KLM a stabilisé ses résultats en 2025, mais au prix d’un effort d’efficacité exceptionnel et avec une rentabilité qui reste modeste, ce qui pousse la compagnie néerlandaise à annoncer de nouvelles mesures structurelles pour 2026. Dans un groupe Air France‑KLM redevenu très profitable, la filiale néerlandaise apparaît comme le maillon vulnérable, sous pression des coûts aux Pays‑Bas, des contraintes d’infrastructure à Amsterdam‑Schiphol et des tensions géopolitiques qui allongent les routes.
KLM 2025 : une performance « stabilisée » mais fragile
En 2025, KLM Group a dégagé un résultat d’exploitation de 416 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 13,2 milliards d’euros, soit une hausse de 3,9% du revenu par rapport à 2024. La marge opérationnelle s’établit à 3,2%, légèrement en retrait de 0,1 point, traduisant un niveau de rentabilité correct mais loin des standards des majors européennes les plus rentables.
Le quatrième trimestre a été plus porteur, avec un bénéfice de 78 millions d’euros, en nette amélioration par rapport aux 51 millions enregistrés un an plus tôt. Cette progression de fin d’exercice est attribuée à une meilleure fiabilité opérationnelle et à une organisation jugée plus robuste, après une année marquée par des perturbations techniques et des pressions sur la ponctualité.
Le programme « Back on Track » dépasse son objectif
L’axe central du redressement de KLM repose sur le programme d’amélioration « Back on Track », lancé en 2024 et monté en puissance en 2025. Selon le groupe, ce plan a contribué à hauteur d’au moins 450 millions d’euros, via un mix d’actions sur les coûts, les recettes et la productivité, permettant de compenser notamment une hausse spectaculaire de 41% des redevances à l’aéroport d’Amsterdam‑Schiphol et un affaiblissement de la demande sur certains segments à bas yield. La directrice générale de KLM, Marjan Rintel, reconnaît que si les résultats constituent « une base solide », ils « montrent que des efforts supplémentaires sont nécessaires ».
Des vents contraires opérationnels et géopolitiques
L’exercice 2025 n’a pas été de tout repos sur le plan opérationnel. KLM fait état de problèmes techniques sur la flotte, qui ont entraîné des maintenances retardées, des annulations de vols et une tension accrue sur les opérations. Les difficultés chez certains partenaires de la chaîne logistique ont également pesé sur la ponctualité, dans un contexte où les aéroports européens restent structurellement sous tension.
Sur le front géopolitique, la fermeture persistante de l’espace aérien russe et diverses restrictions dans d’autres régions ont contraint KLM à allonger plusieurs routes long‑courrier, avec des temps de vol plus longs, davantage de consommation carburant et une complexité accrue de planification. Cette contrainte est particulièrement sensible pour une compagnie historiquement positionnée comme hub de correspondance à Amsterdam, dont le modèle repose sur des itinéraires optimisés via le nord de l’Europe.
Investissements de flotte, maintenance et recrutement de pilotes
Malgré ces défis, KLM insiste sur les avancées réalisées en termes de flotte et de productivité. Quatorze nouveaux appareils ont été mis en service en 2025, dans le cadre d’un renouvellement orienté vers des avions plus sobres et plus capacitaires. La cabine des Embraer E195‑E2 a été reconfigurée pour augmenter le nombre de sièges et réduire les émissions de CO₂ par passager de 3%, illustrant une approche très fine de l’optimisation environnementale et économique.
La division Engineering & Maintenance (E&M) s’est distinguée par une performance financière « solide », portée notamment par la montée des activités pour des tiers au sein du groupe Air France‑KLM. KLM a, par ailleurs, recruté et formé un nombre record de nouveaux pilotes en 2025, ce qui doit permettre d’accompagner la croissance de capacité tout en sécurisant les opérations après les tensions de l’après‑Covid.
Transavia en retrait, cargo stable
Dans l’orbite de KLM, le low‑cost Transavia a vu ses revenus et sa capacité progresser, mais sans conversion équivalente en bénéfice. Cette contre‑performance relative s’inscrit dans un environnement très concurrentiel sur le segment loisirs et dans un contexte de pression sur les yields, en particulier face aux grandes compagnies low cost européennes.
