En pleine restructuration sous la protection du Chapter 11, Spirit Airlines poursuit la cure d’amaigrissement de sa flotte tout en rappelant une partie de son personnel navigant. La low cost américaine vient de céder 20 Airbus – pour la plupart déjà immobilisés – et de lancer le rappel de 500 hôtesses et stewards mis en congé sans solde, misant sur un printemps plus porteur et sur une opérationnalité améliorée malgré un réseau fortement réduit.
Spirit Airlines a confirmé la vente de 20 appareils de la famille Airbus A320, dont une majorité n’étaient plus en exploitation, dans le cadre de son deuxième passage par la case faillite en moins d’un an. La compagnie avait déjà déposé le bilan une première fois en novembre 2024 avant de se restructurer et est revenue sous la protection du Chapter 11 à l’été 2025, sur fond de pertes récurrentes et de réseau surdimensionné.
À l’issue de cette nouvelle cession, la flotte de Spirit doit être ramenée à 94 avions, un niveau qui s’inscrit dans la trajectoire de réduction drastique déjà esquissée devant les créanciers, avec l’objectif de concentrer l’activité sur les axes les plus rentables. Selon une communication interne, ces 20 appareils seront retirés progressivement à partir d’avril, ce qui permettra à la compagnie de simplifier sa flotte tout en tentant de stabiliser ses coûts unitaires et sa ponctualité.
Une stratégie de rétrécissement pour survivre
Dans une note adressée aux salariés, le directeur des opérations John Bendoraitis explique que la réduction de la flotte s’inscrit dans un plan visant à « se concentrer sur nos routes les plus solides et la flotte la plus efficace ». Il souligne que « à ce stade, l’attrition naturelle et les mesures volontaires nous offrent la flexibilité nécessaire pour adapter nos effectifs, aussi bien chez les pilotes que chez les personnels de cabine ».
Depuis l’entrée en procédure collective, Spirit a déjà annoncé la sortie de dizaines d’avions, la fermeture de plus d’une douzaine d’aéroports américains et la suspension d’environ 40 routes, dans une logique assumée de réduction de taille pour revenir à un modèle plus robuste.
Castlelake, Frontier : des discussions sans issue (pour l’instant)
En parallèle de cette restructuration interne, Spirit a multiplié les discussions avec des partenaires potentiels pour tenter de se trouver un avenir capitalistique. Des pourparlers ont notamment été engagés avec le fonds d’investissement Castlelake pour une éventuelle reprise, après l’échec d’un projet de fusion avec Frontier Airlines, autre spécialiste du low cost à l’américaine.
Ces discussions n’ont, à ce stade, pas débouché sur un accord définitif, laissant ouverte la possibilité d’un plan de sortie de faillite élaboré par Spirit seule, sous le contrôle du tribunal et des créanciers. Cette incertitude pèse sur la capacité de la compagnie à investir de nouveau dans sa flotte à moyen terme, alors même qu’elle avait historiquement misé sur une croissance rapide de ses A320 et A321 pour densifier son réseau nord-américain.
500 PNC rappelés à l’approche du printemps
Dans ce contexte paradoxal de réduction de flotte mais de reprise d’activité saisonnière, Spirit a décidé de rappeler 500 personnels de cabine précédemment mis en congé sans solde. Ces rappels interviennent à l’approche de la haute saison des vacances de printemps, période traditionnellement porteuse pour les low cost sur les liaisons domestiques et touristiques vers la Floride, le Mexique ou les Caraïbes.
« Réparer cette compagnie est un effort collectif », a insisté John Bendoraitis dans son message aux équipes. « Il y a beaucoup de choses en ce moment que les équipages ne peuvent pas contrôler, mais nous avons besoin que vous continuiez à nous donner les bases d’une opération solide. » La compagnie, qui a déjà mis à pied plus de 1 300 hôtesses et stewards et plusieurs centaines de pilotes pour préserver sa trésorerie, espère ainsi desserrer un peu la pression sur le réseau restant.
Une restructuration à haut risque dans l’ultra low cost américain
Spirit Airlines, pionnière du modèle ultra low-cost aux États-Unis, fait face depuis plus de deux ans à une situation financière critique. Une tentative de fusion avec JetBlue Airways a échoué au début de 2025 après une décision défavorable de la justice américaine, qui avait bloqué l’opération pour raisons concurrentielles.
Confrontée à des coûts opérationnels élevés, à la faiblesse de ses recettes unitaires et à une flotte clouée partiellement au sol à cause de retards de livraisons de Pratt & Whitney GTF, la compagnie s’est placée sous la protection du tribunal des faillites en août 2025, moins d’un an après une première restructuration.
L’exemple de Spirit Airlines illustre la fragilité du modèle ultra low cost aux États‑Unis, très exposé à la hausse des coûts (carburant, maintenance, main-d’œuvre) et à la concurrence agressive des grands groupes. En réduisant sa flotte à moins de 100 avions, après avoir opéré plus de 200 appareils, la compagnie espère retrouver de la discipline de capacité et ramener son réseau à un périmètre où la demande et les recettes couvrent durablement les coûts.
Spirit vise un retour aux bénéfices à l’horizon 2027, mais ce scénario suppose la réussite de sa restructuration, la clarification de son avenir capitalistique et une amélioration durable de son opérationnalité, à laquelle le rappel de 500 PNC doit contribuer à court terme.

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