Le constructeur franco-italien ATR estime que 209 liaisons intérieures aujourd’hui non desservies pourraient être exploitées de manière économiquement viable en Indonésie par des turbopropulseurs régionaux. Le potentiel représente environ 16 millions de passagers annuels, dans un archipel où l’infrastructure aéroportuaire existe souvent déjà mais demeure largement sous-utilisée.
ATR identifie 209 routes domestiques viables
L’Indonésie compte déjà un vaste maillage aéroportuaire, mais une part notable de ses infrastructures reste sans trafic commercial régulier. ATR avance que 70 des quelque 180 aéroports du pays dotés de pistes revêtues ne reçoivent actuellement aucun service passager programmé. Pour le constructeur, la priorité n’est donc pas nécessairement de bâtir de nouvelles plateformes, mais de relier plus efficacement des villes déjà équipées.
L’étude du fabricant identifie 209 paires de villes qui pourraient être desservies de façon rentable par des avions régionaux à turbopropulseurs. ATR évalue le réservoir de trafic correspondant à environ 16 millions de passagers annuels. Ce chiffrage ne constitue pas une prévision de trafic immédiatement capturable par une compagnie : il s’agit d’une estimation de marché élaborée par le constructeur, dont la concrétisation dépendrait notamment des tarifs, de la fréquence, de la concurrence des transports terrestres et maritimes, ainsi que de la disponibilité des appareils et des équipages. « La demande est là, tout comme l’infrastructure aéroportuaire. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est du bon avion », déclare Alexis Vidal, Senior Vice-President Commercial d’ATR, cité par le constructeur.
MobilityMonitor, 780 millions de trajets analysés
Pour étayer son analyse, ATR s’appuie sur MobilityMonitor, sa plateforme de données de mobilité. L’outil a étudié les habitudes de déplacement de 35 millions de résidents indonésiens, échantillon que l’avionneur présente comme représentatif de la population nationale. Ces voyageurs ont effectué environ 780 millions de déplacements interurbains sur une année, tous modes confondus : automobile, deux-roues, bus, train, ferry et avion.
Près de 90% de ces déplacements se situeraient entre 100 et 800 kilomètres, une tranche de distance particulièrement adaptée au transport aérien régional. ATR a croisé les flux de mobilité les plus fréquents avec le réseau aéroportuaire existant, puis a extrapolé les données de son échantillon afin d’estimer le volume de passagers potentiel pour chaque liaison.
La lecture doit toutefois rester prudente : passer d’un déplacement observé en voiture ou par ferry à un voyage aérien suppose qu’un vol direct soit suffisamment attractif en temps, en prix et en fréquence. Mais dans certaines régions où l’alternative terrestre est lente ou discontinue, l’écart de temps de parcours peut rendre l’offre aérienne particulièrement pertinente.
Une opportunité concentrée hors de Java
Le potentiel identifié par ATR se situe très majoritairement hors de Java, l’île la plus peuplée et la mieux équipée du pays. Selon l’étude, 90% des liaisons envisagées concernent Sumatra, Sulawesi, Kalimantan, la Papouasie et les Moluques. Surtout, 88% de ces routes potentielles, représentant environ 14 millions de passagers annuels, seraient des liaisons intra-insulaires plutôt que des vols entre les îles.
Cette géographie rappelle que le transport aérien régional ne se limite pas aux traversées maritimes de l’archipel. Sur les grandes îles indonésiennes, les reliefs, les réseaux routiers incomplets et les longues distances entre centres urbains peuvent rendre la mobilité terrestre particulièrement contraignante. ATR souligne ainsi le contraste entre Java, qui ne représente qu’une petite partie de la superficie indonésienne mais concentre une forte part des infrastructures de transport, et les îles périphériques. Hors de Java, les vitesses moyennes des déplacements terrestres s’établiraient entre 26 et 37 km/h, contre environ 65 km/h dans l’île la plus équipée.
L’exemple avancé par l’avionneur est la relation Bengkulu–Pekanbaru, à Sumatra. Le trajet par la route peut dépasser 18 heures, alors qu’une liaison directe réduirait le voyage à environ une heure de vol. ATR estime que ce marché pourrait soutenir deux rotations quotidiennes.
Le turbopropulseur, une réponse technique et économique
L’enjeu n’est pas seulement commercial. Dans un pays de plus de 17 000 îles, une desserte aérienne régulière peut améliorer l’accès aux soins, à l’éducation, aux administrations et aux marchés économiques. « En reliant les communautés de l’archipel par des services aériens régionaux, cela contribuera à stimuler la croissance économique, à améliorer l’accès aux services essentiels et à créer davantage d’opportunités », affirme Alexis Vidal.
L’État indonésien finance déjà des liaisons dites pionnières afin de connecter les zones éloignées, frontalières ou insuffisamment desservies. Le gouvernement a notamment prévu 500,1 milliards de roupies indonésiennes pour 220 routes passagers pionnières et 40 routes cargo, ce qui illustre le rôle public accordé à l’aviation dans la continuité territoriale.

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