L’Aviation civile de Madagascar (ACM) traverse une crise à deux dimensions. Devant son siège de Tsimbazaza, à Antananarivo, des employés affiliés au syndicat FISEMARE réclament le règlement de rappels de salaires et une indemnité de logement. Dans le même temps, le Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO) enquête sur des recrutements intervenus depuis 2023, dans un dossier étayé par les observations de la Cour des comptes.
À Tsimbazaza, des revendications salariales
Le mouvement dure depuis plusieurs jours devant le siège de l’ACM. Une quarantaine de salariés mobilisés demandent le versement effectif du rappel correspondant à une revalorisation salariale de 14%, ainsi que l’instauration d’une indemnité de logement. Les grévistes dénoncent également un climat social dégradé et évoquent des pressions de la nouvelle direction. Selon les informations rapportées par RFI et confirmées par la presse malgache, la direction de l’ACM indique toutefois avoir engagé des discussions avec les représentants du personnel afin de rechercher une issue aux revendications sociales.
Pour une autorité chargée de la régulation du transport aérien, la continuité du dialogue social revêt une importance particulière. L’ACM intervient notamment dans l’encadrement administratif et réglementaire du secteur aérien malgache, au moment où le pays cherche à renforcer la crédibilité de ses institutions aéronautiques.
Le BIANCO enquête sur les recrutements depuis 2023
Le conflit social se déroule sur fond d’investigations anticorruption. Le BIANCO examine les conditions de recrutement de personnels, principalement administratifs, entrés à l’ACM depuis 2023. Près d’une quarantaine d’agents auraient déjà été convoqués et entendus par les enquêteurs, notamment sur leurs diplômes et sur les procédures ayant conduit à leur embauche.
À ce stade, il ne s’agit que d’investigations : les auditions ne préjugent ni de l’existence d’infractions, ni de responsabilités individuelles. La direction de l’ACM affirme ne pas vouloir interférer dans la procédure et dit attendre les conclusions du BIANCO. « L’enquête du BIANCO doit suivre son cours », résume Midi Madagasikara, rapportant la position de l’établissement.
Cour des comptes : 107 recrutements hors procédure
Les soupçons s’appuient également sur un rapport de la Cour des comptes daté de mars 2026 et consulté par RFI. Sur 213 agents recrutés depuis 2023, 107 l’auraient été en dehors des procédures prévues. En outre, 21% des dossiers examinés ne satisfaisaient pas aux critères requis de diplôme ou d’expérience. La juridiction financière y décrit un système de recrutement « sensible au népotisme et à la corruption ».
Ces constatations ne valent pas condamnation des personnes concernées, mais elles mettent en lumière les fragilités de gouvernance auxquelles l’ACM doit répondre. La nouvelle direction a engagé un processus d’« assainissement » de la gestion, tandis que les salariés demandent que le traitement du dossier judiciaire soit clairement dissocié de leurs droits sociaux.
Un enjeu de gouvernance aérienne
Au-delà du bras de fer interne, l’affaire touche à la qualité de la gouvernance d’une autorité essentielle à l’écosystème aérien malgache. Les recrutements visés concernent surtout des fonctions administratives, selon RFI ; aucun élément disponible ne permet donc d’établir un lien direct avec les opérations aériennes ou la sécurité des vols.

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