L’aéroport de Londres-Gatwick a enregistré une hausse de ses revenus et de son résultat opérationnel au premier semestre 2026, malgré un recul de 4,7% du trafic passagers, pénalisé notamment par le conflit au Moyen-Orient. Fort de nouvelles compagnies et de l’autorisation définitive de mettre en service sa piste nord, le deuxième aéroport britannique veut désormais concrétiser son ambitieux plan d’expansion.
Gatwick résiste à la baisse du trafic et prépare son changement d’échelle
Londres-Gatwick a réalisé 515,2 millions de livres sterling (près de 600 millions d’euros) de chiffre d’affaires entre janvier et juin 2026, soit une hausse de 4,8% sur un an. Son EBITDA — résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements — a progressé de 5,5%, à 276,5 millions de livres. Une performance qui contraste avec l’évolution du trafic : l’aéroport a accueilli 19,1 millions de voyageurs, contre près de 20 millions un an plus tôt.
La plateforme, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Londres, attribue ce repli à la guerre au Moyen-Orient, qui a pesé sur certaines liaisons long-courriers, ainsi qu’à des réductions de capacités opérées par plusieurs compagnies à bas coûts. Selon Aviation Week, le trafic sur les routes du Moyen-Orient a chuté de 34% et le trafic long-courrier total de 9,2% durant la période.
Neuf nouvelles compagnies en 2026
Le ralentissement du trafic n’empêche pas Gatwick de renforcer son offre aérienne. L’aéroport dessert désormais 231 destinations avec plus de 60 transporteurs. Sept nouvelles compagnies ont lancé des vols au premier semestre, parmi lesquelles Jet2, Air France, Condor et Eurowings. Deux autres, Air Zimbabwe et Air Arabia, ont ensuite fait leur entrée sur la plateforme au second semestre.
Cette diversification est stratégique pour un aéroport historiquement très dépendant des marchés loisirs européens et des transporteurs low cost, au premier rang desquels easyJet. Elle lui permet aussi de mieux capter les flux internationaux depuis Londres et le sud-est de l’Angleterre, dans un contexte où la concurrence entre Heathrow, Stansted, Luton et Gatwick reste particulièrement vive.
Pierre-Hugues Schmit, directeur général de Londres-Gatwick, souligne que, « malgré un contexte géopolitique et économique difficile, Londres-Gatwick a continué à bien performer, à développer son réseau et à offrir un service de niveau mondial aux passagers ».
La piste nord autorisée, les travaux se précisent
L’élément le plus structurant se situe toutefois au sol. Le 4 août, la Cour d’appel britannique a rejeté le dernier recours contre le projet de Northern Runway, mettant fin à huit années de procédures administratives et judiciaires. Le gouvernement britannique avait donné son feu vert au projet en septembre 2025 ; la Haute Cour avait ensuite confirmé cette décision en juin 2026.
Le projet, estimé à 2,2 milliards de livres et financé sans fonds publics selon Gatwick, consiste notamment à décaler de 12 mètres la piste nord aujourd’hui utilisée comme piste de secours, afin de permettre son exploitation régulière en parallèle de la piste principale. Les premiers vols sont envisagés à partir de 2030. Le gouvernement britannique estime que l’extension pourrait ajouter jusqu’à 100 000 mouvements annuels et environ 13 millions de passagers supplémentaires, tout en créant 14 000 emplois et en générant un milliard de livres de retombées économiques annuelles. Ces prévisions restent toutefois conditionnées au respect d’exigences en matière de bruit, de qualité de l’air et d’émissions carbone.
Investissements et efficacité opérationnelle
En attendant la seconde piste opérationnelle, Gatwick poursuit un programme d’investissement de 1,9 milliard de livres. L’extension ouest de la jetée 6, évaluée à 140 millions de livres, doit être achevée début 2027 et apporter huit postes au contact supplémentaires, limitant le recours aux embarquements par bus.
L’aéroport met également en avant sa performance quotidienne : 95% des passagers ont franchi les contrôles de sûreté en cinq minutes ou moins au premier semestre, et 99% des indicateurs contractuels de qualité de service ont été atteints. Gatwick développe en parallèle le système Smart Stand, conçu avec easyJet et DHL, qui recourt à l’intelligence artificielle pour améliorer les rotations et l’utilisation des postes de stationnement avions.
Pour Gatwick, la croissance financière de ce début d’année ne masque donc pas les fragilités du trafic international. Mais elle consolide les moyens nécessaires à une transformation dont l’enjeu dépasse largement l’aéroport : faire évoluer, à l’horizon 2030, l’un des aéroports à piste unique les plus sollicités d’Europe vers une plateforme à double piste pleinement opérationnelle.

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