le Cambodge, la Thaïlande, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, la Corée du Sud et, plus récemment, le Vietnam ont exigé le recours aux e-Arrival Cards, des déclarations d’arrivée à compléter en ligne avant le voyage.
Ces formulaires remplacent les traditionnelles fiches papier, autrefois distribuées à bord des avions ou remplies dans les halls d’arrivée. Ils réunissent généralement les informations du passeport, le numéro de vol, l’adresse de séjour et, selon les pays, des éléments relatifs à la douane ou à la santé.
« Les e-Arrival Cards incarnent le paradoxe du voyage moderne : voyager plus vite, mais pas forcément plus facilement », résume Alexandre Demaille chez l’agence RapideVisa, spécialisée dans les visas et autorisations de voyage.
Un outil de gestion des flux
Sur le papier, l’objectif est clair : réduire le temps passé aux contrôles d’immigration et permettre aux autorités d’anticiper l’arrivée des passagers. Les données sont collectées avant le départ, ce qui évite le traitement des formulaires papier à l’aéroport.
« Elles permettent aux autorités locales de traiter et suivre les données des voyageurs plus facilement, sans manipuler de papiers », souligne Alexandre Demaille. À la différence d’un e-Visa, cette carte est en principe délivrée instantanément, sans examen préalable du dossier par les autorités, et demeure généralement gratuite.
Cette évolution répond à une tendance plus large de numérisation des frontières. Pour les administrations, elle doit améliorer le pilotage des flux entrants et, à terme, fluidifier les passages aux postes de contrôle.
Des procédures parfois redondantes
La réalité peut toutefois être moins simple pour les voyageurs. L’e-Arrival Card ne remplace pas systématiquement les documents existants : dans plusieurs pays, elle s’ajoute à une autorisation électronique de voyage ou à un e-Visa déjà obligatoire.
« Pour certains pays, comme l’Inde, le Cambodge ou l’Indonésie, l’e-Arrival Card vient même s’ajouter à une demande d’e-Visa, avec des informations parfois redondantes », observe Alexandre Demaille.
Cette superposition de démarches transforme une fiche d’immigration autrefois remplie en quelques minutes en une obligation anticipée. La fenêtre de déclaration peut être très courte — parfois limitée aux deux jours précédant l’arrivée —, imposant aux voyageurs de surveiller avec précision les échéances administratives.
Une difficulté pour certains passagers
La Thaïlande, Singapour, l’Indonésie, l’Inde et la Malaisie constituent les cas les plus significatifs pour les voyageurs français, à la fois par le poids de ces marchés touristiques et par la généralisation de procédures préalables en ligne.
Les plateformes officielles sont souvent proposées en anglais et ne présentent pas toujours un parcours intuitif. Téléversement de documents, formats de fichiers spécifiques, codes de sécurité et questions imprécises peuvent constituer des freins, notamment pour les personnes moins habituées aux démarches en ligne.
« Entre pages internet qui se chargent mal, documents à téléverser sous un format spécifique, questions imprécises et codes à recopier, la promesse de facilité se transforme en perte de temps — et parfois en stress avant même d’avoir bouclé sa valise », estime le co-dirigeant de RapideVisa.
Pour Alexandre Demaille, l’enjeu ne réside donc pas dans le principe même de la numérisation, mais dans la cohérence du parcours imposé aux voyageurs. « Ce qui était autrefois une simple fiche cartonnée devient une démarche en ligne à effectuer avant le départ », rappelle-t-il.
L’harmonisation des formalités et le regroupement, sur une même interface, des demandes de visa, d’autorisation de voyage et de carte d’arrivée pourraient limiter cette multiplication des procédures. Sans cette simplification, les e-Arrival Cards risquent de déplacer les files d’attente de l’aéroport vers l’écran du voyageur, avant même son départ.

@DR/AJ
ArriveCAN a commenté :
16 août 2026 - 21 h 57 min
L’article ne cite pas le cas du Canada qui propose depuis plusieurs mois le service ArriveCAN. La déclaration en ligne faite avant le départ permet de gagner de nombreuses minutes à l’arrivée dans un aéroport canadien.