Au Bahreïn, Gulf Air a déplacé une partie de sa flotte hors de l’aéroport international de Manama, tandis que Qatar Airways met en place un programme de vols de rapatriement reliant 36 destinations à Doha. D’autres transporteurs du Golfe, comme Emirates, Etihad, ou encore Oman Air, ajustent leurs programmes, entre annulations, vols spéciaux et hub de substitution, dans ce qui ressemble à la plus grande perturbation du trafic aérien régional depuis la pandémie.
La compagnie nationale du Bahreïn Gulf Air a temporairement repositionné plusieurs de ses appareils hors de l’aéroport international de Bahreïn, dans le cadre de mesures qualifiées d’« opérationnelles » par les autorités. Selon le ministère bahreïni des Transports et des Télécommunications, cette relocalisation, coordonnée avec les compagnies et les opérateurs cargo, visait à « renforcer la préparation opérationnelle et garantir la continuité fluide des opérations aériennes » face à la montée des tensions régionales.
Jeudi matin, l’agence Reuters a rapporté qu’une colonne de fumée avait été observée à proximité de l’aéroport. Le site de suivi de vols Flightradar24 a indiqué sur X que 21 avions avaient été « évacués », dont 11 Gulf Air, un Air India Express et neuf cargos. Le Bahreïn a été ciblé par des drones et missiles iraniens, qui ont fait au moins deux morts dans le royaume, ce qui a renforcé la volonté des autorités de disperser au moins une partie des avions vers des aéroports jugés plus sûrs, notamment en Arabie saoudite. La manœuvre rappelle les procédures standard de « repositionnement » utilisées en cas de conflit ou de risques sur un hub, afin de préserver la flotte et de préparer la reprise des opérations une fois les conditions de sécurité réunies.
Vols limités depuis Dammam pour Gulf Air
Pendant que les départs de Bahreïn sont suspendus, Gulf Air assure un squelette de programme depuis l’aéroport international King Fahd de Dammam, en Arabie saoudite. La compagnie opère des rotations quotidiennes vers Londres, Bangkok et Mumbai, accessibles aux passagers « répondant aux critères d’éligibilité », précise un communiqué.
Cette stratégie illustre l’un des réflexes des compagnies en temps de crise : se rabattre sur un hub secondaire à proximité, bénéficiant d’un espace aérien moins contraint, pour maintenir un minimum de connectivité intercontinentale. En pratique, cela oblige Gulf Air à repositionner personnel navigant, lignes de maintenance et capacités de handling, avec un surcoût opérationnel non négligeable mais jugé préférable à un arrêt complet.
Qatar Airways : un pont aérien de rapatriement depuis Doha
Qatar Airways a, de son côté, confirmé un programme limité de vols de rapatriement au départ et à destination de l’aéroport international Hamad à Doha, après l’autorisation de couloirs temporaires par l’Autorité de l’aviation civile du Qatar. Ces rotations desservent, sur quelques jours, 36 destinations sur plusieurs continents, notamment Londres, Paris, Francfort, New York, São Paulo, Johannesburg, Pékin, Shanghai, Melbourne, Riyad ou encore Islamabad.
La compagnie insiste toutefois sur le caractère exceptionnel de ce programme : ces vols « ne constituent pas une confirmation de la reprise des opérations commerciales régulières », souligne Qatar Airways. Le reste de l’activité demeure suspendu en raison de la fermeture de l’espace aérien qatari, entraînant une chute sans précédent du trafic dans ce hub majeur du Golfe. Selon les autorités qataries, jusqu’à 8 000 passagers se sont retrouvés bloqués dans le pays, l’État prenant en charge les nuits d’hôtel et la prolongation des visas pour les voyageurs en transit.
Une liste de vols très encadrée
Le programme publié par Qatar Airways détaille, jour par jour, les liaisons autorisées, avec une alternance de vols au départ de Doha et de vols à l’arrivée. Entre le 12 et le 17 mars, les rotations annoncées couvrent les grands marchés d’Europe (Londres-Heathrow, Paris-Charles-de-Gaulle, Francfort, Amsterdam, Madrid, Milan, Rome), d’Asie (Delhi, Mumbai, Beijing, Shanghai, Séoul, Bangkok, Kuala Lumpur, Jakarta, Manila), d’Afrique du Nord (Alger, Casablanca), mais aussi l’Amérique du Nord (New York, Dallas, Toronto) et l’Amérique du Sud (São Paulo).
Ces vols, strictement encadrés par les autorités qatariennes, servent en priorité à rapatrier les passagers impactés par la fermeture des espaces aériens et des hubs du Golfe, ainsi qu’à évacuer les voyageurs ayant un besoin urgent de déplacement. Les réservations restent limitées, la compagnie donnant la priorité aux titulaires de billets annulés, en lien avec les ambassades et les gouvernements concernés.
Oman Air, pivot discret de la crise
Muscat International Airport est devenu, en quelques jours, un hub de délestage essentiel pour le trafic moyen-oriental. Oman Air y a opéré près de 80 vols supplémentaires en une semaine et affirme avoir « aidé plus de 97 000 passagers à rentrer chez eux ».
La compagnie omanaise poursuit un double objectif : absorber une partie de la demande détournée des aéroports des Émirats et du Qatar, tout en maintenant autant que possible l’intégrité de son réseau long-courrier vers l’Europe, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. « La grande majorité de notre réseau international fonctionne comme prévu », assure Oman Air, qui continue à ajouter des fréquences « là où cela est opérationnellement possible ».
Des services de bus supplémentaires ont été mis en place pour les voyageurs traversant la frontière terrestre entre les Émirats arabes unis et Oman afin de rejoindre leurs vols depuis Mascate. En revanche, la compagnie a annulé, pour la période du 9 au 15 mars, ses vols vers Amman, Dubaï, Bahreïn, Doha, Dammam, Koweït, Copenhague, Bagdad et Khasab, illustrant la fragilité persistante des liaisons régionales.

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