Campbell Wilson, directeur général d’Air India depuis 2022, a présenté sa démission, ouvrant une nouvelle phase d’incertitude pour la compagnie emblématique indienne en plein plan de transformation sous pavillon Tata. Cette annonce intervient sur fond de pertes financières, de contrôle réglementaire renforcé et dans le sillage du crash du vol AI171 Ahmedabad–Londres en 2025, drame qui continue de peser sur l’entreprise.

Air India a annoncé, le 7 avril 2026, la démission de son directeur général et CEO, Campbell Wilson, entré en fonction à l’été 2022 après la privatisation et la reprise de la compagnie par le conglomérat Tata Group. Selon le communiqué de la compagnie, « M. Wilson avait informé en 2024 Natarajan Chandrasekaran, président d’Air India, de son intention de se retirer en 2026 et travaille depuis à préparer l’organisation et l’équipe dirigeante à la transition ». Originaire de Nouvelle-Zélande et figure expérimentée du groupe Singapore Airlines, Campbell Wilson avait été choisi pour piloter la transformation d’Air India, longtemps symbole des difficultés du transport aérien public indien. Son mandat devait courir jusqu’en 2027, mais il quittera ses fonctions avant le terme de ce contrat de cinq ans.

« Passer le relais » avant la grande vague de livraisons

Dans son message interne, le dirigeant explique juger le moment venu pour céder la place, alors que la compagnie se prépare à une phase d’expansion sans précédent. « Le moment est venu pour moi de passer le relais pour la prochaine phase de l’essor d’Air India », a-t-il déclaré, soulignant que la fenêtre est « brève » avant le début, à partir de 2027, des livraisons massives issues du carnet de près de 600 appareils commandés.

Sous sa direction, Air India met en avant « les quatre années qui ont suivi la privatisation », marquées par « le renouvellement de l’équipe de direction, des effectifs, de la culture d’entreprise et des modes de fonctionnement » ainsi que « l’ajout de 100 avions supplémentaire à la flotte ». La compagnie rappelle que cet effort s’inscrit dans un plan de refonte complète du réseau, des cabines et de l’expérience client, avec une harmonisation progressive des opérations au sein du groupe Air India, qui comprend également Air India Express et AIX Connect.

Un comité de succession déjà à l’œuvre

Air India indique avoir mis en place un comité chargé d’identifier le successeur de Campbell Wilson « dans les prochains mois », afin d’assurer la continuité de la stratégie. La recherche aurait débuté dès janvier, après que le dirigeant eut formalisé sa volonté de quitter le poste, selon des sources proches du dossier citées par la presse indienne.

Le CEO restera en fonction le temps de son préavis, estimé à environ six mois, et jusqu’à la nomination d’un nouveau dirigeant. « Il est actuellement en période de préavis et a l’intention de rester jusqu’à ce qu’un remplaçant soit nommé », rapporte une source proche du dossier citée par plusieurs médias. L’objectif affiché est de stabiliser l’organisation avant de passer le témoin au prochain patron d’Air India.

Pertes records et pression réglementaire

La démission intervient dans un contexte délicat pour Air India, confrontée à « des pertes persistantes » et à une pression accrue du régulateur indien, la DGCA, après une série d’incidents de sécurité et de dysfonctionnements opérationnels. Les autorités ont renforcé leurs inspections et la surveillance des opérations de la compagnie, déjà fragilisée par la réorganisation interne et par les tensions sur les ressources humaines.

Les efforts pour moderniser la flotte, améliorer la qualité des services et harmoniser les opérations se heurtent à des « vents contraires » bien identifiés dans le secteur : perturbations des chaînes d’approvisionnement, retards de livraisons d’avions, hausse des coûts opérationnels et environnement inflationniste du carburant. Plusieurs analyses évoquent la perspective d’une perte annuelle record pour l’exercice en cours, alors que les investissements dans la flotte et la restructuration pèsent sur les comptes.

L’ombre du crash du vol AI171 Ahmedabad–Londres

Le mandat de Campbell Wilson restera marqué par le crash, le 12 juin 2025, du vol AI171 entre Ahmedabad et Londres, un Boeing 787-8 Dreamliner qui s’est écrasé quelques secondes après son décollage de Sardar Vallabhbhai Patel International Airport. L’accident a fait 241 victimes parmi les 242 personnes à bord, laissant un unique survivant, ainsi que plusieurs morts au sol, pour un bilan total de 260 décès.

L’enquête, conduite par les autorités indiennes et accompagnée par le constructeur Boeing, se poursuit et n’a pas encore livré son rapport final. Cet accident, l’un des plus graves de l’histoire de l’aviation civile indienne, a lourdement pesé sur l’image d’Air India et ajouté une pression supplémentaire sur le management en matière de culture de sécurité, de maintien de la navigabilité et de contrôle des opérations.

Modernisation accélérée d’une flotte vieillissante

Sur le plan industriel, Campbell Wilson a engagé un vaste chantier de rajeunissement d’une flotte longtemps hétérogène et vieillissante, héritée de l’ère publique. Outre l’intégration de plus de 100 appareils supplémentaires ces dernières années, un méga-contrat de près de 600 avions a été signé avec Airbus et Boeing, combinant monocouloirs de la famille A320neo, 737 MAX, gros-porteurs A350 et 787/777, afin de repositionner Air India face aux majors du Golfe et aux compagnies asiatiques.

Cette montée en puissance devait accompagner l’ambition de faire d’Air India un hub long-courrier de référence entre l’Inde, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en renforçant la présence sur le marché domestique ultra-compétitif. L’harmonisation des cabines, l’introduction de nouvelles classes affaires et premium, la refonte du programme de fidélité et la montée en gamme des services au sol font partie des chantiers engagés sous sa houlette.

La démission de Campbell Wilson intervient alors que le secteur aérien indien connaît d’autres soubresauts au sommet. Le mois dernier, Pieter Elbers, PDG d’IndiGo, première compagnie du pays en parts de marché, a lui aussi présenté sa démission, au profit de Willie Walsh, dans le sillage d’une vague d’annulations de plusieurs milliers de vols liée à une mauvaise planification des tableaux de service.

Une transition à haut risque pour la stratégie Tata

Pour Tata Group, qui a misé très lourd sur la construction d’un champion national capable de rivaliser avec les géants du Golfe et de l’Asie, le départ de Campbell Wilson représente un test stratégique. Le prochain dirigeant devra à la fois poursuivre la transformation interne, absorber les centaines d’avions en commande, renforcer la culture de sécurité après le drame d’Ahmedabad et ramener la compagnie sur la voie de la rentabilité.

Inde : le patron d’Air India, Campbell Wilson, démissionne en pleine zone de turbulences 1 Air Journal

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