Un tribunal de Bruxelles a donné raison à l’organisation de consommateurs Testachats, qui dénonçait depuis 2025 plusieurs pratiques jugées trompeuses sur le site de réservation de Ryanair. La compagnie low cost irlandaise est condamnée à modifier notamment ses formules tarifaires groupées, ses messages de rareté du type « plus que 5 sièges à ce prix » et certaines annonces de réductions, sous peine d’une astreinte de 5 000 euros par jour après un délai de trois mois.
En mai 2025, Testachats, soutenue par Euroconsumers, avait introduit une action en cessation visant le processus de réservation sur le site de Ryanair, qu’elle jugeait contraire aux droits des consommateurs. L’organisation dénonçait à la fois des frais pour un bagage à main de 10 kg pourtant « de taille raisonnable », un manque de transparence sur le prix des options (embarquement prioritaire, bagages supplémentaires, choix de siège), ainsi que des messages marketing qu’elle estimait trompeurs.
Dans un jugement rendu le 28 janvier 2026, le juge des cessations du tribunal de l’entreprise de Bruxelles a confirmé plusieurs griefs majeurs et ordonné à Ryanair de modifier ces pratiques, sous peine d’une astreinte de 5 000 euros par jour à l’issue d’un délai de trois mois suivant la signification du jugement. « Plusieurs points du processus de réservation de Ryanair sont aujourd’hui opaques ou trompeurs. Nous voulons que les prix soient clairement affichés, séparément pour chaque service, dès le début du processus de réservation, afin de faciliter la comparaison entre les compagnies et surtout afin que les consommateurs n’achètent que les services dont ils ont besoin, en parfaite connaissance du prix », souligne Jean‑Philippe Ducart, porte‑parole de Testachats.
Formules “Basic”, “Regular”, “Flexi Plus” dans le viseur
Au cœur de la décision figure l’organisation des tarifs en forfaits – « Basic », « Regular », « Flexi Plus » ou « Plus » – proposée une fois le vol choisi. Selon Testachats, tout indique alors au passager qu’il doit opter pour le forfait « Regular » s’il souhaite voyager avec un véritable bagage à main, ce tarif incluant en plus l’embarquement prioritaire et un siège réservé, services qui ne sont pas toujours nécessaires à tous les voyageurs.
Or ces options peuvent, en pratique, être ajoutées séparément plus tard dans le processus de réservation, souvent à un coût global inférieur si l’on se limite aux services réellement utiles. « Ryanair se garde bien de l’indiquer au moment du choix du forfait, et d’indiquer le prix des services accessoires, afin de pousser à l’achat des forfaits plus onéreux. Pourtant, là aussi la loi prévoit que le prix définitif doit être précisé dès le début du processus de réservation », rappelle Testachats, citée dans son communiqué. Le tribunal a confirmé l’illégalité de cette manière de présenter les tarifs groupés.
Faux sentiment d’urgence et rabais contestés
Le jugement sanctionne également l’allégation « plus que 5 sièges à ce prix », affichée en regard d’un prix en rouge suivi d’un ancien prix barré, qui crée un sentiment d’urgence pour inciter à réserver rapidement. Testachats dit avoir constaté plusieurs cas où, malgré cet avertissement, le tarif avait ensuite baissé, ce qui démontre selon elle le caractère trompeur de ce message.
Dans la même logique, des annonces de réduction de prix avec un faux prix de référence sont jugées illicites par le tribunal. Enfin, la pratique consistant à ne pas afficher séparément les prix des bagages enregistrés pour le vol aller et pour le vol retour – ce qui complique la comparaison pour les passagers – est, elle aussi, considérée comme contraire au droit économique belge et au droit européen applicable. Là encore, Ryanair devra adapter l’affichage de ses tarifs si elle veut éviter l’astreinte quotidienne de 5 000 euros.
Bagage cabine et sièges familles : un débat encore ouvert
Testachats espérait également obtenir la condamnation de deux pratiques très sensibles pour les voyageurs : la facturation d’un bagage à main de 10 kg et l’imposition de suppléments pour pouvoir s’asseoir à côté d’un enfant mineur. Sur ces points précis, la juge a toutefois estimé que, dans l’état actuel du droit, ces pratiques ne sont pas illégales, alors même que la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne considère qu’un bagage à main de dimensions raisonnables doit être inclus dans le prix du billet.
Pour l’organisation de consommateurs, la bataille se joue désormais à l’échelle européenne. « Notre combat continue à tout le moins dans l’arène européenne, sachant que des réglementations majeures sur les droits des passagers sont en cours de révision, et que la position du Parlement européen est favorable à l’obligation d’inclure un bagage à main de 7 kg dans le prix du billet, et à la gratuité du siège de l’accompagnant d’un enfant mineur », commente Testachats. Le Parlement européen vient en effet d’adopter sa position sur la révision des règles relatives aux droits des passagers aériens, en défendant la gratuité d’un petit bagage cabine et le placement sans frais des mineurs aux côtés de leur accompagnant.
Ce que cela change concrètement pour les passagers
À court terme, le jugement ne bouleverse pas encore la structure tarifaire de Ryanair en Europe, mais il obligera la compagnie à revoir, en Belgique, la manière dont elle présente ses offres sur son site, en particulier la lisibilité des options et des suppléments. Pour les voyageurs, l’enjeu est de pouvoir comparer plus aisément les prix avec ceux d’autres transporteurs, en sachant dès le début du parcours en ligne ce qui est inclus ou non dans le tarif affiché.
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