Air France célèbre les 50 ans de son premier vol commercial en Concorde, effectué le 21 janvier 1976 entre Paris, Dakar et Rio, en ravivant la mémoire d’un avion devenu mythe national et vitrine technologique du transport aérien supersonique. Cinquante ans après l’envol de l’« Oiseau Blanc », la compagnie met en scène cet héritage avec un documentaire événement et une collection d’objets siglés Concorde, tout en rappelant la part d’ombre de cette épopée, l’accident de Gonesse en 2000.

Le 21 janvier 1976 à 12h40, le Concorde F‑BVFA d’Air France décolle de Paris‑Charles de Gaulle pour Dakar puis Rio de Janeiro, inaugurant l’ère des vols commerciaux supersoniques de la compagnie, qui se prolongera pendant vingt‑sept ans, jusqu’en 2003. Ce vol inaugural, bouclé en 7 h 26, ouvre la voie à une exploitation qui comptera jusqu’à des lignes vers Washington, Mexico, Caracas, Rio puis, à partir de 1982, une concentration sur la très médiatisée liaison Paris‑New York. Capable d’atteindre Mach 2,02, soit environ 2 170 km/h, à quelque 18 000 mètres d’altitude, l’« Oiseau Blanc » transportait une centaine de passagers dans une cabine étroite mais ultra‑sélective, où l’on apercevait la courbure de la Terre par les hublots. Avec ses 62 mètres de long, 26 mètres d’envergure et 12 mètres de hauteur, sa silhouette élancée est devenue l’une des signatures visuelles les plus reconnaissables de l’aviation civile.

Une vitrine technologique franco‑britannique

Né d’un accord de 1962 entre la France et le Royaume‑Uni, Concorde fut dès l’origine un manifeste politique et industriel autant qu’un programme aéronautique, cristallisant un savoir‑faire partagé entre Sud‑Aviation/Aérospatiale et BAC. Si sa carrière commerciale est restée limitée – 14 appareils finalement exploités par Air France et British Airways, malgré les dizaines d’options initialement prises par des compagnies du monde entier – l’avion a servi de laboratoire pour des études sur la haute atmosphère, les rayons cosmiques ou les éclipses.

Pour Air France, le supersonique s’impose comme une vitrine technologique et une marque de prestige plus que comme un centre de profit, son exploitation restant coûteuse et sensible aux chocs pétroliers comme aux contraintes environnementales. Au total, environ 1,3 million de passagers voyageront sur Concorde sous les couleurs d’Air France, loin des volumes d’un gros‑porteur comme le Boeing 747 mais avec un impact d’image sans équivalent.

Le luxe en cabine, du design aux uniformes

Dès 1976, Air France conçoit le Concorde comme un condensé de luxe et de modernité : champagne, truffes fraîches du Périgord en feuilleté Lenôtre, service de table raffiné et attention portée à chaque détail du vol. Le design intérieur est confié d’abord à Raymond Loewy, qui imagine le décor du salon Concorde à Paris‑Charles de Gaulle, les sièges multicolores, les éclairages, une vaisselle immaculée aux lignes épurées et des plateaux‑repas spécialement dessinés.

La cabine évoluera au fil du temps : en 1985 puis 1988, Pierre Gautier‑Delaye propose une première ambiance rouge tulipe, bleu et beige, puis une harmonie de jaunes et de gris, avant qu’Andrée Putman ne signe, en 1994, un nouvel intérieur au minimalisme contemporain, moquette graphique noir et blanc et sièges coiffés d’un postiche. La « papesse » du design repense aussi le service, avec un plateau‑repas en carton ondulé au plissé délicat, et une porcelaine blanche soulignée d’un fin liseré bleu, déclinée du ravier au service à café.

Un soin particulier est également apporté aux uniformes dédiés au supersonique : en 1976, la maison Jean Patou et Angelo Tarlazzi conçoivent pour les hôtesses une robe‑chemise à rayures bleu marine et beige, jouant sur les contrastes pour évoquer le logo d’Air France. En 1985, Nina Ricci signe un nouvel uniforme pour les hôtesses du Concorde, aux robes en crêpe bleu ardoise, bleu marine ou gris perle, rehaussées d’une écharpe à nouer au cou ou en ceinture, en harmonie avec les nouvelles cabines.

