El Paso International Airport est brutalement coupé du reste des États‑Unis : la Federal Aviation Administration (FAA) a instauré, pour dix jours, une interdiction totale de vol dans un rayon de 10 milles nautiques autour de la plateforme texane, au nom de « raisons spéciales de sécurité », sans en préciser la nature. Une mesure rarissime, qui paralyse le trafic commercial, cargo et d’aviation générale, et qui laisse compagnies, autorités locales et riverains dans le flou le plus complet.
Une interdiction totale et immédiate autour de KELP
La décision de la FAA a été publiée tard dans la soirée du 10 février, avec à peine trois heures de préavis avant son entrée en vigueur à 23 h 30 (heure du Montagne, MST). Le NOTAM, présenté comme une « restriction temporaire de vol pour raisons spéciales de sécurité » (Temporary Flight Restriction, TFR), crée une bulle d’exclusion aérienne de 10 NM centrée sur les coordonnées de l’aéroport international d’El Paso (31,80722, -106,37639), du sol jusqu’à 17 999 pieds.
Le texte classe ce volume comme un « espace aérien de défense nationale » et prévient : « La Federal Aviation Administration classe l’espace aérien défini dans ce NOTAM comme “espace aérien de défense nationale”. Les pilotes qui ne respectent pas les procédures suivantes peuvent être interceptés, retenus et interrogés par les forces de l’ordre ou les services de sécurité. » Le NOTAM rappelle en outre que le gouvernement américain se réserve le droit d’user de la « force létale » contre tout appareil considéré comme une menace imminente pour la sécurité.
Un aéroport et une région brutalement à l’arrêt
Dans un message adressé aux médias locaux, la direction d’El Paso International Airport résume la situation : « La FAA, avec un très court préavis, a publié une restriction temporaire de vol suspendant tous les vols à destination et en provenance d’El Paso et de notre communauté voisine de Santa Teresa, au Nouveau‑Mexique. La restriction interdit toute opération aérienne (y compris les vols commerciaux, cargo et d’aviation générale) et est en vigueur du 10 février à 23 h 30 (MST) au 20 février à 23 h 30 (MST). »
Aucune exception n’est prévue, y compris pour les vols de police ou d’évacuation médicale, ce qui distingue cette TFR des restrictions ordinaires liées, par exemple, aux déplacements de personnalités ou à de grands événements. Le champ d’application couvre aussi une partie du sud‑ouest du Nouveau‑Mexique, autour de Santa Teresa, mais ne s’étend pas à l’espace aérien mexicain même si le rayon franchit la frontière.
Pour les compagnies, la décision se traduit par des avions immobilisés sur place et un replanning d’urgence des programmes. El Paso abrite par ailleurs un important pôle de fret proche de la frontière, ce qui laisse présager un impact significatif sur les flux logistiques transfrontaliers pendant toute la durée de la fermeture.
Une tour de contrôle aussi prise de court que les pilotes
La brutalité de la mesure transparaît dans un échange radio devenu viral entre la tour d’El Paso et l’équipage d’un Boeing 737 de Southwest Airlines, le vol WN‑1249 en provenance de Houston, arrivé peu avant l’entrée en vigueur du NOTAM. Le contrôleur lance d’abord un avertissement : « Pour votre information, une restriction temporaire de vol va entrer en vigueur à 06 h 30 UTC pour les dix prochains jours : tous les mouvements au sol sont stoppés. » Le pilote, incrédule, demande : « D’accord, arrêt des mouvements à 06 h 30… pour combien de temps ? »
Le contrôleur répond : « Dix jours. »
Le dialogue se poursuit :
– « Donc l’aéroport est totalement fermé ? »
– « Apparemment… nous venons d’en être informés il y a environ trente minutes. »
– « Donc pendant dix jours, vous n’êtes pas ouverts ? »
– « Eh bien, nous serons là, mais il n’y aura pas de trafic aérien. »
Les autorités locales comme les responsables de l’aéroport assurent n’avoir reçu aucun préavis substantiel de la part de la FAA, ce qui alimente l’impression d’une décision prise au plus haut niveau fédéral et communiquée au dernier moment aux acteurs de terrain, civils comme militaires.
Une TFR de défense, outil rare mais puissant
Les restrictions temporaires de vol sont un instrument familier des opérateurs américains : elles servent notamment à sécuriser l’espace aérien au‑dessus de grands feux de forêt, de zones sinistrées ou lors des déplacements présidentiels, en limitant temporairement certains types de vols. Mais une fermeture quasi totale d’un aéroport commercial pendant dix jours, sans exemptions pour le trafic public, demeure très inhabituelle.
En classant l’espace d’El Paso comme « espace aérien de défense nationale », la FAA active le régime le plus contraignant, qui permet des contrôles renforcés, des interceptions éventuelles et des sanctions administratives ou pénales lourdes en cas de violation. Pour les équipages, la règle est claire : il est interdit de pénétrer dans le volume sans autorisation et sans suivre les procédures prescrites, sous peine de voir la licence révoquée et de s’exposer à des poursuites.
Aux abords de la frontière, un motif encore mystérieux
Officiellement, la seule justification avancée reste la formule laconique de « raisons spéciales de sécurité ». Ni la FAA, ni le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) ne détaillent la nature de la menace ou de l’opération qui rendrait nécessaire une telle bulle de silence aérien au‑dessus d’El Paso et de Santa Teresa.
La localisation de l’aéroport, à un peu plus de 3,5 miles au nord de la frontière américano‑mexicaine et à proximité immédiate de Biggs Army Airfield, nourrit naturellement les conjectures : activité de renseignement, opération conjointe avec les forces armées, protection d’une infrastructure sensible ou réponse à une menace ciblée sur la zone frontalière. Pour l’heure, aucune de ces hypothèses n’est confirmée, et les autorités se retranchent derrière la discrétion propre aux questions de sécurité nationale. Dans ce contexte, la fermeture d’El Paso intervient alors que l’aviation américaine est déjà sous pression après plusieurs incidents de sécurité très médiatisés, qui ont conduit régulateurs et compagnies à renforcer leurs procédures.

Pierre a commenté :
11 février 2026 - 16 h 27 min
Est ce que Trump referait le coup du Vénezuela avec un autre pays voisin….??
Bencello a commenté :
11 février 2026 - 17 h 11 min
Etonnant à 16:05 UTC ce 11/02, 2 appareils (Southwest et united express) sont au décollage, et 1 à l’atterrissage.
Un hélicoptère N86344 de la police longe la frontière…
Bad Bunny avait un ravitaillement à l’aéroport ?