L’aéroport londonien d’Heathrow renforce en 2026 son programme d’incitation au carburant d’aviation durable (SAF) et se fixe un objectif de 5,6% de SAF dans ses volumes de carburant, soit deux points de plus que le mandat imposé par le Royaume‑Uni.

Plus de 80 millions de livres sterling seront mobilisés pour aider les compagnies à absorber le surcoût de ces carburants et réduire l’empreinte carbone des vols au départ du premier hub britannique.

Pour la cinquième année consécutive, Heathrow reconduit et renforce son dispositif de soutien au SAF, avec un objectif de 2 points au‑dessus du mandat national, qui fixe l’incorporation à 3,6% en 2026. Si le mandat et l’incitation sont pleinement utilisés, jusqu’à 5,6% du carburant livré à Heathrow pourrait être du SAF, soit environ 350 000 tonnes, dont 124 000 tonnes directement liées au supplément de 2%. L’enveloppe de plus de 80 millions de livres servira à combler environ la moitié de l’écart de coût entre le kérosène fossile et le carburant durable, afin de rendre ce dernier plus attractif pour les transporteurs.

Selon l’aéroport, cette hausse d’utilisation de SAF pourrait éviter environ 600 000 tonnes d’émissions de CO₂ en 2026, une économie équivalente à plus de 950 000 voyages aller‑retour en classe économique entre Londres‑Heathrow et New York‑JFK. Le calcul se fonde sur l’outil officiel de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui estime à 612 kg les émissions d’un aller‑retour par passager entre Heathrow et JFK.

Le SAF, levier central de la décarbonation

Le carburant d’aviation durable est un substitut au kérosène produit à partir de matières premières comme les huiles usagées, certains résidus agricoles ou des déchets, et il peut être utilisé dans les avions actuels, mélangé au carburant fossile, sans modification des moteurs ni des infrastructures. Le gouvernement britannique estime que ces carburants permettent en moyenne plus de 70% de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de leur cycle de vie, par rapport au kérosène conventionnel, sous réserve du respect de critères stricts de durabilité.

Le Royaume‑Uni a adopté un mandat SAF qui démarre à 2% de la demande de carburéacteur en 2025 pour grimper progressivement à 10% en 2030, puis 22% en 2040, avec l’objectif d’aligner la trajectoire du secteur sur la neutralité carbone à l’horizon 2050. Heathrow, de son côté, vise 11% de SAF dans ses propres volumes de carburant d’ici 2030, soit un point de plus que l’ambition nationale, et se positionne comme un terrain d’essai pour le déploiement de ces carburants à grande échelle.

Heathrow revendique un leadership mondial sur le SAF

L’aéroport met en avant son rôle de pionnier dans l’utilisation de SAF à l’échelle mondiale, affirmant que 17% de l’approvisionnement mondial de carburant durable a été consommé à Heathrow en 2024. « Le carburant d’aviation durable n’est pas un concept hypothétique pour l’avenir, il produit déjà un impact réel en 2026 », souligne Matt Gorman, directeur du développement durable d’Heathrow. « Heathrow montre la voie au niveau mondial, avec 17% de l’offre mondiale de SAF en 2024 utilisée sur la plate‑forme. Le SAF est un levier clé sur la trajectoire de l’aviation vers le “net zéro” en 2050, et un élément central du plan de neutralité carbone d’Heathrow. Notre dispositif d’incitation apporte des progrès concrets aujourd’hui, tout en envoyant un signal pour demain. »

Le programme d’incitation SAF de l’aéroport, basé sur des réductions de redevances et des versements indexés sur les volumes réellement livrés, est désormais reconduit chaque année depuis cinq ans. Il s’inscrit dans une stratégie climat plus large qui combine l’efficacité énergétique des infrastructures, la modernisation de la flotte des compagnies clientes et la réduction des émissions au sol, notamment via l’électrification progressive des équipements d’assistance en escale.

Des signaux au marché, mais des défis persistants

En proposant de prendre en charge une part significative du surcoût du SAF, Heathrow espère envoyer un signal de demande à long terme aux producteurs et aux investisseurs, afin de stimuler la mise en service de nouvelles unités industrielles au Royaume‑Uni et en Europe. Le gouvernement britannique mise lui aussi sur ce mandat pour soutenir une filière susceptible de générer plusieurs milliers d’emplois et de sécuriser l’approvisionnement du pays en carburants bas‑carbone.

L’initiative ne répond toutefois qu’en partie aux critiques récurrentes sur le coût et la disponibilité du carburant durable, alors que les volumes restent encore marginaux à l’échelle des quelque 100 millions de passagers annuels d’Heathrow. De nombreuses ONG et experts rappellent que la trajectoire de neutralité carbone de l’aviation reposera aussi sur la sobriété de la demande, la modernisation accélérée des flottes et, à plus long terme, le développement de technologies de rupture comme l’hydrogène ou l’électricité sur les segments court‑courriers.

À Londres Heathrow, jusqu’à 5,6% de kérosène durable en 2026 pour aller au‑delà des exigences de Londres 1 Air Journal

@Heathrow Airport