Un héritage terni par le drame de Gonesse

L’histoire du Concorde Air France reste marquée par l’accident du vol AF 4590, le 25 juillet 2000, lorsque l’appareil immatriculé F‑BTSC s’écrase à Gonesse peu après son décollage de Roissy‑Charles de Gaulle. L’enquête du BEA conclura à une chaîne de causes initiée par la présence d’une lame métallique tombée d’un DC‑10 sur la piste, provoquant l’éclatement d’un pneu, la perforation d’un réservoir et un incendie moteur incontrôlable.

Le drame fait 113 morts – 100 passagers, 9 membres d’équipage et 4 personnes au sol – et cloue au sol la flotte pendant quinze mois, avant une reprise limitée de l’exploitation en 2001. À l’occasion de cet anniversaire, Air France « salue la mémoire des victimes du dramatique accident du 25 juillet 2000 et adresse une pensée à leurs familles et leurs proches », intégrant désormais ce chapitre douloureux à la mémoire officielle du programme.

La fin des vols et la postérité du programme

Sous la pression des coûts d’exploitation, des contraintes environnementales, du ralentissement du trafic haut de gamme après les attentats du 11‑Septembre et de l’impact symbolique de Gonesse, Air France décide en 2003 de retirer définitivement Concorde du service commercial. Le dernier atterrissage d’un Concorde de la compagnie à Paris a lieu le 31 mai 2003, clôturant une aventure commencée avec le premier vol de prototype en 1969 et les premiers vols commerciaux en 1976.

British Airways poursuivra ses opérations jusqu’en octobre 2003, après quoi plus aucun supersonique de ligne ne sera exploité, laissant un vide que les projets actuels de vols plus rapides que le son n’ont pas encore comblé. Une partie des appareils survivants est aujourd’hui exposée dans des musées, dont un exemplaire Air France au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, devenu une attraction majeure pour les passionnés d’aviation.

Un documentaire pour raconter « ceux qui ont fait voler la légende »

Pour ce cinquantième anniversaire, Air France met en ligne sur sa chaîne YouTube, le 21 janvier 2026 à 7 heures, un documentaire inédit d’environ quarante minutes intitulé « Concorde Air France : ils ont fait voler la légende ». Le film s’appuie sur les témoignages de salariés ayant servi à bord ou autour du supersonique, ainsi que sur la parole de Benjamin Smith, directeur général d’Air France‑KLM et président d’Air France, pour revisiter les coulisses d’un programme hors normes.

Présenté comme une immersion au cœur de l’appareil, le documentaire promet d’articuler récit technique et souvenirs d’équipage, montrant comment l’exploitation d’un avion volant deux fois plus vite que le son a transformé les métiers au sol comme en vol. Ce format vidéo s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation du patrimoine de la compagnie, après les expositions et collaborations déjà menées autour des 90 ans d’Air France.

Air France Legend, un patrimoine mis en objets

Le label Air France Legend, lancé pour faire dialoguer neuf décennies d’histoire de la compagnie avec ses ambitions futures, sert de cadre à cette nouvelle collection Concorde anniversaire. L’idée est de « superposer héritage et innovation, mythe et avenir », en transformant des icônes de l’histoire du transport aérien français en objets du quotidien ou de collection.

Pour le cinquantenaire du premier vol commercial supersonique, Air France prépare une dizaine d’objets inspirés des lignes épurées et de l’élan du Concorde : maquette d’avion, foulard en soie, écharpe, carnet, porte‑clé, dont certains en édition limitée. Cette collection sera disponible progressivement à partir de février 2026 sur la boutique en ligne shopping.airfrance.com, venant prolonger les gammes déjà proposées autour des 90 ans de la compagnie.

Concorde, icône culturelle et enjeu d’image

Au‑delà de la performance technique, Concorde a durablement façonné l’image d’Air France, condensant un imaginaire de vitesse, d’audace et de raffinement qui continue d’irriguer la communication de la compagnie. En France, le supersonique est devenu un symbole de puissance technologique publique, à l’égal du TGV ou d’Ariane, et continue d’inspirer autant les artistes que les industriels.

Le cinquantenaire de son entrée en service commercial suscite d’ailleurs une floraison d’initiatives : la Monnaie de Paris consacre une collection de pièces commémoratives au Concorde, tandis que des expositions et produits dérivés multiplient les façons de revisiter cette aventure. Pour Air France, l’enjeu est désormais de faire vivre cet héritage sans céder à la nostalgie, en l’inscrivant dans un récit de marque qui met l’accent sur l’innovation, la décarbonation et l’amélioration de l’expérience client à bord des avions de nouvelle génération.

De Paris–Rio à YouTube : comment Air France réinvente la légende Concorde, cinquante après 1 Air Journal

©Collection Musée Air France