Air Europa s’est imposée comme l’une des compagnies aériennes les plus avancées d’Europe en matière de réduction des émissions de carbone, avec une baisse de 23,58% par rapport à son niveau de 2015 et un objectif de –30% d’ici 2030. Selon le fournisseur de données aériennes Cirium, cette progression repose moins sur un « coup d’éclat » que sur une stratégie patiente, fondée sur la donnée, les opérations et le renouvellement de flotte.
Une stratégie qui commence par la mesure
L’analyse de Cirium souligne que la transition d’Air Europa n’a pas commencé par des déclarations ambitieuses, mais par un investissement massif dans la mesure de ses émissions. La compagnie espagnole a d’abord construit une infrastructure de données robuste pour suivre précisément son empreinte carbone, vol par vol, avant de fixer des objectifs chiffrés et de déployer des actions opérationnelles.
« Avant d’améliorer les performances opérationnelles, il faut avoir confiance dans les données et partager la même définition de ce que signifie “bien faire” », explique Rosa Nordfeldt, directrice du développement durable d’Air Europa, citée par Cirium. « Une fois que la mesure a gagné en maturité, l’ambition est venue naturellement et cette ambition s’est ensuite traduite en pratiques opérationnelles », ajoute‑t‑elle.
Intégrer les émissions au langage opérationnel
L’une des particularités du programme d’Air Europa est d’avoir intégré la performance environnementale au cœur du quotidien des équipes de vol et d’exploitation. Cirium note que les émissions ne sont pas traitées comme un sujet à part, mais comme une dimension supplémentaire des discussions sur l’efficacité carburant, la planification des routes ou la performance des vols.
« Les pilotes et les équipes opérations travaillent déjà dans un environnement très axé sur les données, donc les émissions sont devenues une dimension de performance qu’ils peuvent influencer directement, plutôt qu’un objectif corporate extérieur », souligne encore Rosa Nordfeldt. Selon Cirium, cette approche permet aux équipes les plus proches de la consommation de carburant de se sentir responsables des résultats carbone, et de transformer des objectifs de durabilité en décisions quotidiennes.
Renouvellement de flotte et discipline opérationnelle
Air Europa agit sur deux profils de réseau : un court et moyen‑courrier européen très concurrentiel, et un long‑courrier transatlantique vers l’Amérique latine où les choix de flotte et de routes pèsent lourd sur les émissions. Sur le long‑courrier, la transition vers le Boeing 787 Dreamliner a permis des gains significatifs d’efficacité sur le réseau transatlantique. Sur les lignes européennes, le remplacement progressif des Boeing 737 Next Generation par des 737 MAX contribue à des améliorations comparables.
Cirium insiste toutefois sur le fait que « le renouvellement de flotte n’est pas toute la réponse ». « La flotte offre un potentiel, mais c’est la manière dont ces avions sont opérés au quotidien qui transforme ce potentiel en performance carbone mesurable », résume Rosa Nordfeldt. Planification des routes, procédures de vol, respect des consignes d’économie de carburant et cohérence d’application jouent tous un rôle dans la réduction des émissions.
Un cadre réglementaire européen de plus en plus aligné
L’environnement réglementaire européen pousse désormais dans le même sens que les efforts internes d’Air Europa. Cirium rappelle que le règlement ReFuelEU Aviation vise notamment à réduire le « tankering », cette pratique qui consiste à embarquer davantage de carburant dans un aéroport pour éviter d’en acheter dans un autre, au prix d’un surpoids et donc d’émissions supplémentaires.
Le texte impose aux compagnies d’avitailler au moins 90% de leurs besoins annuels en carburant dans chaque aéroport de départ au sein de l’UE, afin de limiter ces charges inutiles. Pour Air Europa, ce cadre réglementaire vient consolider des pratiques déjà en place, qui cherchaient à concilier efficacité économique et performance environnementale.
SAF : un levier parmi d’autres, pas une solution miracle
Sur le carburant d’aviation durable (SAF), l’analyse de Cirium décrit une position prudente. Air Europa considère le SAF comme une composante essentielle de son plan de décarbonation à long terme, mais refuse de le présenter comme une solution unique et immédiate. La compagnie espagnole met en avant la faiblesse actuelle de la production mondiale et la nécessité de combiner plusieurs leviers.
Dans la trajectoire d’ici 2030, Air Europa anticipe que la majeure partie des gains proviendra d’abord de l’efficacité opérationnelle et du renouvellement de flotte, le SAF prenant un poids croissant à mesure que l’offre se développera. La stratégie repose sur des projets pilotes, des partenariats et un apprentissage continu, tout en maintenant la priorité sur les mesures qui produisent dès aujourd’hui des baisses d’émissions mesurables.
Un objectif 2030 ambitieux mais jugé réaliste
Air Europa vise une réduction de 30% de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 2015, et a déjà atteint 23,58% selon les données analysées par Cirium. L’écart à combler d’ici quatre ans est significatif, mais le fournisseur de données estime que la compagnie espagnole dispose des fondations nécessaires pour y parvenir : mesure, intégration opérationnelle et flotte modernisée.
Selon Cirium, la trajectoire d’Air Europa illustre la manière dont une ambition environnementale se transforme en résultats concrets : d’abord la mesure, ensuite l’intégration dans les opérations, enfin la pratique disciplinée dans la durée. À l’heure où les transporteurs sont soumis à une pression croissante pour décarboner, le cas d’Air Europa est présenté comme un exemple de « performance carbone » construite pas à pas, plutôt que comme une succession d’annonces spectaculaires.

@Aena
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