L’aéroport d’Amsterdam-Schiphol tire la sonnette d’alarme après l’entrée en régime de croisière du système européen d’entrée/sortie (EES). Les voyageurs munis de passeports hors Union européenne attendent désormais en moyenne entre une et deux heures à l’arrivée pour franchir le contrôle frontalier. Une situation que la plateforme néerlandaise juge « inacceptable », sur fond de difficultés observées dans plusieurs grands hubs européens.
À Amsterdam-Schiphol, le parcours d’arrivée se grippe. L’aéroport indique que les passagers en provenance de pays tiers, soumis au nouveau contrôle numérique aux frontières extérieures de l’espace Schengen, doivent actuellement patienter entre une et deux heures avant de passer l’immigration. Le constat est plus préoccupant encore dans un aéroport de correspondance : une arrivée tardive au contrôle passeport peut compromettre l’expérience globale du voyageur, même lorsque le vol s’est déroulé à l’heure. « Les temps d’attente actuels ne correspondent pas à l’accueil que nous voulons réserver aux voyageurs arrivant aux Pays-Bas », a fait savoir Schiphol, cité par NL Times. La plateforme précise toutefois que le contrôle aux frontières et le déploiement opérationnel de l’EES relèvent de la Koninklijke Marechaussee — la gendarmerie royale néerlandaise — et du ministère de la Défense.
EES : empreintes, photo et enregistrement numérique
Déployé progressivement depuis octobre 2025, puis rendu pleinement opérationnel le 10 avril 2026, l’Entry/Exit System remplace le tampon manuel sur le passeport par un enregistrement numérique des entrées et sorties. Il s’applique aux ressortissants de pays tiers effectuant de courts séjours dans les 29 pays utilisant l’EES.
Lors du premier passage, le voyageur concerné doit généralement fournir les données de son document de voyage, une image faciale et ses empreintes digitales. Le système est conçu pour centraliser l’historique des franchissements de frontières, calculer automatiquement la durée de séjour autorisée — 90 jours sur toute période de 180 jours pour les voyageurs concernés — et mieux détecter les dépassements de séjour ou les fraudes à l’identité.
Sur le papier, la promesse est double : renforcer le contrôle des frontières extérieures de Schengen et, à terme, fluidifier le traitement grâce à la réutilisation des données biométriques. Dans les terminaux, la période de transition a toutefois révélé la fragilité de cette équation. Bornes défaillantes, difficultés d’enrôlement biométrique, besoin d’assistance accru et effectifs insuffisants ont alourdi les processus, notamment aux heures de pointe.
Les hubs d’Amsterdam, Francfort et Munich touchés
Schiphol n’est pas un cas isolé. Les files d’attente ont fortement progressé dans plusieurs grands aéroports européens depuis la généralisation de l’EES. À Amsterdam, le temps d’attente maximal aurait augmenté de 80 à 120 minutes en un an ; à Francfort, l’attente moyenne a atteint 120 minutes en juillet, contre 60 minutes à la même période de l’année précédente. Munich a également connu une hausse, avec des pointes de 60 minutes, contre 31 minutes auparavant.
L’enjeu est particulièrement sensible pour les plateformes intercontinentales. À l’inverse d’un aéroport principalement point-à-point, Schiphol concentre des flux importants de voyageurs long-courriers et de correspondance. Même si l’aéroport souligne que les difficultés se concentrent davantage sur les arrivées que sur les départs, les retards au contrôle frontalier altèrent la qualité de service perçue à l’échelle du hub. Le groupe Air France-KLM est donc concerné au premier chef : Schiphol est la base de KLM et l’une des grandes portes d’entrée européennes pour les passagers en provenance d’Amérique du Nord, d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient.
Une soupape temporaire jusqu’au 6 septembre
Face au risque d’engorgement, l’Union européenne a autorisé les États membres à suspendre temporairement la collecte ou la vérification biométrique dans certaines situations exceptionnelles. Cette faculté permet de réduire la durée du contrôle lorsque les files deviennent excessives, tout en conservant l’enregistrement numérique des entrées et sorties. Cette dérogation est toutefois, à ce stade, limitée au 6 septembre 2026. Elle peut être utilisée pendant six heures à la fois, mais ne permet pas d’interrompre l’enregistrement numérique de tous les mouvements frontaliers.
Les Pays-Bas, accompagnés notamment de la Belgique, de la France, de l’Allemagne, de la Grèce, de l’Italie, de Malte, du Portugal et de la Suisse, demandent que cette souplesse soit prolongée. La Commission européenne dit être en contact avec les États confrontés à des difficultés, sans avoir officiellement tranché sur une prolongation du dispositif. « En ce qui concerne la période après l’été, nous sommes en contact étroit et constructif avec les quelques États membres confrontés à des difficultés à certains points de passage », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne.
L’aéroport néerlandais a mis en place des personnels supplémentaires afin d’orienter les passagers, de répondre à leurs questions et d’apporter une assistance dans les files. Mais Schiphol réclame surtout davantage de ressources publiques au contrôle frontalier et des outils plus performants.

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