Le groupe de maintenance aéronautique HAECO et le loueur China Aircraft Leasing Group (CALC) ont signé un protocole d’accord pour étudier la création, à Hong Kong, d’une plateforme de soutien au cycle de vie des moteurs. Le projet vise en premier lieu les opérations de remise en service rapide, les réparations intermédiaires dites « hospital repairs », la gestion d’actifs moteurs et, à terme, une meilleure utilisation des pièces d’occasion certifiées.

Hong Kong entend ne pas seulement faire décoller et atterrir les avions : la place asiatique veut aussi capter une part plus importante de leur maintenance, et notamment de l’activité très stratégique liée aux moteurs. HAECO et China Aircraft Leasing Group Holdings (CALC) ont annoncé, le 20 août, la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) destiné à établir un cadre de coopération pour développer une plateforme de soutien au cycle de vie des moteurs dans la Région administrative spéciale. L’accord ne vaut pas encore création formelle d’une coentreprise ni lancement d’un atelier pleinement opérationnel. Il engage toutefois les deux groupes basés à Hong Kong à étudier une offre de services moteurs à forte valeur ajoutée, au croisement de la maintenance aéronautique, du leasing et de la gestion d’actifs.

Une offre centrée sur le « quick-turn »

Le périmètre initial porte sur des prestations de quick-turn, ou remise en service rapide. Dans le secteur des moteurs, ce type d’intervention vise à réduire le temps d’immobilisation d’un moteur retiré de l’aile : inspection, diagnostic, remplacement ciblé de composants, réparation localisée et retour au service, sans engager nécessairement une visite d’atelier complète.

Le protocole prévoit également de développer les hospital repairs, expression désignant des réparations substantielles réalisées sur un moteur, mais dont l’ampleur reste inférieure à une révision générale (shop visit). Ces interventions peuvent répondre à une dégradation de performances, à des anomalies détectées en exploitation ou à la nécessité de remplacer des pièces limitées en durée de vie.

Enfin, HAECO et CALC souhaitent coopérer dans la gestion d’actifs moteurs : suivi de la valeur des actifs, planification des travaux, optimisation des disponibilités et arbitrage entre réparation, échange, démontage ou revente. Une activité particulièrement sensible pour les loueurs, dont la rentabilité dépend de l’utilisation des appareils mais aussi de la valeur résiduelle de leurs cellules et de leurs moteurs.

« Le moment de ce partenariat est significatif. Il rassemble deux entreprises de Hong Kong partageant l’ambition de soutenir la croissance future du secteur et de renforcer la position de Hong Kong dans la chaîne de valeur aéronautique mondiale », a déclaré Richard Sell, directeur général de HAECO Group, dans le communiqué du groupe.

Les pièces USM, un enjeu de coûts et de disponibilité

La coopération doit aussi porter sur l’optimisation des USM (used serviceable material), c’est-à-dire des pièces d’occasion en état de navigabilité, prélevées notamment sur des avions ou des moteurs démantelés puis inspectées, documentées et certifiées avant réemploi. L’intérêt est double. Pour les opérateurs et les ateliers, ces pièces peuvent limiter les délais d’approvisionnement lorsque les éléments neufs sont rares ou coûteux. Pour un bailleur disposant d’un portefeuille d’actifs, elles constituent aussi un moyen de prolonger et de mieux valoriser la vie économique des moteurs et des avions en fin d’exploitation. HAECO et CALC présentent cette orientation comme un levier d’amélioration de la résilience de la chaîne logistique aéronautique.

Cette logique rapproche CALC d’autres acteurs du leasing ayant investi dans les services moteurs et l’après-vente. que FTAI Aviation et Willis Lease Finance figurent déjà parmi les loueurs actifs sur ces segments, tandis que CALC possède une expérience dans le recyclage et les services après-vente via China Aviation Aftermarket, société associée établie à Harbin. « Nous sommes ravis de nous associer à HAECO afin de faire progresser les services aéronautiques à forte valeur ajoutée à Hong Kong et dans la région, d’améliorer l’utilisation des actifs aéronautiques et d’ouvrir de nouvelles opportunités sur l’ensemble de la chaîne de valeur », a déclaré Mike Poon, directeur général de CALC.

La complémentarité d’un MRO et d’un loueur

HAECO apporte au projet son savoir-faire de MRO (maintenance, repair and overhaul), ses capacités d’ingénierie et ses implantations internationales. Le groupe indique compter 14 sociétés opérationnelles et environ 15 000 employés répartis entre Hong Kong, la Chine continentale, l’Europe et les Amériques. Son portefeuille couvre notamment la maintenance des cellules, des équipements, des trains d’atterrissage, des aérostructures et des moteurs.

CALC, coté à la Bourse de Hong Kong depuis 2014, intervient pour sa part sur l’ensemble du cycle de vie des avions : location, trading de portefeuilles, maintenance, démantèlement et gestion d’actifs. Le loueur apporte donc au projet une clientèle potentielle, une connaissance de la valeur des actifs et une capacité à organiser commercialement les flux de moteurs et de pièces.

Hong Kong cherche à élargir son rôle aéronautique

La signature a été observée par des représentants du gouvernement de Hong Kong, de l’Airport Authority Hong Kong, de la Civil Aviation Department, de COMAC, de Swire et de China Everbright Group. La présence de ces acteurs souligne la dimension industrielle et politique du dossier, au-delà de la seule coopération entre deux entreprises.

Les autorités hongkongaises voient dans cette initiative un instrument pour consolider le statut du territoire comme hub aérien international, non seulement sur le trafic passagers et fret, mais aussi dans les services aéronautiques à forte valeur ajoutée. La secrétaire aux Transports et à la Logistique, Mable Chan, a qualifié l’accord d’« alliance puissante entre deux poids lourds de l’industrie », estimant qu’il illustre le potentiel des complémentarités entre Hong Kong et la Chine continentale.

HAECO a par ailleurs annoncé en juillet l’extension de ses capacités de maintenance moteurs à Hong Kong par l’ouverture d’un nouvel atelier, ainsi qu’un accord de niveau « Elite » avec Woodward pour soutenir la flotte mondiale équipée de moteurs CFM International LEAP. Ces développements donnent un contexte concret au MoU avec CALC : Hong Kong cherche à renforcer progressivement son infrastructure de maintenance moteurs alors que les besoins de réparation, de disponibilité d’actifs et de pièces alternatives restent élevés dans la région Asie-Pacifique.

Hong Kong : HAECO et CALC misent sur la maintenance et les pièces moteur d’occasion 1 Air Journal

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