Les actionnaires de Cathay Pacific ont approuvé à une écrasante majorité le rachat hors marché de la totalité de la participation de Qatar Airways, tournant la page d’un actionnariat vieux de huit ans et consolidant le contrôle du groupe hongkongais Swire sur la compagnie-phare de Hong Kong.
Réunis en assemblée générale extraordinaire, les actionnaires indépendants de Cathay Pacific ont validé, à 99,9% des voix, une résolution spéciale autorisant le rachat de l’intégralité des actions détenues par Qatar Airways, soit 643 096 181 titres représentant environ 9,6% du capital. Comme l’impose le code des rachats d’actions en vigueur à Hong Kong, Qatar Airways s’est abstenue de voter sur cette opération. La compagnie du Golfe avait acquis sa participation en 2017, dans ce qui constituait alors son premier investissement de ce type dans une compagnie d’Asie de l’Est, afin de renforcer son réseau et le flux de trafic via son hub de Doha. Elle s’était alors hissée au rang de troisième actionnaire de la compagnie hongkongaise, derrière Swire Pacific et Air China.
Un deal à près de 900 millions de dollars
Le rachat, réalisé hors marché dans le cadre d’un accord bilatéral, doit être finalisé autour du 24 février, après l’obtention du feu vert de la Securities and Futures Commission, le régulateur des marchés financiers de Hong Kong. La transaction est valorisée à environ 6,9 milliards de dollars hongkongais, soit quelque 892 à 897 millions de dollars américains selon les sources. Pour Qatar Airways, l’opération s’inscrit dans une stratégie d’« optimisation de portefeuille », consistant à arbitrer ses participations dans d’autres compagnies aériennes tout en conservant des coopérations commerciales jugées prioritaires. La compagnie de Doha a d’ailleurs confirmé qu’elle maintiendrait son partenariat commercial avec Cathay Pacific dans le cadre de l’alliance Oneworld.
Swire se renforce, Air China ajuste sa position
L’annulation des titres rachetés doit réduire le nombre total d’actions Cathay Pacific en circulation d’environ 6,7 milliards à 6,1 milliards, ce qui entraîne une remontée des participations des actionnaires principaux. À l’issue de l’opération, la participation de Swire Pacific, maison-mère historique de Cathay, grimpera à près de 47,7%, contre un peu plus de 43% auparavant, confortant son statut d’actionnaire de contrôle et sa capacité à orienter la stratégie du groupe. Air China, partenaire stratégique de longue date, verra, elle, sa part se stabiliser juste sous le seuil des 30%, après avoir procédé début janvier à la vente d’environ 1,6% du capital de Cathay pour un montant voisin de 1,3 milliard de dollars hongkongais.
Cette cession préventive par Air China avait pour objectif d’éviter le déclenchement d’une obligation d’offre publique générale qui serait survenue si, du fait de la réduction du nombre d’actions en circulation, sa participation repassait au-dessus du seuil réglementaire de 30%. Le transporteur chinois a tenu à préciser qu’il « reste un actionnaire stratégique important de Cathay Pacific » et qu’il demeure « optimiste quant aux perspectives de développement de Cathay Pacific ».
Repositionnement capitalistique
Cette réorganisation de l’actionnariat intervient alors que Cathay Pacific tourne progressivement la page de la pandémie de Covid‑19, qui a particulièrement durement frappé Hong Kong et l’aérien régional, entre fermeture prolongée du territoire, restrictions sanitaires et effondrement du trafic international.
Après une recapitalisation d’ampleur et le soutien des autorités de Hong Kong au plus fort de la crise, la compagnie a engagé un plan de redressement visant à restaurer sa rentabilité, à reconstruire son réseau long-courrier et à repositionner son offre face à la concurrence croissante des grandes compagnies du Golfe et de Chine continentale. Dans ce contexte, le rachat de la participation de Qatar Airways s’apparente à un mouvement de « normalisation » du capital, recentré sur Swire et Air China, et davantage aligné sur les équilibres politiques et économiques de la Région administrative spéciale.
Patrick Healy, président du groupe Cathay, a mis en avant la dimension stratégique de cette opération, soulignant que le rachat « reflète la forte confiance dans l’avenir de Cathay et réaffirme notre engagement en faveur du développement du hub international de Hong Kong ».

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