L’État et le Groupe ADP ont trouvé un accord sur le futur contrat de régulation économique (CRE) des aéroports parisiens pour 2027-2034. Le texte, encore soumis à plusieurs étapes réglementaires, prévoit 8,2 milliards d’euros d’investissements régulés, une hausse tarifaire encadrée et un taux de rémunération des capitaux de 5,8% en moyenne, dans un contexte où le groupe navigue aussi dans un environnement géopolitique et opérationnel plus incertain.

Un cadre pluriannuel pour Paris

Le compromis annoncé le 29 juillet constitue une étape décisive après plusieurs mois de négociations entre ADP, les services du ministère chargé de l’aviation civile, les compagnies aériennes et l’Autorité de régulation des transports (ART). Il vise à donner de la visibilité à un exploitant qui gère Paris-Charles de Gaulle, Paris-Orly et Le Bourget, tout en encadrant l’évolution des redevances payées par les transporteurs.

Dans son avis du 9 avril, l’ART avait salué le principe d’un cadre pluriannuel, tout en pointant des fragilités sur l’allocation des actifs, des produits et des charges, ainsi que sur les incitations à la performance et le partage du risque. L’Autorité soulignait aussi que le précédent dossier n’intégrait pas pleinement les principes qu’elle avait fixés après les refus d’homologation tarifaire de fin 2025 et début 2026.

8,2 milliards d’euros d’investissements

Le projet conjoint confirme un programme industriel présenté comme le plus ambitieux jamais engagé à Paris. Sur huit ans, ADP prévoit 8,2 milliards d’euros d’investissements régulés, contre 8,4 milliards dans sa proposition initiale de décembre 2025, avec un séquencement en trois phases : fluidification du parcours passager jusqu’en 2030, densification des infrastructures existantes entre 2030 et 2032, puis développement de nouvelles capacités et de l’intermodalité jusqu’en 2034.

Parmi les chantiers cités figurent de nouvelles capacités de traitement aux frontières à CDG et Orly, le développement du satellite Est de Roissy raccordé au réseau LISA, l’amélioration des installations bagages, un nouveau train de correspondance à CDG, ainsi que des capacités d’embarquement accrues à Orly. Le groupe met en avant une logique d’optimisation des infrastructures existantes avant toute extension plus lourde.

Tarifs, trafic et rendement

Sur le plan économique, le projet retient une hausse moyenne des redevances plafonnée à +2,1 points au-dessus de l’inflation harmonisée sur la période, avec une progression plus forte au début du contrat puis un ralentissement ensuite. ADP et l’État visent un coût moyen pondéré du capital régulé de 5,8%, soit le haut de la fourchette évoquée par l’ART dans son avis, actualisée depuis avril en raison notamment de la remontée des taux sans risque.

Autre ajustement notable : l’hypothèse de trafic à Paris est relevée à 1,9% par an en moyenne sur 2026-2034, contre 1,6% auparavant. Le groupe dit avoir revu ses clés d’allocation entre activités régulées et non régulées, ce qui déplace environ 50 millions d’euros de charges et 64 millions d’euros de base d’actifs vers le périmètre non régulé.

Des finances sous pression mais préservées

Ces annonces interviennent alors que le groupe a publié des résultats semestriels résilients mais une guidance 2026 légèrement abaissée. Le chiffre d’affaires atteint 3,215 milliards d’euros au premier semestre, en hausse de 1,6%, tandis que le résultat net part du groupe triple à 312 millions d’euros, aidé par la cession partielle de GMR Airports.

En parallèle, ADP anticipe désormais une croissance du trafic à Paris Aéroport d’environ 0,5% en 2026, contre 1,5% à 2,5% auparavant, sur fond de tensions persistantes au Moyen-Orient et d’un environnement plus hésitant pour les compagnies. Le groupe a lancé des mesures d’économies de coûts estimées entre 40 et 60 millions d’euros, de façon à préserver un EBITDA courant compris entre 2,3 et 2,35 milliards d’euros.

Un enjeu de régulation, pas seulement industriel

L’enjeu dépasse la seule modernisation des terminaux : il touche au modèle de financement des aéroports franciliens, au niveau des redevances acquittées par les compagnies et à la capacité d’ADP à maintenir sa politique de dividende et sa notation de crédit. Philippe Pascal résume l’objectif dans le communiqué : « L’accord trouvé entre l’État et le Groupe ADP constitue une étape majeure vers la mise en place du futur contrat de régulation économique des aéroports parisiens. »

Le calendrier reste néanmoins contraint. Une nouvelle consultation des compagnies aériennes doit se tenir en septembre, avant la saisine de l’ART pour avis conforme, attendue d’ici fin novembre. Si tout se déroule comme prévu, le CRE 2027-2034 pourrait être signé avant la fin de l’année pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2027.

« L’accord trouvé entre l’État et le Groupe ADP constitue une étape majeure vers la mise en place du futur contrat de régulation économique des aéroports parisiens », a déclaré Philippe Pascal, président-directeur général du Groupe ADP.

L’État et le Groupe ADP s’accordent sur un projet de contrat de régulation économique 2027-2034, avec un investissement de 8,2 milliards d’euros 1 Air Journal

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