La justice britannique a ordonné le gel d’actifs de Vietjet à hauteur de 251,6 millions de dollars, dans un contentieux lié à la location de quatre Airbus A321. La low cost vietnamienne est poursuivie par FW Aviation, une société contrôlée par FitzWalter Capital, pour des impayés liés à la location de ces avions. Une nouvelle ordonnance, rendue le 22 octobre, autorise des administrateurs judiciaires à prendre le contrôle de certains actifs et recettes à l’extérieur du Vietnam pour recouvrer la dette.

Le contentieux entre Vietjet et son créancier londonien vient de franchir une nouvelle étape : la Haute Cour d’Angleterre et du pays de Galles a accordé à FW Aviation une ordonnance de gel mondial des actifs de la low cost vietnamienne. Le juge Pushpinder Saini a estimé qu’il existait un risque que des biens soient déplacés ou utilisés de manière à les soustraire au recouvrement des sommes dues.

L’affaire trouve son origine dans des impayés sur quatre Airbus A321 (deux A321ceo et deux A321neo) pendant la pandémie de Covid. Le montant désormais réclamé ne correspond pas uniquement à des loyers : il comprend aussi les sommes dues au titre des décisions judiciaires, les intérêts et les frais liés au contentieux. Selon Bloomberg, une précédente condamnation portait sur environ 180 millions de dollars en 2025. La dette a depuis atteint quelque 250 millions de dollars.

Une mesure destinée à préserver les actifs
Le gel d’actifs porte sur un large ensemble de droits et de biens liés aux activités de Vietjet. Il comprend notamment les droits associés aux avions commandés mais non encore livrés, dont des Airbus A330-900 et A321neo et des Boeing 737 MAX, ainsi que les acomptes versés aux avionneurs. Les réserves de maintenance, les dépôts de garantie des contrats de location et les recettes de billets détenues par des intermédiaires figurent également dans son périmètre.

Cette ordonnance ne constitue pas, à elle seule, une interdiction de voler. Elle permet à Vietjet de poursuivre les opérations relevant du cours normal de ses activités, sous réserve de restrictions. Une autorisation du tribunal est notamment nécessaire pour certaines opérations concernant les commandes d’avions, les réserves de maintenance et les dépôts de location détenus hors du Vietnam.

Le juge a rejeté les arguments de Vietjet sur les perturbations que la mesure pourrait provoquer. Il les attribue à son « refus délibéré de régler la dette judiciaire » et à ses efforts pour empêcher l’exécution des décisions, plutôt qu’à une véritable incapacité de paiement, selon les propos rapportés par Bloomberg.

Les montages aux îles Caïmans au centre du dossier
Le tribunal s’est notamment intéressé au transfert de droits économiques liés au carnet de commandes de Vietjet vers Angelica Holding, une société constituée aux îles Caïmans. Selon les éléments rapportés par Bloomberg et Australian Financial Review, le juge a considéré que cette structure présentait « toutes les apparences d’une société-écran classique des îles Caïmans ». Il a également reproché à Vietjet de ne pas avoir révélé ces arrangements pendant plus d’un an.

Vietjet a soutenu que les opérations contestées relevaient de transactions commerciales légitimes. Le juge a néanmoins considéré les éléments suffisants pour établir un risque de dispersion des actifs et justifier le gel. Une précédente demande de mesure similaire avait échoué, faute de risque suffisamment démontré à l’époque.

Une nouvelle ordonnance permet de capter des recettes à l’étranger
La procédure a encore évolué ces derniers jours. Un juge londonien a autorisé la nomination de spécialistes du cabinet Alvarez & Marsal pour prendre le contrôle de certains actifs de Vietjet hors du Vietnam. Leur mission est de contribuer au remboursement des sommes dues à FW Aviation.

Cette mesure va au-delà de la préservation des biens. Les administrateurs peuvent notamment demander à des agences de voyages, à d’autres compagnies aériennes et à des intermédiaires de paiement de leur verser directement des recettes normalement destinées à Vietjet. L’ordonnance leur donne aussi des pouvoirs sur les comptes bancaires à l’étranger, certains dépôts auprès des loueurs et les acomptes versés aux avionneurs.

Elle prévoit également des pouvoirs de prise de contrôle, de saisie ou de vente portant sur des avions, des moteurs et des pièces situés hors du Vietnam. Leur exercice dépend toutefois des droits effectivement détenus par Vietjet sur les biens concernés. Le gel initial ne signifie donc pas que tous les avions exploités par la low cost vietnamienne sont automatiquement immobilisés ou saisis.

Les actifs au Vietnam exclus de la nouvelle mesure
Les biens situés au Vietnam sont exclus de l’ordonnance de mise sous administration. En revanche, Vietjet ne peut pas transférer vers le pays les actifs visés à l’étranger, ni modifier les contrats concernés sans l’accord des administrateurs, ni entraver leur travail.

Cette décision fait peser une contrainte supplémentaire sur les activités internationales de la low cost vietnamienne, en touchant potentiellement ses flux de trésorerie et ses acquisitions d’avions. Elle ne permet toutefois pas de conclure à une suspension générale des vols. Vietjet a décliné tout commentaire sur la décision de gel auprès de Bloomberg et n’avait pas réagi officiellement à la publication de la nouvelle ordonnance. 

La justice britannique gèle les actifs de Vietjet : quatre Airbus A321 loués au cœur d’un litige 2 Air Journal

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