La flambée du kérosène fragilise les compagnies aériennes, mais n’entame pas encore l’activité de GE Aerospace. Le motoriste américain a relevé, mardi 20 octobre, ses prévisions de bénéfice pour 2026, soutenu par les réparations et les pièces détachées. La montée en cadence des moteurs destinés à Boeing, notamment au 777X, reste toutefois un défi industriel et financier.
Le contraste est saisissant : alors que les transporteurs réduisent leurs coûts et ajustent leurs programmes de vols, les ateliers de GE Aerospace ne désemplissent pas. Le groupe prévoit désormais un bénéfice ajusté de 8 à 8,10 dollars par action en 2026, contre 7,65 à 7,85 dollars précédemment. Il s’agit de son deuxième relèvement de l’année. Au troisième trimestre, cet indicateur a atteint 2,25 dollars, en hausse de 36% sur un an. 1
Maintenance aéronautique : un carnet de commandes qui amortit le choc
La division moteurs commerciaux et services a enregistré un chiffre d’affaires trimestriel de 10,34 milliards de dollars, en progression de 21%. Les services ont crû de 17%, tandis que les ventes de pièces détachées ont augmenté de plus de 20%. À l’échelle du groupe, les prises de commandes ont bondi de 49%, à 19 milliards de dollars. Le principal amortisseur est la maintenance. Selon les déclarations de Larry Culp rapportées par Reuters, le nombre de moteurs attendant leur entrée dans les ateliers du groupe a augmenté de 20% depuis le début de l’année, tandis que le rythme des déposes est resté stable. Le dirigeant indique également que les immobilisations d’avions et les retraits de flotte ont diminué au troisième trimestre, malgré le renchérissement du carburant.
Ce stock de travaux protège, pour l’heure, l’activité après-vente. Une grande partie des passages en atelier prévus en 2026 est déjà contractualisée, et la demande de pièces reste supérieure à l’offre, souligne Reuters. GE indique par ailleurs que le chiffre d’affaires des visites réalisées dans ses propres ateliers a progressé de 12%, sous l’effet de volumes plus élevés et d’interventions plus lourdes.
« Nous relevons l’ensemble de nos prévisions pour 2026 et anticipons désormais une croissance légèrement supérieure à 10% des services commerciaux en 2027, soutenue par un carnet de commandes de plus de 170 milliards de dollars », déclare Larry Culp, PDG de GE Aerospace, dans le communiqué de résultats.
Kérosène : le risque d’un ralentissement différé
Cette résistance ne signifie pas que le motoriste échappe aux difficultés de ses clients. La guerre impliquant l’Iran a perturbé les routes d’acheminement du pétrole et renchéri le carburant aviation, poussant les compagnies à réduire leurs dépenses et certaines capacités. Si ces ajustements se prolongent, la baisse de l’utilisation des avions pourrait finir par peser sur les réparations, les pièces détachées et les moteurs de rechange. GE ne signalait toutefois pas d’effet significatif du conflit sur ses opérations jusqu’à fin septembre.
L’enjeu est donc autant industriel que commercial : satisfaire les besoins déjà accumulés sans laisser les délais s’allonger. GE fait état d’un nouveau trimestre record pour le nombre de visites achevées dans ses ateliers internes. Sur les neuf premiers mois de l’année, les livraisons de moteurs LEAP ont, elles, augmenté de 26%, signe que la progression des capacités concerne aussi les moteurs neufs.
GE Aerospace produit le moteur LEAP au sein de CFM International, coentreprise détenue à parts égales avec le français Safran Aircraft Engines. Décliné en trois versions, ce moteur équipe la famille Airbus A320neo, en concurrence avec Pratt & Whitney, ainsi que les Boeing 737 MAX et COMAC C919, dont il constitue l’unique motorisation
Boeing 787 : les livraisons de GEnx sous surveillance
Sur les long-courriers, Boeing attend davantage de GEnx pour accompagner son objectif de production de dix 787 par mois. Selon le directeur financier Rahul Ghai, cité par Reuters, GE en a livré plus de 50 au troisième trimestre, avec une progression des expéditions chaque mois.
Le responsable assure que les livraisons de moteurs ont récemment dépassé celles des avions, permettant à Boeing de reconstituer ses stocks. Mais cette amélioration doit durer : en septembre, le patron de Boeing, Kelly Ortberg, estimait encore les approvisionnements insuffisants pour soutenir la cadence visée.
GE9X : le 777X pèsera davantage en 2027
Autre dossier sensible : le GE9X destiné au 777X. D’après Reuters, GE livre depuis août des moteurs équipés d’un joint intermédiaire, ou « midseal », modifié, dont il vise la certification par la FAA avant fin 2026. Le groupe précise dans son communiqué que l’incidence comptable des moteurs déjà livrés sera reconnue après cette certification.
La hausse des livraisons de GE9X devrait exercer une pression supplémentaire de 300 millions de dollars sur les bénéfices en 2027 par rapport à 2026, selon Rahul Ghai. Voilà qui tempère l’optimisme : malgré le relèvement annuel, les objectifs impliquent un bénéfice ajusté de quatrième trimestre inférieur aux attentes du marché. L’action reculait ainsi d’environ 4% dans les premiers échanges mardi, selon l’agence. Pour GE Aerospace, remplir les ateliers ne suffit pas : il faut aussi réussir la montée en cadence des nouveaux moteurs, sans en laisser déraper les coûts.

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