L’enquête sur la catastrophe du vol Air India AI171 franchit une nouvelle étape. Les autorités indiennes ont décidé d’expédier aux États-Unis un module d’interrupteur d’alimentation en carburant d’un Boeing 787-8 Dreamliner, après qu’un incident similaire survenu en février dernier a relancé les soupçons sur un éventuel défaut mécanique. Cette décision intervient près d’un an après le crash meurtrier qui a coûté la vie à 260 personnes à Ahmedabad.

Un incident troublant en février 2026

Le 2 février 2026, un Boeing 787-8 Dreamliner d’Air India immatriculé VT-ANX devait assurer la liaison entre l’aéroport londonien d’Heathrow et Bangalore. Lors de la mise en route des moteurs avant le décollage, l’équipage a constaté un comportement anormal de l’interrupteur de contrôle de carburant du moteur gauche. Le sélecteur ne parvenait pas à rester verrouillé en position « RUN » (marche) et glissait vers la position « CUTOFF » (arrêt), menaçant de provoquer un arrêt moteur en vol. Après un vol qui s’est finalement déroulé sans incident majeur, l’appareil a été immédiatement immobilisé à son arrivée à Bangalore.

L’envoi aux États-Unis d’une pièce controversée

Selon des documents consultés par Reuters, la Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA) a prévu d’envoyer des responsables à Seattle pour superviser les tests effectués par Boeing sur le module de commande de carburant retiré de l’appareil VT-ANX. Cette décision intervient malgré les conclusions initiales de la DGCA et de Boeing en février, qui avaient estimé que « l’interrupteur fonctionnait mécaniquement conformément à sa conception » et que le module était « pleinement fonctionnel ». Air India a justifié ce nouvel examen comme « une mesure de précaution pour garantir une évaluation approfondie et concluante ».

Le spectre du crash d’Ahmedabad

Cette initiative prend une résonance particulière à la lumière de la catastrophe du 12 juin 2025, lorsque le vol Air India AI171 s’est écrasé quelques secondes après son décollage d’Ahmedabad, faisant 260 morts. Le rapport préliminaire du Bureau indien d’enquête sur les accidents aériens (AAIB), publié en juillet 2025, a révélé que les interrupteurs d’alimentation en carburant des deux réacteurs avaient été placés presque simultanément en position « arrêt » peu après le décollage, provoquant une perte brutale de puissance. Les enquêteurs n’ont toutefois pas encore établi s’il s’agissait d’une erreur humaine, d’un défaut technique ou d’une défaillance du mécanisme de verrouillage censé empêcher toute manipulation accidentelle.

Boeing et Honeywell dans la tourmente

En septembre 2025, les familles de quatre victimes du crash d’Ahmedabad ont déposé plainte aux États-Unis contre Boeing et Honeywell, le fabricant des interrupteurs de carburant (référence 4TL837-3D). La plainte soutient que « le mécanisme de verrouillage du sélecteur carburant installé dans le poste de pilotage pouvait être désactivé de manière involontaire ». Les plaignants accusent les deux groupes de négligence, affirmant qu’ils auraient été informés du risque dès 2018, lorsque l’Administration fédérale de l’aviation américaine (FAA) avait publié un avis signalant des problèmes potentiels de désengagement du verrouillage sur plusieurs modèles Boeing, dont le 787. Rappelons que la FAA précisait que ce problème ne constituait pas « une condition dangereuse justifiant une consigne de navigabilité (Airworthiness Directive) » obligatoire, mais seulement une recommandation d’inspection.

Inspections généralisées et réponses contradictoires

Suite au rapport préliminaire de juillet 2025, la DGCA avait ordonné l’inspection des interrupteurs de contrôle de carburant sur l’ensemble des Boeing 787 et 737 opérant en Inde, avec une échéance fixée au 21 juillet 2025. Air India avait alors affirmé avoir procédé à des vérifications sur toute sa flotte de Boeing 787 sans détecter de problème. De son côté, la FAA a maintenu sa position selon laquelle les interrupteurs de carburant des appareils Boeing « sont sûrs » et ne nécessitent pas de directive de navigabilité. Le patron de la FAA, Bryan Bedford, a même déclaré en juillet 2025 qu’il était « hautement improbable » qu’une anomalie mécanique du système de commande carburant ait provoqué l’accident.

Une enquête toujours en cours

L’envoi de ce module aux États-Unis pour des tests supplémentaires témoigne de la persistance des doutes des autorités indiennes quant à la fiabilité du système de verrouillage des interrupteurs de carburant du Boeing 787. Cette démarche pourrait apporter des éléments déterminants à l’enquête sur le crash du vol AI171, alors que les familles des victimes attendent toujours des réponses définitives sur les causes exactes de la catastrophe qui a marqué le premier accident mortel impliquant un Boeing 787 depuis son entrée en service en 2011.

Crash d'Air India : une pièce de Boeing 787 expédiée aux États-Unis pour expertise 1 Air Journal

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