Fragilisée par une flotte réduite, des retards de salaires et des contentieux persistants avec des bailleurs, SpiceJet est placée sous surveillance accrue par l’aviation civile indienne. La compagnie low cost entend toutefois remettre de la capacité sur le marché grâce à la location de vingt avions à l’approche de la saison hivernale, une stratégie qui devra désormais se concrétiser sans dégrader les exigences de sécurité ni les conditions d’exploitation.

La DGCA surveille sécurité et continuité des opérations

Le gouvernement indien a confirmé que la Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA) menait un contrôle à la fois opérationnel et financier sur SpiceJet. L’enjeu : s’assurer que les difficultés de liquidité de la compagnie ne se traduisent ni par une fragilisation de la sécurité, ni par une aggravation des perturbations subies par les passagers. Le ministre indien de l’Aviation civile, K. Rammohan Naidu, a déclaré le 22 septembre que le ministère suivait la situation via le régulateur. « L’activité immédiate du ministère concernant SpiceJet consiste à mener, par l’intermédiaire de la DGCA, un examen opérationnel et, dans une certaine mesure, financier, car nous ne voulons aucune défaillance en matière de sécurité », a-t-il expliqué.

Le ministre a parallèlement souligné la limite de l’action publique face à une société privée. L’État indien peut suivre l’exploitation, imposer le respect des règles de sécurité et chercher à préserver les voyageurs, mais il ne peut pas se substituer à la direction de SpiceJet pour assainir sa structure financière. La compagnie devra donc trouver elle-même, avec ses créanciers et ses banques, les ressources nécessaires à la poursuite de ses activités.

Retards de salaires et recul commercial

La dégradation financière de SpiceJet se lit aussi dans ses relations sociales. Selon les informations rapportées par la presse indienne, de nombreux salariés n’avaient pas reçu leurs rémunérations depuis mai, soit près de trois mois et demi d’arriérés au moment des déclarations du ministre. Des absences de personnels au travail ont notamment été signalées à l’aéroport Indira Gandhi de Delhi, sur fond de salaires impayés.

Dans le même temps, la compagnie continue de perdre du terrain sur le marché intérieur indien. Sa part de marché domestique est tombée de 1,9% en juin à 1,6% en juillet 2026, soit son plus bas niveau depuis plus d’une décennie, selon les données de la DGCA relayées par la presse économique locale. SpiceJet n’a transporté que 187 000 passagers domestiques en juillet. La chute est particulièrement nette sur plusieurs mois : la part de marché de la compagnie était encore de 3,9% en avril 2026, avant de reculer à 3,4% en mai, 2,5% en juin et 1,6% en juillet. Sur un marché dominé par IndiGo — 67,4% de part de marché en juillet — et où le groupe Air India détenait 24%, SpiceJet ne dispose plus de la masse critique qui lui permettait autrefois de peser dans les équilibres concurrentiels.

Un plan de capacité fondé sur 20 avions loués

Face à cette contraction, SpiceJet prépare une remontée en puissance rapide à l’approche de la saison hivernale indienne, traditionnellement soutenue par les fêtes, les déplacements familiaux et les voyages touristiques. La compagnie a annoncé des accords avec trois opérateurs pour intégrer vingt appareils entre la mi-octobre et la mi-novembre : quinze Boeing et cinq Airbus, dont des A321 à plus forte capacité, exploités sous des formules de wet lease et de damp lease. SpiceJet prévoit de porter son programme à environ 200 vols quotidiens pendant l’hiver. À ce stade, seulement onze appareils seraient réellement en exploitation ; l’arrivée de vingt avions supplémentaires permettrait donc presque de tripler la flotte active, jusqu’à environ 31 appareils.

L’objectif est ambitieux. Il suppose non seulement que les avions loués arrivent selon le calendrier annoncé, mais aussi que la compagnie dispose des liquidités et de l’organisation opérationnelle nécessaires pour faire tourner ce programme de manière fiable.

Aides publiques, pertes et contentieux avec les bailleurs

SpiceJet a reçu 1,5 milliard de roupies — 150 crore, soit environ 15,7 millions de dollars — au titre de l’Emergency Credit Line Guarantee Scheme (ECLGS), dispositif de garantie de crédit soutenu par l’État. Le gouvernement a étendu ce mécanisme pour les compagnies affectées par les conséquences de la crise au Moyen-Orient sur leurs activités et leur trésorerie. Le ministre de l’Aviation civile a néanmoins prévenu que ce financement ne suffisait pas à régler l’ensemble des besoins. « La compagnie devra travailler avec les banques pour résoudre ses besoins de financement restants », a-t-il déclaré.

Le groupe affichait déjà une perte nette cumulée d’environ 11,41 milliards de roupies au titre des trois premiers trimestres de son exercice 2025-2026, tandis que ses résultats du quatrième trimestre n’avaient pas encore été publiés. Ces pertes s’ajoutent à une longue série de différends financiers, notamment avec des sociétés de leasing.

Une relance sous conditions

La situation de SpiceJet illustre le cercle vicieux auquel peut être confrontée une compagnie aérienne sous-financée : moins d’avions disponibles entraîne moins de vols et de recettes ; les perturbations et les retards peuvent ensuite détourner les passagers ; la réduction des revenus complique enfin le règlement des salaires, des fournisseurs et des loyers d’avions.

La surveillance de la DGCA ne signifie pas, à ce stade, que SpiceJet serait déclarée non sûre. Elle traduit en revanche une vigilance renforcée du régulateur face à une compagnie dont les contraintes financières commencent à avoir des répercussions visibles sur le fonctionnement quotidien.

Le plan de vingt appareils loués peut offrir à la compagnie une fenêtre de redressement pendant la haute saison hivernale. Mais sa crédibilité dépendra de trois éléments : la régularisation des salaires, la sécurisation de nouveaux financements et la capacité à opérer une flotte élargie sans reproduire les retards et annulations qui ont déjà affaibli sa position sur le marché indien.

SpiceJet sous surveillance en Inde : la crise financière gagne le terrain opérationnel 1 Air Journal

@SpiceJet