Avec un trafic passagers appelé à doubler et une flotte mondiale qui atteindrait 45 550 appareils, le transport aérien devra recruter et former 660 000 pilotes, 730 000 techniciens de maintenance et 1,05 million de personnels de cabine d’ici 2045, selon Airbus. Publiées le 14 octobre, les nouvelles prévisions de l’avionneur placent les compétences au cœur d’un marché des services aéronautiques qui dépasserait 420 milliards de dollars par an à cet horizon.

Construire des avions ne suffira pas à accompagner la croissance du transport aérien. Encore faudra-t-il disposer des équipages pour les exploiter et des techniciens pour les maintenir en état de vol. Dans ses prévisions, le Global Services Forecast couvrant la période 2026-2045, Airbus évalue à 2,44 millions le besoin cumulé de nouveaux professionnels qualifiés dans trois grandes familles de métiers : les pilotes, les techniciens de maintenance et les personnels navigants commerciaux, hôtesses et stewards. Cette projection accompagne un changement d’échelle du secteur. Selon le constructeur européen, le nombre annuel de passagers devrait doubler pour atteindre 10 milliards à l’horizon 2045, tandis que la flotte mondiale concernée par ses prévisions atteindrait 45 550 avions. L’étude ne porte pas uniquement sur les appareils Airbus : elle couvre les avions de tous les constructeurs, avec un périmètre limité aux avions de transport de passagers de plus de 100 sièges et aux avions-cargos d’une capacité d’emport supérieure à 10 tonnes.

Recrutement aéronautique : 660 000 pilotes et 730 000 techniciens à former

Les personnels de cabine représentent le premier besoin en volume, avec 1,05 million de nouveaux professionnels sur vingt ans. Viennent ensuite les techniciens de maintenance, à hauteur de 730 000 personnes, puis les pilotes, avec 660 000 nouveaux entrants attendus. Airbus appelle le secteur à intensifier ses efforts pour attirer et former ces futurs salariés ; le marché annuel de la formation aéronautique atteindrait 17 milliards de dollars en 2045, avec une croissance moyenne de 3,1% par an. « Alors que la flotte mondiale double pour dépasser 45 550 appareils d’ici 2045, nous devons nous préparer », déclare Cristina Aguilar Grieder, vice-présidente senior chargée des services clients pour les avions commerciaux d’Airbus, dans le communiqué du constructeur.

Ces chiffres décrivent un besoin cumulé de recrutement et de formation. Airbus précise ainsi que ses propres projections intègrent notamment la croissance et le remplacement de la flotte, l’utilisation des appareils, les départs de personnel et les différences régionales dans la composition des équipages. Le défi est déjà sensible dans les ateliers alors que les pénuries de main-d’œuvre en maintenance figurent parmi les difficultés majeures du secteur, lequel peine, depuis la pandémie de Covid-19, à rivaliser avec d’autres industries pour attirer des salariés. L’enjeu dépasse donc les seules compagnies aériennes : il concerne aussi les entreprises de maintenance, de réparation et de révision, ainsi que les organismes de formation.

Maintenance aéronautique : le premier moteur d’un marché à 420 milliards de dollars

Le recrutement constitue l’un des volets d’un marché des services aéronautiques qu’Airbus voit doubler par rapport à 2026, pour dépasser 420 milliards de dollars annuels en 2045. La croissance moyenne annoncée atteint 3,8% par an, avec une place prépondérante pour la maintenance  À elle seule, la maintenance dite off-wing — les interventions sur les moteurs et équipements déposés de l’avion — représenterait 217 milliards de dollars par an en 2045. Airbus relie cette progression à l’augmentation et au vieillissement de la flotte, qui entraîneront davantage de passages en atelier et de besoins en pièces, réparations et remplacements.

Deux autres segments complètent ce socle : le soutien aux opérations de maintenance, évalué à 104 milliards de dollars annuels, et les inspections et visites de maintenance des appareils, à 36 milliards. Le premier comprend notamment la disponibilité des stocks de pièces et le soutien d’ingénierie nécessaire au maintien de la navigabilité et à la fiabilité des avions. Cette perspective s’inscrit dans un contexte industriel déjà tendu, en raison des réparations de moteurs plus fréquentes que prévu, qui ont contribué à immobiliser des centaines d’avions.

Maintenance prédictive et connectivité : les services numériques accélèrent

Si la maintenance restera le principal poste de dépenses, les services numériques et la connectivité afficheront la croissance la plus rapide. Airbus prévoit une progression moyenne de 5,3% par an, pour atteindre 27 milliards de dollars annuels en 2045, soit un marché appelé à tripler en vingt ans.  Ces outils répondent à deux attentes distinctes. Du côté des compagnies, l’exploitation des données doit permettre de mieux anticiper les besoins de maintenance, d’améliorer la disponibilité des avions et de réduire les perturbations, notamment les retards et les annulations. Du côté des passagers, la connectivité en temps réel devient une composante de l’expérience de voyage.

La modernisation des avions plus anciens formera un autre marché important. Airbus chiffre à 21 milliards de dollars par an les modifications et améliorations d’appareils en 2045, notamment la rénovation des cabines et l’intégration de technologies plus récentes.

Sur le plan géographique, Airbus prévoit que l’Europe et la Communauté des États indépendants, l’Amérique du Nord et la Chine resteront les principaux marchés de services en valeur. La croissance la plus rapide devrait toutefois venir d’Asie, dans les ensembles distingués par l’avionneur : Asie-Pacifique, Chine et Asie du Sud.

Pour Airbus, les services deviennent un axe stratégique

Ces prévisions éclairent aussi les ambitions commerciales du constructeur européen. Selon Reuters, Airbus vise plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans les services aux avions commerciaux en 2030, contre environ 5,4 milliards d’euros en 2025. L’avionneur entend ainsi développer son rôle au-delà de la livraison des appareils, en accompagnant leur exploitation tout au long de leur vie.  « L’ancien discours était : nous livrons des avions ; le nouveau discours est : nous livrons des avions et nous proposons des services », a résumé Lars Wagner, directeur général d’Airbus Commercial Aircraft. Une stratégie qui place la maintenance, la formation et les outils numériques au centre de la relation entre l’avionneur et ses clients.

Des avions, mais aussi des bras : Airbus chiffre les besoins humains du transport aérien 1 Air Journal

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