Le patron du groupe Lufthansa prévoit qu’à l’avenir, seulement une douzaine de compagnies aériennes dans le monde proposeront des vols long-courriers, dont trois en Europe, trois aux USA, trois en Chine, et trois dans le Golfe. Il appelle d’autre part les gouvernements à soutenir le développement du carburant durable.

Le ralentissement économique aura au moins « un effet positif » selon le président du directoire du groupe allemand Carsten Spohr, une consolidation du transport aérien. Lors d’une conférence le 21 aout 2019 à Leipzig, il a expliqué que qu’une douzaine de compagnies seulement « se partageront à terme » le marché intercontinental, à raison de trois par grand marché. Sans les nommer, mais leur identité est plus qu’évidente : Lufthansa, Air France-KLM et British Airways en Europe, American Airlines, Delta Air Lines et United Airlines aux Etats-Unis, Air China, China Eastern et China Southern en Chine et Emirates, Etihad Airways et Qatar Airways dans le Golfe. Carsten Spohr estime qu’aux côté de ces douze grandes survivront des compagnies « plus petites » opérant sur les marchés nationaux et régionaux – ce qui éliminerait de fait les low cost long-courrier telles qu’AirAsia X, Norwegian ou French bee, mais aussi les transporteurs d’Afrique et d’Amérique latine…

Le groupe Lufthansa « veut et va jouer un rôle dans cette consolidation », a ajouté le dirigeant du groupe de Star Alliance, qui intègre déjà Austrian Airlines, Brussels Airlines et Swiss International – et profite en Allemagne de la faillite d’Air Berlin et Germania. Les résultats financiers « de plus en plus mauvais » des compagnies aériennes vont accélérer « les fusions et acquisitions », y compris en Europe « et chez nous », prédit Carsten Spohr pour qui le secteur aérien du vieux continent est « en retard » en matière de consolidation – et particulièrement vulnérable en cas de nouvelle crise économique.

Au sein du groupe Lufthansa même, la concurrence des low cost Ryanair et autres easyJet a entrainé en Allemagne « une guerre des prix unique au monde », mais il prévient que « nous n’allons pas nous laisser chasser de notre marché domestique ». La compagnie nationale allemande a « la force financière » pour résister à ces concurrentes, affirme Carsten Sphor même si le groupe a vu son bénéfice reculer de 70% pour finir dans le rouge au premier semestre. La filiale la moins rentable était la low cost Eurowings, dont le groupe annonçait en mai la fin des activités long-courrier qu’elle assure via une flotte de sept Airbus A330-200 (opérés par SunExpress Deutschland) et deux A330-300 et deux A340-300 (opérés par Brussels Airlines) au départ des aéroports de Düsseldorf, Francfort et Munich. Avant de changer d’avis et lui confier début aout quatre nouvelles liaisons vers les Etats-Unis au départ de Francfort et Munich.

Autre sujet abordé par Carsten Spohr à Leipzig, le développement d’une filiale de carburant durable : il estime que les gouvernements devraient prendre des mesures pour inciter l’industrie à mieux protéger le climat. « Il serait logique d’investir dans le développement du marché des carburants neutres en CO2 ou d’autres mesures qui rendent le transport aérien plus respectueux du climat », a-t-il déclaré, estimant le coût en Allemagne à environ 1,2 milliard d’euros. Cela pourrait être « financé par le gouvernement fédéral allemand via une taxe sur l’aviation », suggère le dirigeant,

Il souhaite aussi rappeler aux gouvernements européens que la modernisation des services de navigation aérienne, organisés au niveau national mais qui devraient être remplacés par un ciel unique européen, est « une véritable mesure de protection du climat ». A l’instar de son homologue chez IAG Willie Walsh, le patron du groupe Lufthansa estime que les « détours » des avions selon les frontières nationales de l’Europe « augmentent la consommation de kérosène de 10% », et donc les émissions de gaz à effets de serre. Le renouvellement de la flotte est également un instrument de changement : selon Carsten Spohr, la consommation moyenne du groupe en 2018 était de 3,65 litres par passager par 100 mm, « soit une réduction de 41% par rapport à 1990 » ; et l’introduction de nouveaux avions (Airbus A220, A320neo, A321neo, A350-900, et bientôt Boeing 787-9 Dreamliner et 777X) « réduira encore les émissions de CO2 du groupe d’environ 1,5 million de tonnes par an », conclut le dirigeant.

Lufthansa : 12 compagnies long-courrier seulement dans le monde ? 1 Air Journal

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