Au premier semestre 2026, Royal Schiphol Group affiche une activité globalement stable mais marquée par un contexte international difficile. L’exploitant néerlandais a surtout franchi un cap en matière d’investissements, avec un niveau inédit consacré à la modernisation de ses infrastructures et à l’amélioration de la qualité opérationnelle.

801 millions d’euros investis : un niveau inédit

Schiphol a investi 801 millions d’euros en six mois, un record, dans le cadre de son programme de 10 milliards d’euros sur 2025-2035. Ces dépenses ont notamment concerné la maintenance en retard, la mise en service du « pier A », l’augmentation des capacités électriques pour l’électrification et la réorganisation du site central avec KLM.

Sur le plan financier, le groupe enregistre un résultat net sous-jacent positif de 215 millions d’euros (stable sur un an), pour un chiffre d’affaires en hausse de 5,6% à 1,33 milliard d’euros. En revanche, le cash-flow reste négatif (-464 millions d’euros), reflet d’un cycle d’investissements très intensif, partiellement financé par une émission obligataire de 500 millions d’euros en mars.

Trafic stable, mais moins de vols

Le trafic passagers atteint 37,3 millions dans les aéroports du groupe (+0,3%), dont 32,7 millions à Schiphol. Dans le même temps, le nombre de mouvements recule : 223 597 vols à Amsterdam (-4%). Cette évolution confirme une tendance structurelle : davantage de passagers par vol, portée par l’arrivée d’appareils plus capacitaires et plus récents. Schiphol anticipe toujours une croissance à long terme, avec un objectif d’au moins 90 millions de passagers annuels à l’horizon 2050.

Le fret affiche une dynamique positive : +10% à 0,8 million de tonnes, avec une hausse des vols tout cargo (+8%).

Guerre au Moyen-Orient et prix du carburant : impact direct

Le semestre a été perturbé par des épisodes climatiques hivernaux, puis par les conséquences du conflit au Moyen-Orient. La hausse du prix du kérosène a pesé sur les réseaux des compagnies. Pour préserver la connectivité, Schiphol a instauré une réduction temporaire des redevances aéroportuaires, avec un impact négatif de 37 millions d’euros sur ses résultats. Cette mesure a contribué à soutenir la reprise du trafic au deuxième trimestre (source : Royal Schiphol Group).

Malgré ces contraintes, Schiphol reste un hub majeur avec 301 destinations directes, dont 122 intercontinentales. Plusieurs nouvelles routes ont été ouvertes, notamment vers l’Arménie, le Monténégro et le Vietnam. De nouvelles compagnies ont également rejoint la plateforme, parmi lesquelles LATAM Airlines Brasil, Thai Airways ou Vietnam Airlines, renforçant le réseau long-courrier.

Vers une aviation plus silencieuse

L’un des axes structurants du semestre concerne la réduction du bruit. Grâce à une tarification différenciée introduite en 2025, 38% des vols relèvent désormais des deux catégories les plus silencieuses, contre 29% un an plus tôt. Les mesures indépendantes montrent une baisse d’environ 2 décibels du bruit moyen depuis 2018. Les nouveaux appareils — Airbus A320neo/A321neo, A350, A330neo ou Boeing 787 — génèrent 3 à 5 décibels de moins au décollage que les générations précédentes, soit une réduction significative de l’empreinte sonore.

Comme le souligne le CEO Pieter van Oord : « La tendance vers une aviation plus silencieuse se poursuit. Les mesures montrent que Schiphol est devenu sensiblement plus silencieux ».

Réorganisation opérationnelle, ouverture à l’aviation commercial de l’aéroport de Lelystad

Schiphol a également engagé une réforme de ses opérations au sol : réduction du nombre d’opérateurs de sûreté et de handling, et prise en charge directe de l’assistance aux passagers à mobilité réduite. L’objectif est d’améliorer la qualité de service et la résilience opérationnelle.

Enfin, le groupe prépare l’ouverture de l’aéroport de Lelystad à l’aviation commerciale, désormais envisagée pour novembre 2027, avec un investissement de 35 à 40 millions d’euros. L’aéroport dispose d’une piste asphaltée 05/23, allongée et renforcée pour accueillir des monocouloirs de type A320 et Boeing 737, avec une longueur portée à environ 2 700 à 3 300 m selon les sources, largeur 45 m, et équipements lumineux permettant des opérations commerciales. La plateforme a vu la construction d’un terminal passagers d’environ 12 000 m², avec des postes de stationnement prévus pour quatre avions de taille moyen‑courrier, spécifiquement pensée pour des flux « vacances » à forte saisonnalité.

Un équilibre délicat entre croissance et acceptabilité

Pour Schiphol, l’enjeu reste de concilier croissance du trafic, contraintes environnementales et acceptabilité locale. Le futur décret sur le trafic aérien aux Pays-Bas devrait encadrer plus strictement les opérations, dans un contexte de pressions politiques sur le bruit et les émissions. Comme le résume la direction financière : « Nous dépensons actuellement plus que nous ne gagnons, mais ces investissements sont essentiels pour garantir l’avenir et la valeur économique de Schiphol. »

Situation en 2026 : plafond annulé, mais contraintes maintenues, un décret à venir

En mars 2026, le Conseil d’État / Cour suprême des Pays‑Bas a annulé la décision gouvernementale fixant le plafond annuel de vols à Schiphol à 478 000, estimant que cette limitation n’était pas suffisamment motivée juridiquement.  La cour a cependant validé le principe de réduire les vols de nuit, qui reste un levier central pour diminuer les nuisances sonores autour de Schiphol, en parallèle de la politique de différenciation tarifaire en faveur des avions « silencieux ».

Le gouvernement travaille désormais à un nouveau cadre réglementaire (Airport Traffic Decree) qui doit articuler limites de bruit, plafond de mouvements et utilisation d’avions moins bruyants, tout en étant compatible avec le droit européen et les traités internationaux. Dans ce contexte, Lelystad est pensé comme un outil de délestage pour les vols loisirs transférables, mais la trajectoire exacte du plafond annuel à Schiphol (500 000, 478 000 ou autre) reste en pratique dépendante des compromis politiques et des futures décisions de justice.

Amsterdam-Schiphol : investissements record et virage vers une aviation plus silencieuse 1 Air Journal

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