Résa sur GDS taxée par Lufthansa : les réactions

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Le désaccord est total entre le Syndicat national des agences de voyage (SNAV) ou les GDS comme Amadeus d’une part, et le groupe Lufthansa qui a annoncé hier une taxe de 16 euros sur les billets réservés via les systèmes mondiaux de distribution pour des vols en Europe.

Pas de surprise hier dans les réactions provoquées par le groupe allemand, dont les compagnies aériennes Lufthansa, Brussels Airlines, Swiss et Austrian Airlines appliqueront au premier septembre 2015 la nouvelle stratégie commerciale pour « soutenir le renforcement de la rentabilité de leur entreprise ». En France, le communiqué du SNAV est clair : son président Jean Pierre Mas parle d’une « décision particulièrement hostile du Groupe Lufthansa vis-à-vis de ses distributeurs qui représentent une large part de ses ventes sur le marché français, et cette mesure ne sera pas sans conséquences sur les relations commerciales des agences avec ces compagnies ». Cette décision arbitraire est tout à fait contre-productive et préjudiciable aux agences, à leurs clients et in fine aux compagnies qui l’appliqueront, explique le SNAV en détaillant ses arguments :

Pour les agences, la quasi obligation qui leur est faite de réserver par l’intermédiaire des sites propres aux compagnies entrainera une perte de productivité, des difficultés à comparer les offres, et des problèmes de gestion comptable. Si elles choisissent de continuer à effectuer leurs réservation par l’intermédiaire de leur GDS habituel, les agences se mettront hors marché vis-à-vis des ventes directes des compagnies (sites, call centers et agences en propre). Fabrice Dariot, patron du site de l’agence de voyage en ligne Bourse des vols, commente : «Bourse Des Vols est très attachée à l’intérêt du consommateur. Nous craignons que la décision du groupe Lufthansa, imposée brutalement, ne constitue une distorsion des conditions de la concurrence sur la Toile. Bourse Des Vols reste à l’écoute de la réaction officielle du Snav face à ce diktat. Nous n’hésiterons pas à faire valoir légalement nos droits le cas échéant, comme nous avons si souvent su le faire… face à Google en particulier ».

Pour les clients, passer par l’intermédiaire d’une agence signifiera soit payer plus cher un billet ou bien ne plus bénéficier d’offres comparatives. L’offre LH ne sera plus accessible dans les SBT, les clients corporate perdront l’usage des outils de gestion de la politique voyage mis à leur disposition par leur agence de voyages.

– Concernant enfin les compagnies instigatrices de cette décision, la conséquence sera une forte baisse de la préconisation par les agences de voyages et une perte de parts de marché vis-à-vis de leurs concurrents. Le SNAV conclut son communiqué en affirmant qu’il « combattra toute forme de discrimination entre les canaux de réservation ». A l’échelle européenne, l’ECTAA suit avec attention ce dossier.

Son de cloche similaire chez Amadeus, qui se dit « convaincu que le voyageur est au centre de l’industrie du voyage. Les voyageurs d’aujourd’hui sont à la recherche de la cohérence, la transparence et le choix sur tous les canaux de distribution. Nous tous, en tant qu’industrie, pouvons répondre à ces attentes au mieux en connectant et en intégrant tous les acteurs ». Le GDS explique que le groupe de Star Alliance « a choisi de prendre une direction différente en introduisant des frais supplémentaires qui pénaliseront les voyageurs selon leur choix de leur canal d’achat ». Cela mettra l’agent de voyage et / ou le consommateur final dans une « situation désavantageuse », poursuit Amadeus dans son communiqué, et les voyageurs devront « payer plus cher pour le même service » dans le cas où les agences de voyage se voient dans l’obligation d’accepter cette nouvelle stratégie commerciale en modifiant la façon dont ils accèdent au contenu du groupe Lufthansa : cela « risque d’engendrer des coûts supplémentaires qui peuvent finalement être répercutés sur le voyageur ». En outre, ce nouveau modèle rendra la comparaison et la transparence plus difficile « parce que les voyageurs seront obligés d’utiliser de multiples canaux pour rechercher les meilleurs tarifs ».  Globalement, l’industrie sera perdante avec ce nouveau modèle de distribution, conclut Amadeus qui « reste ouvert pour travailler avec tous ses partenaires et clients afin de servir les meilleurs intérêts des voyageurs et de l’industrie ».

On citera aussi les réactions de la Fédération suisse du voyage (FSV) pour qui « la coupe est pleine » et qui appelle à la « mobilisation », celle de la VDR en Allemagne pour qui « la concurrence sera biaisée » avec « un recul de 30 ans en termes de processus de réservation et de facturation » avec le portail lhgroup-agent.

 

http://www.air-journal.fr/2015-06-04-resa-sur-gds-taxee-par-lufthansa-les-reactions-5145079.html

Commentaire(s)

  1. Publié le 4 juin 2015

    La comparaison plus difficile? Ce n’est pas difficile de vérifier le prix réel d’un vol sur le site de LH, c’est ce que tout les gens sensés font après avoir vu les options sur un comparateur. Ce qui est ridicule est de payer Expedia ou d’autres. Quant aux agent s de voyages ils sont supposés apporter un service supplémentaire qu’ils font payer, on achète pas un Paris-Rome dans une agence et pour un voyage complexe, la différence de prix sera pratiquement invisible. Bravo Lufthansa.

    • Vous avez une vision un peu simplificatrice, et purement B2C là et vous omettez totalement le versant B2B.
      Les sociétés passent pas des agences de voyages d’affaires afin de centraliser leurs achats, et ce pour de multiples raisons (mise en place et respect d’une politique de voyage, validation, suivi, tarifs négociés, etc…). Le suivi des offres et la réservation par les agents est ingérable sans GDS. Par ailleurs, les outils en ligne de ces agences de voyages d’affaires ne peuvent pas être multi-canaux et ne proposent que les vols présents dans via GDS. La réaction des syndicats est légitime ne serait-ce que pour cette raison.
      Pour ce qui est des ventes aux particuliers, le problème est comparable même si de moindre importance d’une certaine manière. Cela dit, ça rend l’offre moins transparente en la complexifiant, sachant le niveau d’opacité dans lequel on se trouve déjà…

  2. La communication de LH est pour le moins maladroite. Et en l’état, la pilule est dure à avaler pour tout le monde : GDS, TA, et surtout client.
    En revanche, quand je vais acheter mon kg de carottes en direct au producteur, je m’attends à le payer moins cher qu’en grande surface parce que j’ai évité tous les intermédiaires. Tout le monde trouve ça normal.

    Alors, si LH avait insidieusement augmenté tous ses tarifs de 16€, puis annoncé une remise de 16€ sur ses canaux directs, le client, au moins, aurait cru y voir un effet d’aubaine et aurait adhéré…

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