Après plus de trente ans à convoyer des ailes et des satellites à travers l’Europe, l’un des emblématiques BelugaST d’Airbus a effectué son dernier vol pour être reconverti en centre dédié aux sciences et aux métiers de l’aéronautique sur le site de Broughton, au Royaume‑Uni.

L’appareil, immatriculé F‑GSTF et surnommé « Tango Foxtrot », deviendra un support grandeur nature pour promouvoir les filières Science, Technology, Engineering and Maths (STEM) auprès des écoles et associations du pays.

Un dernier vol symbolique entre Bordeaux et le pays de Galles

Le « super jumbo » a touché le sol de Broughton, en Afrique du Nord du pays de Galles, le 29 janvier 2026 vers 11 h GMT, au terme d’un ultime trajet en provenance de Bordeaux qui marque la fin opérationnelle de la flotte BelugaST dans le réseau logistique d’Airbus. Lancé en 1994 et entré en service en 1995 pour remplacer le « Super Guppy », ce dérivé de l’A300‑600 à fuselage surdimensionné aura permis au constructeur européen d’industrialiser à grande échelle le transport de sections d’avions entre ses différents sites.

Basé notamment à Broughton, où sont fabriquées les ailes d’une grande partie de la gamme Airbus, le BelugaST a été l’épine dorsale des flux intra‑européens, acheminant des voilures britanniques vers Toulouse, Hambourg ou encore Brême. Au total, « Tango Foxtrot », qui a fêté ses 25 ans le 12 décembre 2025, a transporté quelque 1 700 ailes sorties des chaînes de Broughton et d’autres composants en provenance d’autres sites, pour environ 13 300 rotations entre usines.

« Préserver notre histoire et inspirer l’avenir »

Pour Airbus, l’enjeu est désormais de donner une seconde vie à cet appareil hors norme, dont la soute peut emporter jusqu’à 40 tonnes de charge utile, l’équivalent d’une baleine à bosse adulte. « C’est un moment dont Broughton peut être fier et qui est incroyablement enthousiasmant », souligne Gareth Davies, directeur du site gallois d’Airbus. « Cet appareil a effectué son premier vol il y a 25 ans et, depuis, a joué un rôle crucial dans le transport de nos ailes de Broughton vers les sites d’Airbus sur le continent. En le transformant en lieu d’apprentissage, nous ne faisons pas que préserver notre histoire, nous l’utilisons pour nourrir l’avenir de l’aéronautique britannique et inspirer les talents de demain. »

Le pilote Didier Puxeddu, aux commandes de ce dernier convoyage, insiste lui aussi sur la portée symbolique de cette retraite : « Piloter le Beluga a toujours été un privilège unique, et ramener le ST5 à Broughton pour la dernière fois n’a pas fait exception. Lors de l’approche finale, nous avions pleinement conscience de toute l’histoire derrière nous. Savoir que cet avion va désormais rester ici pour inspirer de futurs pilotes et ingénieurs fait de cet atterrissage l’un des plus gratifiants de ma carrière. »

Un laboratoire grandeur nature pour les filières scientifiques

Le Beluga installé à Broughton deviendra un support pédagogique original, au croisement de l’exposition industrielle et du centre de ressources pour enseignants. Airbus prévoit d’y développer des activités spécialement conçues avec les établissements scolaires locaux afin de s’aligner sur le curriculum national britannique, du primaire au secondaire. « L’objectif sera de promouvoir les disciplines STEM de manière ludique et interactive, pour donner envie aux jeunes de se projeter dans des carrières scientifiques et techniques », insiste Gareth Davies.

L’appareil servira aussi de vitrine pour l’histoire de l’aviation et de l’aéronautique au Royaume‑Uni, dans une région – le nord du pays de Galles – où l’industrie aéronautique est un employeur majeur et un vecteur important de formation. Pour Airbus, cette reconversion participe d’une stratégie plus large de sensibilisation aux métiers et compétences dont le secteur aura besoin dans les prochaines décennies, qu’il s’agisse d’ingénierie de structure, de propulsion plus durable ou de maintenance de flottes de plus en plus complexes.

Un géant de la logistique aérienne

Au-delà de son nouveau rôle éducatif, le BelugaST restera comme l’un des avions cargo les plus reconnaissables jamais construits, avec son fuselage « baleine » et son cockpit abaissé permettant le chargement frontal de charges hors gabarit. La flotte de cinq appareils A300‑600ST a assuré pendant plus de vingt ans la colonne vertébrale de la logistique interne d’Airbus, reliant notamment Toulouse, Hambourg, Brême, Saint‑Nazaire, Broughton et Filton.

Les BelugaST se sont aussi illustrés par des missions spéciales : transport de la cuve chimique d’un navire marchand en 1997, qui a valu à l’appareil un record du monde de charge transportée par les airs, convoyage en 1999 du célèbre tableau « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix entre Paris et Tokyo, ou encore acheminement du module Columbus de la Station spatiale internationale. Ils ont par ailleurs été très sollicités pour transporter de gros satellites de télécommunications, notamment vers le Kennedy Space Center et divers sites de lancement.

BelugaXL, la nouvelle colonne vertébrale d’Airbus

Annoncée en 2014, la nouvelle génération BelugaXL, dérivée de l’A330, remplace progressivement la flotte historique et offre environ 30% de volume supplémentaire pour des missions similaires. Plus long et plus volumineux, ce super‑transporteur permet notamment de charger les sections les plus imposantes de l’A350 – y compris des tronçons de fuselage ou deux ailes de 30 mètres – que le BelugaST ne pouvait pas emporter en une seule rotation.

Le constructeur européen a officiellement cessé d’exploiter sa flotte de BelugaST début 2025, la flotte BelugaXL devant devenir à partir de la mi‑2027 l’unique vecteur du transport de composants vers onze sites européens du groupe. Les BelugaST, brièvement proposés à des clients tiers via la filiale Airbus Beluga Transport entre 2022 et 2024, n’ont finalement pas trouvé de débouchés suffisants sur le marché du fret hors normes, ce qui a conduit à la fermeture de cette activité en 2025.

Un autre Airbus Beluga ST s’apprête à trouver une nouvelle vie au musée Aéroscopia de Blagnac, près de Toulouse. Parmi les cinq exemplaires existants au monde, celui-ci sera le seul présenté dans un musée ouvert au grand public.

Le Beluga d’Airbus se pose pour la dernière fois et devient une salle de classe géante au Royaume-Uni 1 Air Journal

©H. Goussé/Airbus

Le Beluga d’Airbus se pose pour la dernière fois et devient une salle de classe géante au Royaume-Uni 2 Air Journal

©Airbus