Une semaine après la sortie de piste mortelle d’un Boeing 767 cargo de 21 Air à l’aéroport de Miami, Amazon a annoncé la suspension de ses opérations confiées à ce transporteur américain. Le groupe assure que les expéditions seront redistribuées entre les autres compagnies de son réseau, tandis que l’enquête du NTSB se poursuit sur un atterrissage marqué par une vitesse élevée, un appel tardif à la remise de gaz et l’absence constatée de déploiement des aérofreins et inverseurs de poussée.

Amazon suspend 21 Air après l’accident du Boeing 767 à Miami

Amazon a décidé de « suspendre » ses opérations avec la compagnie cargo américaine 21 Air, exploitante du Boeing 767-300F impliqué le 6 septembre 2026 dans une sortie de piste dramatique à l’aéroport international de Miami (MIA). L’accident du vol 21 Air 7598, opéré pour le compte d’Amazon Air entre San Juan (SJU), à Porto Rico, et Miami, a fait cinq morts au sol et cinq blessés. L’avion a dépassé l’extrémité de la piste 30, quitté la surface aménagée de l’aéroport et heurté deux véhicules, dont une camionnette transportant des employés d’une société de nettoyage aéronautique. Les victimes décédées se trouvaient toutes au sol.

Dans une déclaration publiée le 13 septembre, la porte-parole d’Amazon, Kelly Nantel, a expliqué : « Après l’incident tragique du week-end dernier, nous avons consacré du temps à soutenir l’enquête et à examiner certaines des circonstances entourant l’événement, et nous avons décidé de suspendre nos opérations avec 21 Air, l’opérateur du vol 7598. » Amazon n’a pas détaillé les éléments précis ayant conduit à cette décision. Le groupe a toutefois indiqué que les volumes jusque-là confiés à 21 Air seraient transférés vers d’autres transporteurs contractuellement intégrés à son réseau logistique aérien. Parmi eux figurent notamment Air Transport International (ATI), ABX Air, Sun Country Airlines, Hawaiian Airlines, ASL Airlines et Cargojet.

Une décision commerciale, pas une conclusion d’enquête

Il convient de distinguer la décision d’Amazon du travail de l’enquête de sécurité. Amazon ne détient pas, pour ces vols, son propre certificat de transporteur aérien : le géant du commerce en ligne achète des capacités de transport à des compagnies titulaires d’un certificat d’exploitation, qui conservent la responsabilité opérationnelle du vol et la relation réglementaire avec la Federal Aviation Administration (FAA).

La suspension annoncée est donc une mesure commerciale prise par le donneur d’ordre. Ni Amazon ni 21 Air ne l’ont directement reliée à une conclusion du National Transportation Safety Board (NTSB), et l’autorité américaine n’a, à ce stade, déterminé aucune cause probable. 21 Air a déclaré rester mobilisée auprès des personnes touchées et coopérer avec les enquêteurs. La compagnie affirme : « Nous avons confiance dans nos politiques, nos procédures et notre formation en matière de sécurité. »

Basée à Greensboro, en Caroline du Nord, 21 Air opère des avions-cargos pour Amazon depuis 2024 et travaille également pour DHL. Selon les données citées par NPR, la compagnie exploitait huit appareils pour Amazon, dont le Boeing 767 accidenté.

Les données du NTSB décrivent une approche instable

Le NTSB a récupéré et exploité les deux enregistreurs de bord : le cockpit voice recorder (CVR), qui enregistre les conversations et sons du poste de pilotage, et le flight data recorder (FDR), qui conserve les paramètres de vol. L’agence souligne que les informations communiquées le 9 septembre sont préliminaires et pourront évoluer au fil de l’enquête.

Les premières données dressent néanmoins le tableau d’une approche préoccupante. Environ une minute et quarante-deux secondes avant la fin de l’enregistrement sonore, alors que l’équipage demandait la sélection des volets à 20°, l’un des pilotes a averti que l’avion était « trop rapide ». Selon le NTSB, des remarques supplémentaires concernant l’excès de vitesse ont été émises jusqu’à la fin de l’enregistrement, sans qu’une réponse verbale cohérente ne soit relevée. Le CVR a également enregistré plusieurs alertes automatiques durant les dernières secondes : « sink rate », puis « too low terrain » à plusieurs reprises, avant un appel à la remise de gaz environ quinze secondes avant la fin de l’enregistrement. Le contact avec la piste paraît avoir eu lieu quelque 31 secondes avant la fin du CVR.

Les paramètres de vol publiés par le NTSB montrent que le train avant et le train principal droit ont touché la piste à une vitesse sol de 158 nœuds, soit près de 293 km/h. Le freinage a commencé à 146 nœuds, puis le train principal gauche a touché à 134 nœuds.

Quinze secondes avant la fin de l’enregistrement, les freins ont été relâchés à 120 nœuds tandis que les manettes de poussée étaient avancées à un niveau « cohérent avec une poussée de remise de gaz », selon la formulation prudente du NTSB. Quatre secondes plus tard, les manettes ont été ramenées au ralenti et les freins réappliqués, alors que la vitesse sol s’élevait encore à 117 nœuds.

Point particulièrement important pour l’analyse de la séquence : l’agence fédérale indique qu’aucun élément des données enregistrées ne montre le déploiement des aérofreins ni des inverseurs de poussée. Ces systèmes contribuent normalement, avec le freinage, à décélérer efficacement un avion après l’atterrissage. Le NTSB ne dit pas encore pourquoi ils n’ont pas été déployés — ou n’apparaissent pas comme tels dans les données disponibles.

Une enquête qui portera aussi sur l’organisation des opérations

Au-delà de la conduite du vol, les enquêteurs devraient examiner la relation entre Amazon et 21 Air, les pratiques de supervision, les procédures de sécurité et les éléments contractuels éventuels. La présidente du NTSB, Jennifer Homendy, a déclaré que l’agence voulait comprendre « quelle est la relation » entre les deux entreprises, « qui fait quoi » et quelles dispositions de sécurité peuvent figurer dans leurs contrats ou politiques.

L’accident remet aussi en lumière le modèle d’Amazon Air, qui repose largement sur des compagnies sous-traitantes plutôt que sur une flotte exploitée directement par Amazon. Selon les données de Cirium relayées par NPR, Amazon travaille avec neuf transporteurs et dispose de plus de 100 avions au sein de son réseau.

Le Boeing 767 de Miami constitue par ailleurs le troisième accident majeur impliquant un 767 opérant pour Amazon ces dernières années. En 2019, un Boeing 767 d’Atlas Air assurant un vol Amazon s’était abîmé dans la baie de Trinity, près de Houston, faisant trois morts ; le NTSB avait alors retenu une erreur de pilotage comme cause probable. En 2024, un autre 767, exploité par Cargojet pour Amazon, avait effectué une sortie de piste à Vancouver après un problème signalé sur les volets, sans faire de victime.

À Miami, les investigations se poursuivent et il serait prématuré de tirer des conclusions définitives sur les causes de l’accident. Les enregistrements de bord, l’état de l’avion, les procédures d’approche, les performances de l’équipage, l’environnement aéroportuaire et l’organisation de l’opérateur devraient tous être examinés avant la publication d’un rapport final.

Crash du Boeing 767 à Miami : Amazon suspend sa collaboration avec l’opérateur 21 Air 1 Air Journal

© Amazon Air / Chad-Slattery

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