KLM Cargo, pour sa part, a livré des résultats jugés stables en 2025, dans la continuité de la normalisation progressive du marché fret après le pic lié à la pandémie. La montée en puissance de la capacité cargo au niveau du groupe Air France‑KLM, malgré des limitations sur les avions tout‑cargo en maintenance, s’est traduite par un trafic en légère hausse et des revenus unitaires globalement stables.
Air France‑KLM : un groupe très profitable, un KLM plus vulnérable
À l’échelle du groupe, 2025 marque une nouvelle année de forte amélioration. Air France‑KLM affiche un chiffre d’affaires de 33,0 milliards d’euros, en hausse de 4,9%, et un résultat d’exploitation de l’ordre de 2 milliards d’euros, soit un niveau record pour le groupe. La marge opérationnelle du groupe atteint 6,5%, en progression de 1,1 point, portée notamment par le réseau passagers et la maintenance.
Le groupe a transporté environ 103 millions de passagers en 2025, repassant au‑dessus du seuil symbolique d’avant‑Covid, avec une croissance de 5% par rapport à 2024. Dans ce paysage, KLM reste profitable mais affiche une marge de 3,2%, sensiblement inférieure à la moyenne du groupe, ce qui explique l’insistance mise sur les mesures « structurelles » pour renforcer sa résilience financière.
2026 : décisions « structurelles » en vue
Pour 2026, la direction de KLM affiche un agenda résolument tourné vers le renforcement structurel de la compagnie. Il s’agit de réduire la vulnérabilité aux facteurs externes – coûts locaux, redevances, tensions géopolitiques – tout en restant compétitif face à un marché européen où la pression tarifaire est forte. Les axes annoncés portent sur la consolidation opérationnelle, l’augmentation des revenus et de nouvelles réductions de coûts, dans la continuité de « Back on Track » mais avec une dimension plus durable. Le directeur financier, Bas Brouns, résume l’équation : « Nous avons affiché des résultats stables, mais nos coûts augmentent plus vite que nos revenus, ce qui rend KLM vulnérable et impose des décisions structurelles. Cela nous permettra d’accroître la prévisibilité de nos résultats et de dégager la capacité d’investir dans nos clients, nos employés et nos opérations. »

Ben Voyons a commenté :
20 février 2026 - 17 h 39 min
Ce qui plombe aujourd’hui le groupe Air France-KLM, ce ne sont pas des erreurs de gestion ou un manque de savoir-faire : ce sont d’abord et avant tout des contraintes spécifiquement européennes. Obligation d’incorporer des carburants « durables » hors de prix quand la concurrence mondiale n’y est pas soumise. Inflation normative permanente dictée par un agenda idéologique qui bride l’expansion des hubs français et néerlandais. Interdiction de survoler la Russie, qui allonge les routes vers l’Asie, renchérit les coûts et offre un avantage compétitif décisif aux compagnies asiatiques sur les axes les plus rentables.
Pendant que les transporteurs du Golfe et d’Asie opèrent avec des soutiens étatiques massifs et des cadres réglementaires adaptés à leurs intérêts stratégiques, l’Union européenne impose à ses propres champions des handicaps structurels. Le résultat est limpide : perte de parts de marché, érosion de rentabilité, fragilisation industrielle et menace sur l’emploi. Le scénario déjà observé dans le nucléaire et l’automobile se répète sous nos yeux.
Il faut cesser l’aveuglement. Tant que la France restera enfermée dans un carcan réglementaire qui désarme ses entreprises face à la concurrence mondiale, le déclin se poursuivra. Le Frexit n’est plus une option théorique : c’est une nécessité stratégique. Retrouver la souveraineté normative, adapter nos règles à nos intérêts économiques, défendre nos infrastructures et rétablir des conditions de concurrence équitables sont des impératifs. Sans cela, l’affaiblissement de notre industrie aérienne — et plus largement de notre économie — ne fera que s’accélérer