L’Asie du Sud-Est est appelée à devenir, selon Boeing, la région au plus fort potentiel de croissance pour le transport aérien mondial au cours des vingt prochaines années, devant la plupart des autres marchés émergents. Portée par une démographie jeune, une classe moyenne en plein essor et une économie dynamique, la région devrait voir son trafic de passagers plus que tripler au cours des vingt prochaines années.
Boeing prévoit que le trafic de passagers en Asie du Sud-Est augmentera en moyenne de 7,2% par an jusqu’en 2043, contre 4,7% au niveau mondial. L’avionneur américain anticipe un besoin de près de 5000 nouveaux avions sur cette période, les monocouloirs représentant plus de 80% des livraisons. « L’Asie du Sud-Est est en fait en tête du classement mondial en termes de potentiel régional de croissance », a déclaré mercredi, au salon aéronautique de Singapour, le vice-président du département marketing/commercial de Boeing, Darren Hulst.
L’Asie du Sud-Est se distinguera comme l’un des principaux moteurs de la demande mondiale, aux côtés de l’Asie du Sud et de l’Afrique. « Avec une économie dont la croissance devrait être la deuxième plus élevée parmi les grandes régions du monde, la hausse des revenus des ménages va amener de nouveaux consommateurs sur ce marché aérien », a ajouté David Schulte, directeur marketing de Boeing pour l’Asie du Nord-Est, l’Asie du Sud-Est et l’Océanie. « L’augmentation du pouvoir d’achat alimentera la croissance des modèles low‑cost et loisirs », a-t-il souligné, en référence à des groupes aériens comme AirAsia, Lion Air ou VietJet qui quadrillent déjà la région.
Outre les prévisions de Boeing, différentes analyses montrent que le volume de passagers en Asie du Sud-Est pourrait, même dans des scénarios prudents, au moins doubler à l’horizon 2040, sur fond d’urbanisation rapide et de multiplication des liaisons intra‑régionales. « La capacité en sièges est déjà revenue très proche des niveaux d’avant‑Covid et devrait les dépasser durablement, portée par la reprise du tourisme et des déplacements professionnels », note une étude sectorielle de l’IATA.
Des besoins massifs en avions et en personnels
Pour répondre à cette demande, Boeing estime que les compagnies aériennes d’Asie du Sud-Est auront besoin de plus de 4 700 à 4 900 avions neufs d’ici 2043, dont près de 80% de monocouloirs pour les lignes régionales et moyen‑courrier. Les gros‑porteurs représenteront environ un cinquième des livraisons, afin de soutenir le développement du long‑courrier vers le reste de l’Asie‑Pacifique, l’Europe et l’Amérique du Nord. L’avionneur américain table aussi sur des besoins très importants en main‑d’œuvre qualifiée : « Les compagnies aériennes de la région devront recruter et former près de 234 000 nouveaux pilotes, techniciens de maintenance et personnels de cabine ».
Un enjeu de fret, d’infrastructures et de durabilité
La croissance ne concernera pas seulement les passagers. Boeing prévoit que l’Asie du Sud-Est aura besoin de plus de 120 avions cargos neufs ou convertis, pour accompagner la diversification des chaînes d’approvisionnement et l’explosion du commerce en ligne. « Le développement de l’e‑commerce et des flux logistiques régionaux va soutenir la demande en avions tout‑cargo », selon l’avionneur.
Mais cet essor pose aussi des défis, notamment au niveau des aéroports, déjà proches de la saturation dans des métropoles comme Jakarta, Manille ou Bangkok. Plusieurs études pointent un risque de congestion croissant et la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures de piste, de terminal et de gestion du trafic aérien pour absorber cette montée en charge.
La question environnementale est également centrale. Boeing estime que près de 1 200 nouveaux avions plus sobres remplaceront des appareils plus anciens dans la région, tandis que les ressources locales en biomasse pourraient fournir environ 12% de la demande mondiale de carburants durables d’aviation (SAF) à l’horizon 2050.
« Un terreau unique pour l’essor du trafic aérien »
Au total, l’Asie du Sud-Est devrait voir sa part dans la flotte de l’Asie‑Pacifique passer de 17% à environ 25% d’ici 2043, renforçant son poids dans l’équilibre mondial du transport aérien. Pour Boeing, cette région est appelée à devenir l’un des principaux « centres de gravité » du secteur, au croisement des grandes routes aériennes entre l’Asie, l’Océanie, le Moyen‑Orient et l’Europe.
« L’Asie du Sud-Est va jouer un rôle de premier plan dans la croissance future du transport aérien global », a insisté David Schulte au salon aéronautique de Singapour, en soulignant que la combinaison d’une croissance économique rapide, d’une population jeune et d’un marché low‑cost déjà mature forme « un terreau unique pour l’essor du trafic aérien ». Un diagnostic que partagent de nombreuses études prospectives, qui placent désormais l’Asie‑Pacifique, et en particulier l’Asie du Sud-Est, au cœur des scénarios de développement du transport aérien d’ici le milieu du siècle.

Bangkok @AJ/DR
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