Ryanair propose d’investir 1,6 milliard de dollars dans les pays baltes sur cinq ans, avec l’objectif de doubler son trafic en Estonie, en Lettonie et en Lituanie. La low cost irlandaise conditionne toutefois ce plan à une baisse des redevances aéroportuaires et à la suppression des taxes sur l’aviation.

L’annonce intervient alors qu’airBaltic, transporteur historique de la région, a demandé une protection contre ses créanciers et prévoit de réduire sa flotte. Ryanair entend ainsi se positionner pour capter une part de la demande laissée vacante par sa concurrente lettonne.

Un plan sur cinq ans
Le projet présenté par Ryanair prévoit le déploiement de 16 avions basés dans les trois pays baltes d’ici à 2031, contre sept actuellement. La low cost irlandaise promet également 11 millions de sièges annuels et « des milliers d’emplois » directs ou indirects dans la région. Elle affirme pouvoir doubler son trafic en Estonie, Lettonie et Lituanie, chiffrant cet effort à quelque 1,6 milliard de dollars, soit environ 1,47 milliard d’euros. Le plan ne précise cependant ni la répartition des avions entre les trois pays, ni les nouvelles lignes, ni le calendrier de mise en service.

Ryanair présente cette offre comme une réponse aux difficultés d’airBaltic. La compagnie aérienne lettone, dont l’État est le principal actionnaire, a engagé une procédure de protection contre ses créanciers aux États-Unis et envisage de réduire sa flotte de 54 à 36 appareils. « Notre proposition de croissance est encore plus importante après l’annonce d’airBaltic de réduire sa flotte d’un tiers », souligne Ryanair dans son communiqué, sans hésiter à traiter sa concurrente lettonne de « compagnie zombie » subventionnée par l’argent du contribuable.

Pays baltes : Ryanair propose de doubler son trafic si les redevances aéroportuaires baissent 1 Air Journal

Des conditions très claires
La promesse d’investissement est assortie de conditions : Ryanair demande aux gouvernements estonien, letton et lituanien « d’abolir les taxes sur l’aviation et de réduire les frais aéroportuaires excessifs ». Elle critique particulièrement l’évolution des coûts d’accès aux aéroports de Tallinn et de Vilnius. Selon elle, les redevances de l’aéroport estonien ont progressé de 70% en 2025, tandis que celles de Vilnius ont augmenté de plus de 30% depuis 2023.

En Lettonie, Ryanair annonce une hausse de 6% de sa capacité à Riga pour l’hiver 2026, avec 40 000 sièges supplémentaires, deux avions basés et 16 lignes maintenues. Cette croissance intervient après la mise en place par l’aéroport de Riga d’un mécanisme tarifaire incitatif destiné aux compagnies qui développent leur offre. « Riga est le seul pays balte à obtenir une croissance de Ryanair cet hiver », indique la low cost, attribuant cette évolution à la baisse des coûts aéroportuaires.

À l’inverse, Ryanair prévoit de réduire de 25% sa capacité hivernale en Estonie et en Lituanie. Quelque 550 000 sièges doivent être supprimés, puis redéployés vers des marchés jugés plus compétitifs, notamment la Slovaquie, la Pologne, l’Italie et la Suède, des pays qui ont gelé ou réduit leurs taxes aériennes.

Une stratégie de pression connue
Cette méthode fait partie de la stratégie habituelle de Ryanair, qui négocie régulièrement avec les aéroports et les pouvoirs publics pour obtenir des baisses de taxes, des redevances réduites ou des dispositifs d’aide à la croissance. La low cost met en parallèle la promesse de nouvelles lignes, d’avions basés et de création d’emplois, avec la menace de réduire ses capacités lorsque les coûts augmentent.

Pour exemple, Ryanair a déjà utilisé cet argument en Belgique : elle a annoncé durant l’été le retrait de cinq avions basés à Charleroi après la hausse de la taxe d’embarquement. Le dossier balte illustre cette logique : la croissance proposée ne constitue pas un engagement ferme, mais une offre conditionnelle. Elle dépendra de décisions tarifaires et fiscales à venir dans les trois États baltes.

Michael O’Leary présente ses excuses
Dans un autre registre, Michael O’Leary, directeur général de Ryanair, a présenté ses excuses après avoir qualifié les compagnies concurrentes pratiquant des tarifs élevés de « violeurs aux tarifs élevés » lors d’une conférence de presse organisée à Dublin. Dans une vidéo publiée le 18 septembre, le patron de la low cost irlandaise a reconnu le caractère inapproprié de ses propos et a présenté ses excuses aux victimes et survivantes de violences sexuelles.

« Je souhaite présenter mes excuses les plus sincères et sans réserve à ces personnes, en particulier aux survivantes », a déclaré Michael O’Leary. « J’ai compris que le mot que j’ai utilisé avec autant de désinvolture a causé beaucoup de trouble et d’offense, en particulier aux victimes et survivantes », a-t-il ajouté, assurant que cela « ne se reproduira pas ».

Le dirigeant avait d’abord défendu son vocabulaire et refusé de s’excuser, malgré les critiques du Dublin Rape Crisis Centre, une association d’aide aux victimes de violences sexuelles. Cette polémique survient alors que Ryanair maintient une communication volontiers offensive face à ses concurrents et aux autorités publiques. Sur les pays baltes, la compagnie utilise le même registre de pression, en opposant la baisse des coûts d’accès et des perspectives d’expansion à des réductions immédiates de capacité dans les marchés qu’elle estime trop chers.

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