Embraer a annoncé pour le premier trimestre 2026 un carnet de commandes total en hausse de 22% sur un an, passant de 26,4 milliards de dollars à 32,1 milliards de dollars, soit un sixième record consécutif. L’avionneur a livré 44 appareils sur la période, contre 30 un an plus tôt, soit une progression de 47% soutenue par une meilleure stabilisation des cadences industrielles.
Selon la communication financière d’Embraer, ces 44 livraisons représentent environ 16% du point médian de son objectif annuel, fixé à 240–255 avions pour les activités commerciales et d’aviation d’affaires, un niveau supérieur à la moyenne historique d’environ 12% sur les cinq dernières années. « Au premier trimestre 2026, nos livraisons représentent environ 16% du point médian de notre guidance annuelle, soit quatre points de plus que la moyenne historique sur la période », souligne un porte‑parole d’Embraer.
L’effet Finnair sur le carnet commercial
La hausse de 50% du seul carnet d’aviation commerciale s’explique en grande partie par l’accord signé avec Finnair portant sur jusqu’à 46 E195‑E2. Annoncé le 23 mars 2026, ce contrat comprend 18 commandes fermes, 16 options et 12 droits d’achat, tous ajoutés au carnet du premier trimestre. Les appareils, configurés à 134 sièges sans siège du milieu, doivent être livrés à partir du second semestre 2027.
Pour la compagnie finlandaise, il s’agit d’un pilier de la modernisation de sa flotte court‑courrier, aujourd’hui très largement dominée par les Airbus de la famille A320. « Ces avions renforceront encore la fiabilité de notre programme et offriront davantage de flexibilité dans l’utilisation de notre flotte », explique Christine Rovelli, Chief Revenue Officer de Finnair, à propos de l’accord avec Embraer. L’E195‑E2, présenté par l’avionneur comme le monocouloir le plus silencieux du marché, doit permettre à Finnair de réduire ses coûts unitaires et son empreinte sonore sur les aéroports nordiques très contraints.
E‑Jets E2 : un outil de renouvellement de flotte
Au‑delà de Finnair, le trimestre confirme la montée en puissance de la famille E2 dans les campagnes de renouvellement de flotte, face aux contraintes de capacité du duopole A320neo/Boeing 737 MAX. Embraer a livré au premier trimestre 10 avions commerciaux, dont des E175 à Republic Airlines (trois exemplaires), American Airlines (deux) et SkyWest (un), ainsi que des E190‑E2 à Azorra et des E195‑E2 à Luxair (deux) et AerCap (un).
L’E195‑E2 voit sa base d’opérateurs s’élargir progressivement en Europe, avec Luxembourg (Luxair) et bientôt la Finlande, après avoir déjà séduit notamment Porter Airlines au Canada et des transporteurs en Amérique latine et en Asie. Pour les compagnies régionales et hybrides, l’appareil offre un compromis entre capacité, rayon d’action et coûts, qui le positionne comme un complément plutôt qu’un concurrent direct des A320neo ou 737 MAX dans les plans de flotte.
Les États‑Unis restent le bastion de l’E175
Sur le marché nord‑américain, l’E175 demeure la pierre angulaire du segment régional, soutenu par les limites de sièges et de masse au décollage imposées par les “scope clauses” dans les conventions collectives des pilotes des grands réseaux. American Airlines reste le principal client dans le carnet d’Embraer, avec 78 E175 encore en attente de livraison, auxquels s’ajoutent déjà 126 appareils livrés à la compagnie.
Ces avions, exploités en grande partie par des filiales ou partenaires régionaux d’American, alimentent le réseau domestique et permettent de maintenir des fréquences élevées sur des marchés secondaires, là où un monocouloir de plus grande capacité serait difficile à rentabiliser. L’importance du carnet E175 illustre la résilience de ce segment, alors même que le constructeur n’a toujours pas lancé de version E175‑E2 certifiable dans le cadre réglementaire actuel aux États‑Unis.
Avec 44 appareils livrés au premier trimestre, Embraer se situe sur une trajectoire compatible avec son objectif 2026 de 80 à 85 avions commerciaux. L’enjeu pour les prochains trimestres sera de confirmer la capacité industrielle à absorber l’augmentation du carnet – en particulier sur l’E195‑E2 – tout en maintenant la qualité et les délais, dans un contexte de chaîne d’approvisionnement encore fragile dans l’aéronautique mondiale.

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