L’un des deux pilotes du Boeing 767-300F d’Amazon Prime Air sorti de piste dimanche à Miami avait signalé à plusieurs reprises que l’avion arrivait trop vite. Selon les premiers éléments du National Transportation Safety Board (NTSB), l’alerte a été formulée pendant la dernière minute et 42 secondes de l’enregistrement du poste de pilotage.

Le Boeing cargo, exploité par la compagnie aérienne américaine 21 Air pour le compte d’Amazon Prime Air, arrivait de San Juan, à Porto Rico, lorsqu’il a dépassé l’extrémité de la piste 30 de l’aéroport international de Miami, avant de heurter plusieurs véhicules et de prendre feu. L’accident a fait cinq morts au sol et cinq blessés.

Des alertes sur la vitesse
Le NTSB, chargé de l’enquête, a livré de nouveaux éléments provenant des enregistreurs de bord (boîtes noires). L’un des pilotes a d’abord signalé que l’avion était « trop rapide », selon la transcription préliminaire de l’enregistreur phonique. Le même membre d’équipage a ensuite continué à évoquer la vitesse excessive de l’appareil pendant le reste de l’enregistrement, soit environ une minute et 42 secondes. Le NTSB indique que l’autre pilote n’a pas apporté de « réponse verbale cohérente » à ces remarques, sans préciser lequel des deux membres d’équipage était aux commandes à ce moment.

L’équipage a aussi entendu à plusieurs reprises l’alerte automatique « Trop bas, terrain », qui signale une proximité dangereuse avec le sol. Ces messages ont retenti peu avant l’atterrissage et la sortie de piste. Ces données sont préliminaires. Elles peuvent être corrigées ou complétées au cours de l’enquête. Le NTSB n’a pas encore déterminé les causes de l’accident.

Une remise de gaz interrompue
Les premières données du Flight Data Recorder, l’enregistreur des paramètres de vol, suggèrent que l’équipage a tenté de remettre les gaz peu avant la fin de l’atterrissage. La poussée des moteurs a été portée à un niveau correspondant à cette manœuvre, alors que l’avion roulait déjà sur la piste. Environ 15 secondes avant la collision, les manettes de poussée ont été amenées à pleine puissance et les freins relâchés. Quatre secondes plus tard, la puissance a été réduite, les freins ont été réappliqués, mais l’avion ne disposait plus de suffisamment de distance pour s’immobiliser sur la piste.

Le NTSB a par ailleurs indiqué ne pas avoir constaté, dans les données disponibles, d’activation des inverseurs de poussée ou des aérofreins. Ces deux dispositifs contribuent normalement au ralentissement d’un avion après son toucher des roues. Selon les informations communiquées par les enquêteurs, le 767-300F a touché la piste à une vitesse sol de 158 nœuds, soit environ 293 km/h. Il a ensuite quitté la partie utilisable de la piste alors qu’il roulait encore à environ 112 nœuds, soit 207 km/h.

Cinq victimes au sol
Le Boeing 767-300F a poursuivi sa course sur environ 1 300 pieds, soit près de 400 mètres, au-delà de la piste. Il a heurté des équipements de navigation, puis deux véhicules circulant dans une zone située au-delà de l’aéroport. Les cinq victimes se trouvaient dans ces véhicules. Elles étaient employées dans le secteur du nettoyage aéroportuaire, selon les autorités du comté de Miami-Dade. Le pilote et le copilote ont survécu. Ils ont été hospitalisés, puis autorisés à quitter l’établissement de soins.

L’avion a pris feu après la sortie de piste. L’accident a entraîné la fermeture temporaire des opérations à Miami International Airport, l’un des principaux aéroports de fret des États-Unis et une plate-forme stratégique pour les échanges avec les Caraïbes et l’Amérique latine.

Une enquête encore ouverte
Le vol concerné, Prime Air 7598, était exploité par 21 Air, une compagnie tout-cargo basée à Miami, dans le cadre du réseau aérien d’Amazon. L’avion, immatriculé comme un Boeing 767-33A, était âgé d’environ 32 ans. Il effectuait son troisième segment de la journée, après avoir relié Cincinnati à Miami, puis Miami à San Juan avant son retour en Floride.

Les enquêteurs examineront l’approche, le freinage, les décisions de l’équipage et le fonctionnement des systèmes de l’avion. Ils analyseront également les conditions météorologiques, les procédures de 21 Air, l’expérience des pilotes et les opérations de chargement de l’appareil. Le rapport final, qui devra établir les circonstances et les causes probables de l’accident, pourrait nécessiter plusieurs mois, voire davantage.