Alors que Cuba traverse une crise énergétique profonde, la pénurie de kérosène menace désormais la colonne vertébrale de son tourisme : les vols internationaux. Depuis le 10 février 2026, l’aviation civile de l’île a officiellement annoncé la suspension de l’avitaillement en Jet A‑1 pour un mois, forçant les compagnies aériennes à revoir leurs programmes, prévoir des escales techniques ou, dans certains cas, à suspendre purement et simplement leurs liaisons.
Cuba est entrée dans une phase de rationnement énergétique exacerbée par la fin de l’approvisionnement en pétrole en provenance du Venezuela, combinée aux pressions américaines sur les pays qui pourraient encore acheminer du carburant vers l’île. Les autorités ont réagi par une batterie de mesures d’urgence : semaine de quatre jours, restrictions de ventes de carburant et coupes d’électricité, y compris dans certaines zones touristiques.
Cette déliquescence du système énergétique se traduit désormais dans le ciel, avec l’affichage d’un NOTAM international (A0356/26) indiquant « JET A‑1 FUEL NOT AVBL » dans neuf aéroports cubains, dont l’aéroport international José Martí de La Havane. La mesure est calibrée pour une durée d’environ un mois, soit jusqu’au 11 mars 2026, ce qui place sous pression les 398 vols hebdomadaires et 70 337 sièges prévus à Cuba en février 2026.
Air Canada : vols à vide et retrait des lignes
Le premier pavillon à se retirer en ordre – mais avec une logique de rapatriement – est celui d’Air Canada. La compagnie aérienne a annoncé lundi la suspension de ses vols à destination de Cuba tout en maintenant ceux en provenance de l’île pour ramener quelque 3 000 passagers déjà présents sur place. « On opère des vols à vide vers Cuba aujourd’hui pour ramener les passagers », a expliqué Christophe Hennebelle, porte‑parole de la compagnie, auprès de médias québécois. Les vols Toronto–Varadero ou Toronto–Cayo Coco, pour l’essentiel, ont été annulés « en raison de restrictions locales inattendues et indépendantes de notre volonté qui perturbent nos opérations ».
Pour les vols restants, Air Canada prévoit désormais de transporter du carburant supplémentaire à bord et d’effectuer des escales techniques à l’occasion des vols de retour, afin de se ravitailler hors de Cuba. La compagnie a également ouvert des options de modification d’itinéraire pour les billets achetés avant le 5 février, avec voyage possible entre le 6 et le 25 février, sans frais.
Air France et les compagnies européennes : escales techniques et programmation ajustée
Contrairement à Air Canada, les grandes compagnies européennes privilégient la continuité du service, tout en complexifiant leurs plans de vol. Air France, qui exploite la ligne Paris–La Havane, a confirmé que la liaison serait maintenue, mais avec une escale technique prévue dans un autre pays des Caraïbes sur le vol retour.
Cette configuration permet à l’avion de partir de Paris avec un enveloppe de carburant suffisante pour atteindre La Havane, puis de reprendre une partie de route vers un hub tiers (Mexique, Caraïbes française ou pays anglophone) pour se ravitailler, avant de rejoindre l’Europe. Cette logique d’« escale technique » est désormais l’option la plus répandue pour les vols long‑courriers vers Cuba, car elle évite de dépendre totalement de l’infrastructure de ravitaillement locale.
Les compagnies européennes les plus exposées – Iberia, Lufthansa, et d’autres acteurs régionaux – s’adaptent de la même manière : ajustements de planification, escales à Mexico ou Cancún, ou consolidation de certains vols. Aucune n’a pour l’heure annoncé de cessation définitive de ses lignes vers Cuba, mais la pénurie de kérosène tombe au moment où plusieurs voyagistes ont déjà commencé à fermer des hôtels ou à réduire leurs offres faute de clients.
Compagnies américaines et canadiennes : réductions et vols de convoyage
Du côté nord‑américain, les acteurs majeurs sont tout autant dans le viseur. Delta, American Airlines, WestJet et Sunwing figurent parmi les plus exposés, avec des dizaines de vols hebdomadaires vers La Havane, Varadero et d’autres destinations balnéaires. Les autorités américaines, via la FAA, ont diffusé un NOTAM confirmant l’absence de Jet A‑1 à José Martí, ce qui a conduit les transporteurs à revoir leurs enveloppes carburant et à planifier des escales intermédiaires.
Sunwing, opérateur canadien fortement axé sur le tourisme de masse, a annoncé qu’il continuerait à transporter des clients vers Cuba, mais avec des politiques de modification de vols assouplies, afin de limiter les frustrations des voyageurs. WestJet, de son côté, figurerait parmi les plus gros opérateurs de vols hebdomadaires vers les stations balnéaires cubaines, avec une cinquantaine à près d’une centaine de rotations par semaine, ce qui en fait un acteur particulièrement sensible à la crise.
Les conséquences sur les voyageurs sont multiples : allongement des temps de trajet (1 à 3 heures supplémentaires selon les liaisons), risque d’annulations avec peu de préavis, et incertitude autour des services au sol, notamment en raison de perturbations électriques et de pénurie de carburant diesel pour les transports.

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