Le bilan des accidents aériens liés à l’Union européenne s’est alourdi en 2025, avec 116 personnes tuées, contre 91 un an plus tôt. Mais derrière cette hausse brute, les statistiques d’Eurostat dessinent une réalité essentielle : l’aviation commerciale régulière reste très peu exposée, tandis que l’aviation générale, privée et d’affaires concentre l’immense majorité des victimes. La France est le pays européen comptant le plus grand nombre de décès dans les accidents non commerciaux sur son territoire ou dans son espace aérien.

Sécurité aérienne : 116 morts en 2025, en hausse sur un an

L’Union européenne a recensé 116 décès dans des accidents aériens survenus en 2025 impliquant des aéronefs immatriculés dans l’UE et/ou enregistrés sur son territoire, selon les données publiées par Eurostat. Ce total est supérieur de 25 victimes à celui de 2024, qui s’établissait à 91 morts. Depuis 2021, le cumul atteint 638 décès dans le périmètre statistique retenu par l’organisme européen.

Ce résultat doit toutefois être lu avec prudence. Les séries annuelles sont structurellement sensibles à quelques accidents isolés, notamment lorsque ceux-ci impliquent des avions d’affaires ou des appareils exploités dans le cadre de l’aviation générale. Une seule catastrophe à forte mortalité peut modifier fortement l’image d’une année, sans traduire nécessairement une dégradation généralisée de la sécurité.

Eurostat précise ainsi que ses chiffres couvrent les accidents survenus dans l’Union européenne avec des aéronefs immatriculés dans l’UE. Ce périmètre statistique ne correspond donc pas exactement à celui de l’ensemble des accidents survenant dans le monde avec des opérateurs européens, ni à celui des seuls vols commerciaux réguliers.

L’aviation privée et d’affaires concentre 94% des victimes

Le constat principal est sans ambiguïté : 109 des 116 personnes tuées en 2025, soit 94% du total, ont péri dans des opérations non commerciales. Cette catégorie recouvre notamment les vols privés et d’affaires, les vols de démonstration, l’instruction et l’entraînement, ainsi que les convoyages et repositionnements d’appareils. Les accidents d’aviation commerciale n’ont représenté que quatre décès, soit 3,4% du bilan. Trois personnes sont par ailleurs mortes lors d’opérations aériennes spécialisées, une catégorie qui inclut notamment l’épandage agricole, la photographie aérienne, certaines missions d’inspection ou de publicité aérienne.

Cette distribution rappelle une donnée fondamentale de la sécurité aérienne : le transport public de passagers, soumis à des règles d’exploitation, de formation, de maintenance et de supervision particulièrement structurées, ne doit pas être confondu avec l’ensemble de l’activité aérienne. Les risques, les profils de mission et les environnements d’exploitation diffèrent fortement entre un vol de ligne, un vol VFR de loisir, un entraînement, une opération de travail aérien ou un déplacement en jet d’affaires.

Le précédent le plus marquant reste 2015 : cette année-là, les opérations commerciales avaient concentré la majorité des victimes dans les statistiques européennes, conséquence directe du crash volontaire du vol Germanwings 9525 dans les Alpes françaises, qui avait fait 150 morts. L’exemple illustre la prudence nécessaire dans l’interprétation des comparaisons annuelles.

Avions, hélicoptères et planeurs : des profils d’accidents distincts

Les aéronefs à voilure fixe motorisés — avions légers, avions d’affaires et autres avions — concentrent la plus grande part des décès : 79 personnes ont été tuées dans des accidents de ce type en 2025. Les hélicoptères et les planeurs ont chacun été associés à 18 morts, tandis qu’un accident de ballon a causé un décès. Aucun accident mortel n’a impliqué de système d’aéronef sans équipage à bord, ou drone, dans cette série statistique.

La ventilation des blessés va dans le même sens. Eurostat fait état de 143 personnes blessées en 2025, contre 215 en 2024, soit une baisse notable malgré la hausse du nombre de morts. Les accidents d’avion ont causé 93 blessés, devant les ballons, avec 19 blessés, les planeurs, avec 17, et les hélicoptères, avec 12. Deux blessures ont été rapportées dans des opérations impliquant des aéronefs sans équipage ; 32 blessés l’ont été dans le cadre de vols commerciaux.

L’écart entre la baisse des blessés et la hausse des décès montre, là encore, les limites d’une lecture purement quantitative : la gravité des conséquences dépend de la nature des événements, de la capacité des appareils, des conditions d’impact et du type d’opération concerné.

France : 28 morts dans l’aviation non commerciale

Dans les accidents non commerciaux survenus dans l’Union européenne en 2025, la France arrive en tête des pays ayant enregistré le plus de décès, avec 28 victimes, selon les données reprises dans l’analyse annuelle. Elle est suivie par l’Allemagne, avec 12 morts, puis la Roumanie et la Slovaquie, avec six victimes chacune.

Ce résultat place la France sous une lumière statistique particulière, mais ne permet pas, à lui seul, de conclure à un niveau de sécurité inférieur dans le pays. Il doit être rapproché du poids de l’activité aéronautique française : densité du réseau d’aérodromes, importance de l’aviation légère, activité soutenue des aéroclubs, écoles de pilotage, opérations d’hélicoptères et mouvements d’affaires. Pour être pleinement interprété, ce bilan devrait aussi être rapporté au volume d’heures de vol, au nombre de mouvements et à la composition de la flotte, données qui ne figurent pas dans ce premier communiqué synthétique.

Parmi les accidents les plus meurtriers liés à un aéronef européen en 2025 figure le crash, en décembre près d’Ankara, d’un Dassault Falcon 50 immatriculé à Malte et transportant une délégation officielle libyenne. Huit personnes avaient été tuées, dont le chef de l’armée libyenne.

Le transport aérien régulier demeure très sûr

La hausse annuelle de 91 à 116 morts ne remet pas en cause le niveau de sécurité très élevé du transport aérien européen. L’Agence européenne de la sécurité aérienne, l’EASA, souligne dans sa dernière revue générale que l’Europe demeure « l’une des régions les plus sûres pour l’aviation », tout en appelant à maintenir une vigilance continue face aux risques émergents.

Cette vigilance concerne autant les facteurs traditionnels — compétences des équipages, météo, gestion du carburant, maintenance, prise de décision en vol ou prévention de la perte de contrôle — que les transformations du secteur : intégration des drones dans l’espace aérien, nouvelles mobilités, pression opérationnelle, cybersécurité et développement de technologies nouvelles.

La revue annuelle 2025 publiée précédemment par l’EASA, portant sur les données 2024, rappelait déjà que l’année avait compté trois accidents mortels dans le transport commercial européen, pour trois décès, alors que plus de 7,7 millions de vols avaient été opérés par 623 détenteurs européens de certificat de transporteur aérien. La comparaison souligne le caractère exceptionnel des accidents mortels dans l’aviation de ligne européenne, sans dispenser l’industrie et les autorités de tirer les enseignements de chaque événement.

Sécurité aérienne en Europe : 94% des 116 décès recensés en 2025 concernent des vols non commerciaux 1 Air Journal

©Bombardier