La première compagnie indienne IndiGo a confirmé être en discussions avec ATR et Embraer en vue d’un futur programme d’avions régionaux. L’enjeu dépasse le seul remplacement de ses ATR 72 : la compagnie envisage aussi de combler le vide capacitaire entre ses turbopropulseurs et la famille Airbus A320, tout en alimentant son ambition de faire de Delhi un grand hub de correspondance international.
IndiGo sort du registre des rumeurs. Son directeur général, Willie Walsh, a confirmé à Londres, en marge des World Airline Awards de Skytrax, que la compagnie indienne était en négociation avec les deux constructeurs ATR et Embraer pour un appareil destiné à son réseau domestique. « Nous sommes en discussions avec Embraer et ATR pour une commande d’avions destinée aux liaisons intérieures », a indiqué Willie Walsh, selon Bloomberg. Il a précisé que les futurs appareils pourraient soit compléter, soit remplacer les ATR aujourd’hui exploités par la compagnie. Cette déclaration donne un poids nouveau aux informations parues début août, selon lesquelles IndiGo étudiait l’acquisition de plusieurs dizaines d’avions de la famille Embraer E2. À ce stade, toutefois, il ne s’agit ni d’une commande ferme, ni même d’un appel d’offres officiellement détaillé : le nombre d’avions, le calendrier et le type précis d’appareil restent inconnus.
Une flotte ATR appelée à évoluer
Au 31 mars 2026, IndiGo disposait officiellement de 46 ATR dans une flotte globale de 441 appareils, selon sa présentation financière publiée auprès de la Bourse nationale indienne. La compagnie opère par ailleurs une flotte principalement articulée autour des Airbus A320neo et A321neo, avec un A321XLR déjà livré et trois A321 cargo convertis.
Les ATR 72-600 constituent la composante régionale de cette flotte. Ils permettent à IndiGo de desservir des aéroports secondaires ou moins bien équipés, ainsi que des marchés où le trafic ne justifie pas encore l’emploi d’un monocouloir de 180 à plus de 230 sièges. Ces turbopropulseurs sont particulièrement adaptés aux liaisons courtes et à des infrastructures où les contraintes de piste, de coûts ou de fréquences sont fortes.
La question posée à IndiGo n’est donc pas uniquement celle du remplacement mécanique d’une flotte de turbopropulseurs. Il s’agit de définir quel outil sera le plus efficace pour les prochaines étapes de la croissance du marché intérieur indien, où la densité de trafic progresse rapidement et où les créneaux dans les grands aéroports deviennent plus précieux.
ATR face à Embraer : deux réponses très différentes
Le choix éventuel entre ATR et Embraer recouvre deux philosophies d’exploitation. Un ATR 72-600 reste généralement l’outil le plus sobre et le plus cohérent pour les routes courtes à faible ou moyenne densité. Il permet notamment de maintenir des fréquences élevées avec une offre limitée, dans un pays où le développement de la connectivité régionale demeure un enjeu stratégique.
L’Embraer E2 répondrait à une autre logique. Avec une capacité supérieure à celle d’un ATR 72, mais inférieure à celle des A320neo exploités par IndiGo, il pourrait occuper le créneau aujourd’hui absent de la flotte : celui des liaisons où 70 places ne suffisent plus, mais où un Airbus A320neo représenterait encore trop de capacité.
C’est précisément cette marche capacitaire qui rend l’hypothèse Embraer crédible. Pour IndiGo, l’introduction d’un jet régional pourrait permettre d’augmenter le nombre de sièges offerts sur certaines lignes intérieures sans engager systématiquement un monocouloir Airbus. Dans les aéroports encombrés de Delhi, Mumbai ou Bengaluru, obtenir davantage de sièges par mouvement est un avantage économique et stratégique. Mais ce choix aurait aussi un coût : une flotte Embraer introduirait un nouveau type d’appareil, donc une nouvelle chaîne de formation, de maintenance, de pièces détachées et de qualification des équipages. IndiGo a construit son succès sur une très forte standardisation autour de la famille A320 ; elle devrait donc évaluer avec précision les gains commerciaux potentiels face à la complexité ajoutée.
Le régional au service du hub de Delhi
Les discussions sur la flotte régionale s’inscrivent dans une ambition plus large. Willie Walsh souhaite faire de Delhi une plateforme de correspondance capable de rivaliser avec les grands hubs du Golfe. « Compte tenu du nombre d’avions que nous avons et des 60 A350 que nous allons recevoir, nous allons évidemment examiner de nombreux marchés nouveaux sur lesquels nous ne sommes pas présents aujourd’hui », a-t-il déclaré, selon les informations reprises par la presse à l’issue de la cérémonie londonienne. La compagnie a en effet changé d’échelle. À fin mars, IndiGo desservait 97 destinations domestiques et 45 destinations internationales, après avoir transporté plus de 123 millions de passagers au cours de son exercice 2025-2026. Elle exploitait environ 2 150 vols quotidiens en moyenne sur l’exercice, dont environ 1 850 domestiques.
IndiGo a déjà commencé à déployer son premier A321XLR vers Athènes et Istanbul ; elle attend en outre 60 Airbus A350-900, appelés à ouvrir une nouvelle phase de développement long-courrier. Un renouvellement de la flotte régionale aurait donc une double fonction : améliorer la rentabilité des dessertes domestiques fines et renforcer le flux de correspondances vers le futur réseau international.

GVA1112 a commenté :
22 septembre 2026 - 7 h 12 min
Je comprends qu’il n’y aura pas de match, 50/50 ou peut 60/40. Chaque avion correspond à une demande spécifique, ce qui est bien expliqué dans l’article.
L’ATR sera là pour remplacer les anciens ATR et défricher d’autres liaisons.
Embraer sera là pour développer certaines lignes de plus en plus sollicitée en remplaçant un ATR.
Indigo a besoin des deux types d’avions.
anartiste a commenté :
22 septembre 2026 - 11 h 17 min
Airbus fait une erreur en bloquant le projet d’ATR 92, qui ferait la synthèse de ces deux logiques.
Erreur d’autant plus manifeste avec la hausse des prix du carburant, tendance à long terme, avec ou sans guerres.