L’Union européenne (UE) prépare une révision de ses règles sur la propriété des compagnies aériennes. L’objectif : empêcher des investisseurs étrangers de prendre le contrôle effectif des transporteurs du continent. Cette annonce, révélée par l’agence Reuters, tombe en pleine bataille pour le rachat d’easyJet.
Protéger « l’autonomie stratégique » de l’Europe
Un responsable européen a détaillé les intentions de Bruxelles, sous couvert d’anonymat. Cette révision, encore jamais évoquée publiquement, viserait à « protéger l’autonomie stratégique » de l’UE, afin que le contrôle des compagnies aériennes européennes reste entre des mains européennes. Ce responsable a précisé le sens de la démarche : « Il s’agit de garantir que les investisseurs étrangers n’aient pas le contrôle total ». Il a ajouté : « Nous devons nous assurer de disposer d’une marge de manœuvre suffisante en matière de contrôle. »
La révision est attendue à l’automne 2026. Elle doit clarifier quelles structures d’entreprise restent autorisées au sein de l’UE, notamment en matière de contrôle et de gouvernance.
EasyJet, enjeu d’une guerre des offres américaines
Cette révision de la propriété des entreprises intervient au cœur d’une bataille financière pour le rachat d’easyJet. Deux fonds d’investissement américains se disputent le contrôle de la low cost britannique depuis début juillet. Si easyJet est immatriculée au Royaume-Uni, elle s’appuie sur des licences européennes pour exploiter ses bases et ses lignes dans l’UE. Depuis le Brexit, elle plafonne la participation de ses actionnaires non européens à 49,5 %, afin de rester en conformité avec la réglementation européenne en vigueur.
Le nœud du problème, selon les analystes, réside dans le montage envisagé par les repreneurs américains. Les deux fonds semblent disposés à céder 51 % des droits de vote à des entités européennes. Mais l’UE redoute que le contrôle effectif de la low cost ne reste malgré tout entre des mains américaines.
Deux fonds américains en surenchère
Le fonds d’investissement Castlelake a ouvert les hostilités avec une offre de 6,90 livres par action, valorisant la low cost britannique à environ 5,5 milliards de livres sterling (6,43 milliards d’euros). Apollo Global Management a surenchéri avec une proposition de 7,15 livres par action, soit 5,7 milliards de livres sterling (7,65 milliards de dollars).
Le conseil d’administration d’easyJet a retenu l’offre d’Apollo comme base de négociation. Il serait prêt à la recommander aux actionnaires si une proposition ferme était officiellement déposée. Apollo dispose d’un délai allant jusqu’au 7 août pour formaliser son offre. Or, ni Apollo, ni Castlelake, ni easyJet n’ont encore engagé de discussions sur les détails de l’opération avec les régulateurs européens.
Un précédent inspiré du modèle IAG
Castlelake a de son côté proposé de confier sa part de 51 % à une holding contrôlée par Peter Bellew, ancien directeur général de Malaysia Airlines, et Mark Breen, cadre supérieur du secteur aérien. Tous deux sont ressortissants européens. Un montage comparable à des pratiques déjà en vigueur ailleurs dans le secteur, selon Reuters.
Le groupe IAG, propriétaire de British Airways, Iberia, Vueling et Aer Lingus, repose en effet sur ce type de structure depuis plusieurs années. Coté à la fois à Londres et à Madrid, IAG conserve la pleine propriété économique de ses compagnies aériennes — et donc leurs bénéfices — tout en cédant la majorité des droits de vote à des actionnaires locaux, ressortissants du pays d’immatriculation de chaque filiale. C’est le cas d’Iberia, où le groupe espagnol El Corte Inglés détient une participation lui conférant la majorité des voix. Ce montage permet à IAG de réunir sous une même holding des compagnies aériennes britannique, espagnole et irlandaise, tout en garantissant que chacune reste juridiquement considérée comme détenue et contrôlée par des ressortissants de son propre pays, condition indispensable pour conserver ses droits de trafic et ses licences d’exploitation au sein de l’UE.
EasyJet renvoie la question à plus tard
Interrogé sur le sujet, le directeur général d’easyJet, Kenton Jarvis, a botté en touche. Il a assuré que la compagnie traiterait la question des règles européennes une fois l’offre de rachat officiellement formalisée. « Le conseil d’administration examine à la fois la valeur et la faisabilité de toute offre, et la faisabilité implique d’être un partenaire européen et d’être régulé en tant que tel », a-t-il déclaré à Reuters. Il a précisé qu’easyJet et Apollo échangeraient probablement avec les régulateurs « main dans la main ».
Au-delà du cas easyJet, la révision envisagée par Bruxelles pourrait rejaillir sur d’autres compagnies aériennes européennes aux structures d’actionnariat comparables, comme Wizz Air ou Ryanair.

@London Luton Airport
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