Air India envisage de commander des avions long-courriers supplémentaires auprès d’Airbus et de Boeing. Son nouveau directeur général, Tewolde Gebremariam, entend renforcer les liaisons internationales, rééquilibrer le réseau face à la fermeture de l’espace aérien pakistanais et ramener la compagnie à la rentabilité « très bientôt ». Une ambition affichée alors que le groupe reste lourdement déficitaire et doit encore réceptionner plusieurs centaines d’appareils.
De nouveaux gros-porteurs à l’étude chez Airbus et Boeing
Air India veut franchir une nouvelle étape dans sa reconquête du marché international. Intervenant le 3 novembre 2026 à New Delhi, lors de la conférence Aviation India and South Asia, Tewolde Gebremariam a confirmé son intention de renforcer la flotte de gros-porteurs de la compagnie. « Nous voulons davantage d’avions gros-porteurs », a déclaré le dirigeant, cité par Reuters, sans préciser le nombre d’appareils envisagé ni le calendrier d’une éventuelle commande.
Selon une source industrielle interrogée par l’agence, Air India a engagé des discussions avec Airbus et Boeing. Le renouvellement des appareils les plus anciens figure parmi les motivations de ces échanges : « Le coût d’exploitation des anciens gros-porteurs est élevé et ils ne sont pas très efficaces », explique cette source à Reuters. Airbus n’a pas souhaité commenter les discussions avec son client, tandis que Boeing n’avait pas immédiatement répondu à l’agence. À ce stade, aucun contrat supplémentaire n’a donc été annoncé.
L’enjeu dépasse la seule augmentation des capacités. Des avions plus récents doivent aussi permettre à Air India de mieux maîtriser ses coûts et d’élargir son réseau, au moment où les détours imposés par les restrictions d’espace aérien pèsent sur l’économie de certaines liaisons.
Un programme de 600 avions, dont 80 gros-porteurs
Ces projets viendraient s’ajouter à un programme d’acquisitions déjà considérable. Depuis sa reprise par Tata, Air India a commandé au total 600 appareils : 470 Airbus et Boeing en 2023, 100 Airbus supplémentaires en 2024, puis 30 Boeing 737 MAX annoncés en janvier 2026.
La composante long-courrier de ces engagements représente 80 avions : 50 Airbus A350, 20 Boeing 787 et 10 Boeing 777X. Une dizaine avaient déjà été livrés, ce qui laisse près de 70 gros-porteurs à réceptionner. La dépêche de l’agence indienne PTI du 3 novembre fait également état d’environ 540 appareils encore attendus, toutes catégories confondues. Air India exploite actuellement 171 avions, dont 61 gros-porteurs répartis entre les familles Airbus A350, Boeing 787 et Boeing 777.
Reconquérir le trafic international et développer les correspondances
Pour Tewolde Gebremariam, la compagnie n’occupe pas la place que devrait lui permettre le marché indien. « Jusqu’à présent, Air India n’a pas joué à la hauteur de son potentiel, et cela va changer », a-t-il affirmé à New Delhi, selon Bloomberg. Son objectif est de regagner des parts de marché à l’international tout en faisant des plateformes indiennes des points de correspondance plus attractifs. La stratégie associe les deux composantes du groupe : Air India pour le transport avec service complet, notamment sur les longues distances, et Air India Express pour le segment à bas coûts. Mais le dirigeant estime que les perspectives les plus importantes pourraient venir du long-courrier : « La croissance pourrait même être plus forte dans les activités avec service complet et les gros-porteurs, car les possibilités y sont bien plus importantes », a-t-il expliqué.
Cette orientation s’inscrit dans la transformation engagée depuis le retour d’Air India dans le giron de Tata en 2022. Le programme associe renouvellement de la flotte, modernisation des cabines et développement du réseau international, avec l’objectif d’améliorer le produit proposé aux passagers comme la compétitivité de la compagnie.
Espace aérien pakistanais : Mumbai pourrait gagner du terrain sur Delhi
La géographie impose toutefois ses contraintes. La fermeture de l’espace aérien pakistanais aux appareils indiens complique particulièrement les liaisons au départ du nord de l’Inde vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Les itinéraires de contournement allongent les vols, augmentent la consommation de carburant et rendent plus complexes les rotations des appareils et la programmation des équipages.
Air India étudie donc un rééquilibrage de son réseau entre ses principales plateformes. « La majeure partie de notre réseau vers l’Europe et l’Amérique a malheureusement été affectée par la fermeture de l’espace aérien. Delhi est donc davantage touchée que Mumbai », a expliqué Tewolde Gebremariam. Une partie des opérations pourrait être transférée vers Mumbai, moins pénalisée par ces détours.
La compagnie envisage également Bengaluru comme troisième grand hub, aux côtés de Delhi et Mumbai. Il s’agit, pour l’heure, d’une orientation stratégique : aucune liste détaillée de lignes transférées ni aucun calendrier de mise en œuvre n’a été présenté lors de cette intervention.
Une rentabilité annoncée « très bientôt », sans échéance précise
Le développement du long-courrier doit néanmoins s’accompagner d’un redressement financier. Air India et Air India Express ont cumulé une perte nette d’environ 222,4 milliards de roupies pour l’exercice clos en mars 2026, soit plus du double de celle de l’exercice précédent.
Tewolde Gebremariam assure que la compagnie retrouvera la rentabilité « très bientôt », selon Reuters. Il n’a toutefois communiqué ni échéance précise ni trajectoire financière chiffrée. Le dirigeant a également expliqué être plus impatient que les actionnaires d’atteindre cet objectif, tout en présentant la transformation d’Air India comme un chantier de long terme.
La réduction des coûts constitue l’une de ses priorités immédiates. Air India a mis en place en octobre une équipe pluridisciplinaire chargée d’identifier des économies. Le groupe veut également renforcer les synergies entre Air India et Air India Express, notamment dans les fonctions communes, sans renoncer au développement de leurs deux positionnements commerciaux.
Le défi de Tewolde Gebremariam : conjuguer expansion et discipline financière
Ancien patron d’Ethiopian Airlines, qu’il a dirigée de janvier 2011 à mars 2022, Tewolde Gebremariam apporte une expérience de développement de réseau et de construction d’un hub international. Il succède à Campbell Wilson à la tête d’une compagnie dont les fondations de la transformation sont posées, mais dont l’exécution reste soumise à de fortes contraintes opérationnelles et financières.
Air India appartient à Tata à hauteur d’environ 74,9%, tandis que Singapore Airlines détient 25,1% depuis la fusion avec Vistara, achevée en novembre 2024. Le nouveau dirigeant doit désormais articuler l’ambition internationale de ses actionnaires avec une exigence plus immédiate : améliorer les performances d’une flotte encore hétérogène, adapter le réseau aux restrictions géopolitiques et réduire les pertes, avant même que les futurs avions ne produisent tous leurs effets.

Kyle a commenté :
4 novembre 2026 - 11 h 26 min
J’ai l’impression qu’une très grande partie du modèle “hub and spoke” est basé sur le trafic Inde Amérique du nord, pour lequel les vols directs sont très longs.
A la fois via l’Europe, le moyen orient mais aussi via l’Asie.
Il y a une place pour le long courrier au départ d’Inde.
Est-ce que Air India, et d’autres comme Indigo, arriveront elles à se faire une place suffisamment importante pour bousculer l’économie des hubs ?
Le marché existe, se concrétisera t il ?
Si oui, cela fera mal à beaucoup.