La direction d’Air France-KLM a tiré le signal d’alarme : la forte hausse des prix du kérosène, liée aux tensions au Moyen-Orient, ne peut plus être entièrement compensée par la croissance du chiffre d’affaires.
« Jusqu’ici au deuxième trimestre, la facture en carburants a été très élevée. Nous ne pouvons pas compenser entièrement à travers le chiffre d’affaires », a déclaré le directeur financier Steven Zaat mercredi, lors de l’assemblée générale du groupe aérien franco-néerlandais. Le directeur général Benjamin Smith a été tout aussi direct : « Nous ne pouvons pas compenser. »
Selon les estimations du groupe, le surcoût carburant atteindra 2,4 milliards de dollars (environ 2,05 milliards d’euros) sur l’ensemble de l’année 2026, dont 1 milliard d’euros rien que pour le deuxième trimestre. La facture totale de carburant devrait ainsi s’élever à 9,3 milliards de dollars.
Un choc géopolitique majeur
Cette envolée des cours résulte principalement du conflit au Moyen-Orient déclenché fin février 2026. Les prix du kérosène ont plus que doublé en quelques semaines, avec des pics dépassant 1 500 dollars la tonne en Europe. Air France-KLM, qui avait déjà révisé ses prévisions fin avril, a abaissé sa croissance de capacités pour 2026 : elle passe désormais de 3-5 % à 2-4 %, tout en maintenant une forte croissance pour sa filiale low-cost Transavia (8-10 %).
Le groupe bénéficie d’une politique active de couverture carburant (hedging), avec environ deux tiers de son kérosène pour 2026 déjà acheté à l’avance. Cela a permis de limiter l’impact au premier trimestre, où le résultat opérationnel s’est nettement amélioré (à -27 millions d’euros contre -328 millions un an plus tôt). Mais les effets du choc se font pleinement sentir depuis le printemps.
Hausse des tarifs et mesures commerciales
Pour absorber une partie de ce surcoût, Air France-KLM a multiplié les hausses de surcharges carburant sur les billets d’avion des vols long-courriers : jusqu’à +100 euros aller-retour en classe Economique, et bien davantage en classes premium. Malgré ces ajustements tarifaires, la direction reconnaît que la totalité de la hausse du kérosène ne pourra pas être répercutée sur les clients.
Mercredi, le groupe franco-néerlandais a par ailleurs lancé une opération promotionnelle inédite : des billets modifiables sans frais pour les voyages de juillet et août au départ de France et des Pays-Bas. Une façon de rassurer les voyageurs dans un contexte de forte incertitude sur les prix et l’approvisionnement en kérosène. Benjamin Smith a toutefois tenu à rassurer sur la saison estivale : « Nous ne prévoyons pas de problèmes d’approvisionnement jusqu’à fin août », même si la visibilité reste limitée au-delà.
Un secteur aérien sous pression
Cette situation n’est pas propre à Air France-KLM. Plusieurs compagnies aériennes européennes font face à la même équation : une demande résiliente mais des marges comprimées par un carburant qui représente jusqu’à 30 % des coûts. Le groupe franco-néerlandais maintient donc un cap prudent, avec une discipline stricte sur les coûts et une réallocation de capacités loin des zones les plus touchées.
L’issue de l’année 2026 dépendra largement de l’évolution de la situation géopolitique et des cours du pétrole. Pour l’heure, le message de la direction est clair : la rentabilité du groupe est directement menacée par ce surcoût historique, et la croissance du chiffres d’affaires seule ne suffira pas à l’absorber.
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